Doc. 1 - Course contre la
montre pour tenter de sauver l'équipage du " Koursk "
Le Monde du mardi 15 août 2000 - Antoine Jacob et Hervé
Kemp.
[
] La marine russe tentait, mardi 15 août,
de sauver l'équipage d'un de ses plus beaux fleurons, le Koursk, un sous-marin à
propulsion nucléaire qui repose par quelque 100 mètres de fond, au nord du cercle
polaire arctique. Une course contre la montre était engagée en mer de Barents, dans une
zone internationale, non loin du nord de la Norvège. Une quinzaine de bâtiments de la
marine russe croisaient en surface, au-dessus de l'emplacement du submersible, mais
[
] " La mer est démontée et les sauveteurs n'arrivent pas à ancrer leurs
navires ", a précisé dans la matinée l'amiral Vladimir Kouroïedov [
].
D'après lui, tous les membres d'équipage sont "
vivants pour
l'instant ". L'équipage, d'après la plupart des sources russes, compterait 116
hommes. Mais des médias russes ont parlé de 130 personnes à bord : des observateurs
auraient pris place dans le submersible à l'occasion de manuvres auxquelles il
participait. [
]
Doc. 2 - " Une explosion
initiale "
Le Monde du lundi 21 août 2000 -
De l'envoyé spécial à Mourmansk François Bonnet.
Le samedi 12 août, vers 11 h 30, le Koursk, qui
est en immersion à une profondeur de 11 à 20 mètres, est victime d'une " collision
très violente ", selon le vice-amiral Motsak. Une voie d'eau est ouverte et le
sous-marin sombre au fond de la mer de Barents. Suit une explosion " de forte
puissance ", dans la salle des torpilles, qui détruit l'avant du bâtiment.
" Trois ou quatre torpilles au moins ont explosé, ce qui a provoqué la mort
immédiate de la moitié de l'équipage ". Quelle est cette première collision ? Le
vice-amiral Motsak a évoqué un choc avec un sous-marin britannique - version aussitôt
démentie par Londres -, ou avec une mine de la Seconde Guerre mondiale - mais les
spécialistes estiment qu'elle n'aurait pu commettre de tels dégâts. Il reste donc
d'autres hypothèses évoquées par les spécialistes, dont celle d'une collision entre le
sous-marin et un navire militaire russe, scénario évidemment démenti par l'état-major.
D'autres experts, cités par la chaînes de télévision NTV, évoquent le tir d'une
torpille ou d'un missile, qui devenu " fou " et sans contrôle, serait revenu
frapper le sous-marin avant que les militaires puissent le détruire. Si l'un des deux
scénarios se confirmaient, mettant directement en cause la désorganisation de la flotte
nucléaire russe, le drame du Koursk se doublerait, pour M. Poutine, d'une catastrophe
politique.
Doc. 3 - Décadence de la marine russe
Le Monde du mardi 15 août 2000 - Antoine Jacob et Hervé Kemp.
[
] Les deux réacteurs nucléaires du Koursk
ne fonctionnent plus depuis qu'il s'est posé au fond, vraisemblablement dimanche, même
si cette date n'a pas été confirmée définitivement. D'après Igor Dygalo, porte-parole
de la marine russe, ces réacteurs ont été arrêtés volontairement et il n'y a pas de
danger d'accident nucléaire. D'après la Norvège, aucune fuite radioactive n'a été
repérée. [
]
L'accident confirme le piteux état de la flotte nucléaire russe. Celle-ci a utilisé,
entre 1958 et 1995, 251 sous-marins à propulsion nucléaire. A l'apogée, cent cinquante
sous-marins ont été opérationnels au même moment, répartis pour une centaine dans la
flotte du Nord, et pour une cinquantaine dans la flotte du Pacifique. L'importance de
cette armada décroît régulièrement, en raison de l'incapacité financière de la
marine à l'entretenir. En 1996, selon l'enquête de l'association norvégienne Bellona
(La flotte du nord, Georg Editeur), la flotte du Nord ne comptait plus que 67 submersibles
à propulsion nucléaire en opération, 52 ayant été retirés du service. Aujourd'hui,
Thomas Nilsen, de Bellona, n'y recense plus qu'une quarantaine (dont 7 " Oscar "
du type de celui qui est accidenté), tandis qu'une quinzaine seraient encore en service
dans le Pacifique.
La Marine russe, pour se débarrasser de ses sous-marins, les a d'abord stockés au long
des quais, voire coulés dans le fleuve Kola ou au large, au risque de provoquer des
fuites radioactives. Devant les protestations occidentales, elle a commencé dans les
années 1990 à les démanteler de manière plus rigoureuse, de façon à isoler les
matières nucléaires et à les envoyer dans des centres de stockage à terre, à Mayak.
Ce démantèlement est très largement financé par l'argent occidental. Les Etats-Unis
prennent notamment en charge depuis 1998 le démantèlement de quatre sous-marins chaque
année, à raison de 4 millions de dollars par navire.
Le démantèlement n'est que l'un des signes de la décadence d'une des premières marines
du monde. La démotivation des hommes en est un autre : les salaires sont payés très
irrégulièrement, et " les meilleurs partent travailler dans d'autres secteurs
", dit Thomas Nilsen. Les bâtiments sont donc mal entretenus, et sans doutes pas
pilotés avec la plus grande dextérité. [
]
Doc. 4 - Demande d'assistance
Libération du jeudi 17 août 2000 - Anne Nivat, correspondante
à Moscou (avec AFP).
[
] Hier soir, malgré presque 24 heures
d'efforts incessants, les engins de sauvetage russes n'avaient toujours pas réussi à
s'arrimer à un sas de sortie du bâtiment en perdition, en raison des forts courants et
du manque de visibilité. Le ministère des Affaires étrangères a adressé
officiellement à la Grande-Bretagne et à la Norvège une demande d'assistance pour
participer au sauvetage. Les Britanniques ont dépêché un mini-sous-marin de sauvetage
de type LR5, capable de transporter 16 personnes. Le submersible a été acheminé
mercredi par avion à Trondheim, en Norvège, afin de se rapprocher de son site
d'intervention, mais il ne sera pas opérationnel avant samedi. [
]
Doc. 5 - Les Russes annoncent la mort des
118 marins du "Koursk"
Le Monde du lundi 21 août 2000 - Avec AFP.
[
] De même que le
vice-amiral Motsak, les Norvégiens, dont les plongeurs ont participé aux secours, (ont)
affirmé [
] que tout le sous-marin avait été inondé, ce qui ne laissait aucune
chance de survie à l'équipage. " Nos pires craintes ont été confirmées, tous les
compartiments du sous-marin ont été inondés et aucun membre de l'équipage n'a survécu
", a déclaré le vice-amiral Motsak, selon l'agence Ria-Novesti. [
]
Humiliation pour la flotte russe
Les plongeurs norvégiens avaient réussi lundi à ouvrir le sas de secours
du sous-marin, ce qui leur a permis d'introduire une caméra dans le submersible.
L'ouverture du sas, menée à bien en moins de quarante heures, ce que les Russes n'ont
pas réussi à faire en une semaine, constitue une humiliation pour la Flotte russe et a
révélé la faiblesse de ses moyens. Elle prouve aussi que Vladimir Poutine, qui n'avait
pas immédiatement réagi lundi à la mort de l'équipage, aurait dû accepter
immédiatement l'aide étrangère. Selon l'agence russe d'informations militaires, AVN, le
commandement de la flotte russe a informé Vladimir Poutine de la mort de la plupart des
membres d'équipage du Koursk dans les heures qui ont suivi l'accident.
Doc. 6 - L'image de Poutine ternie par la
tragédie
Libération du lundi 21 août 2000 (avec AFP).
[
] Le président russe est parti pour
quelques jours de vacances à Sotchi, sur les bords de la mer Noire le 12 août, le jour
même de l'accident. " La conduite du président est amorale. En tant que chef
suprême des armées, il n'a pas le droit de prendre des vacances alors que ses
subordonnés, des marins de la Flotte du nord, affrontent un tel drame ", a déclaré
l'ex-vice-Premier ministre Boris Nemtsov, exprimant un sentiment répandu au sein de la
population. [
] Le président, qui a bâti sa carrière politique sur son image
d'homme d'action, a donné l'impression de se tenir en dehors de la crise ou d'être
dépassé. [
] "C'est une faute politique énorme [
]", selon
l'analyste Viktor Kremeniouk, de l'institut des Etats-Unis et du Canada. " Il n'y a
rien d'étonnant dans sa conduite, c'est une vieille tradition soviétique. Son problème
est que le pays a changé et que sa cote de popularité peut être divisée par deux ou
trois ", poursuit cet expert. [
]
CONSIGNES
1ère étape - Je réponds à des questions sur
les documents
Q.1 - Où exactement et quand s'est produit le
naufrage du Koursk ? Docs. 1 et 2 + carte des régions arctiques de l'Université du Texas
à cette adresse :
http://www.lib.utexas.edu/maps/islands_oceans_poles/arctic_region_2000.jpg
Q.2 - Quelles hypothèses avance-t-on pour expliquer
cette catastrophe ? Distingue bien la version russe de celles des experts occidentaux.
(Doc. 2)
Q.3 - Le naufrage du Koursk n'est que l'un des signes
de la décadence de la marine russe. Quels sont les autres ? (Doc.3)
Q. 4 - Quel événement majeur de la fin du XXe
siècle explique cette décadence ? Cherche la réponse dans ton manuel.
Q.5 - Pourquoi peut-on dire que les militaires russes
ont cherché à manipuler l'opinion pendant la crise ? Pour répondre à cette question il
faut te demander :
- si les explications qu'ils ont données de l'échec des secours russes sont
convaincantes (compare les informations des docs 1/4 et 5) ;
- s'ils ont dit la vérité sur la date probable de la mort de l'équipage du Koursk
(compare les versions des docs 1/2 et 5) ;
- s'ils ont dit la vérité sur les causes réelles du naufrage du Koursk et s'ils ne
l'ont pas fait, pour quelle raison (Doc. 2).
Q. 6 - Pourquoi la catastrophe du Koursk a-t-elle
terni l'image du président Vladimir Poutine dans l'opinion russe ? Que lui reproche-t-on
exactement ? (Docs 5 et 6).
2e étape - Je rédige un paragraphe argumenté
A l'aide de tes réponses, rédige un paragraphe argumenté
de 15 à 20 lignes en suivant le plan ci-dessous :
- la catastrophe : lieu, date, circonstances probables (Q.1 + 2) ;
- cause plus générale : la décadence de la marine russe dans son contexte historique
(Q.3 + 4) ;
- gestion de la crise par les militaires et le président Poutine et son effet sur
l'opinion russe (Q. 5 + 6). |