Textes 3e : La vie des soldats pendant la Première Guerre Mondiale

Thomas ANDRE
Collège A. France, 62290 NOEUX-LES-MINES
thomas.andre2@libertysurf.fr

Un fichier destiné à une classe de 3° sur la grande Guerre: il s'agit d'extraits sélectionnés des "Paroles de Poilus". L'élève doit, après les avoir lus, trouver un titre à chaque période chronologique présentée sur la fiche de travail en décrivant au mieux les sentiments dominants chez les Poilus.

II - B - La souffrance des soldats

II - B - 1: 1914 et le départ en guerre:.

Texte 1 : 3 août 1914. "Je pars avec de bons souliers et des habits superbes, je n'ai que moi à défendre, je ferai de mon mieux."

Etienne TANTY, 129° Régiment d'Infanterie, 24 ans, professeur de lettres. Blessé le 25 août 1915, renvoyé au front le 21 mars 1918.

Texte 2 : 10 août 1914. "Hier, durant tout le trajet, les populations pressées au passages à niveau et aux gares n'ont cessé de nous acclamer, les femmes envoyant des baisers, les hommes reprenant avec nous la Marseillaise et le Chant du départ. Pourquoi faut-il qu'une angoisse sourde m'étreigne le coeur? Si c'était en manoeuvre, ce serait très amusant; mais voilà, après-demain, dans 3 jours peut-être, les balles vont pleuvoir et qui sait? Si j'allais ne pas revenir, si j'allais tuer ma mère, assassiner ma mère, volontairement? Oh, que m'est-il réservé? Pardon Maman! j'aurais du rester, travailler mon violoncelle pour vous, pour vous qui avez fait tant de sacrifices, pour petite mère, déjà malade!".

Maurice MARECHAL, matricule 4684, classe 1912, 2° classe, 22 ans, violoncelliste.

II - B - 2: 1915-1916, la vie dans les tranchées:

Texte 3 : lettre aux soldats du chef des armées, le Maréchal Joffre (6 septembre 1914): "Aux armées".

Au moment où s'engage une lutte qui peut être décisive dont dépend le sort du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière; tous les efforts doivent être employés à attaquer et refouler l'ennemi. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée. Une troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place, plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée".

Texte 4: 17 mars 1915. "Tout, tout est fait pour décourager. la terre est semée de trous de percutants, les arbustes sont déchiquetés de balles de shrapnels; des morceaux de marmite traînent ça et là; un vieux bonnet de police boche, une capote boche en lambeaux, du fumier, des bouts de pain, un gros os de boeuf encore plein de viande et rouge, ça traîne pêle-mêle dans les trous. Là, 3 ou 4 poilus lisent un journal, où il n'est que de bombardements, de charges à la baïonnette, de cadavres boches, de tranchées sautant par l'effet du miraculeux 75, que sais-je? Toujours la boucherie, enfin! Toujours la mort, le charcutage, la viande humaine. D'autres regardent un journal illustré: un boche mort de froid dans une tranchée; une tête d'officier cité à l'ordre du jour, des cadavres boches qu'on jette en tas dans une fosse; le tout accompagné d'une prose de journaliste qui insiste sur ces choses avec admiration: en vérité, il faut que la race française soit bien basse pour se complaire à ces atrocités; le tempérament sanguinaire est plus répandu qu'on ne souhaiterait... Ailleurs, ce sont des poilus qui conversent, et leurs conversations, leurs plaisanteries, toujours les mêmes sont écoeurantes; on se croirait au milieu de malades d'un coin de clinique très spécial de Sainte-Anne.

La goujaterie et l'ordure! Il est frais, le peuple souverain! Pourriture physique, pourriture morale - je crois qu'il ne faudrait pas bien longtemps de cette vie des bois et des tranchées pour remonter au chimpanzé et au pithécanthrope! Et l'on accuse Zola d'avoir fait des charges et des caricatures!".

Etienne TANTY.

Texte 5 : 3 mai 1916. "Tu ne peux pas te faire idée, ma chère, combien nous sommes malheureux; donc pourtant je n'ai pas trop l'habitude de ma plaindre, mais ce coup-ci j'y suis obligé car c'est une chose au-dessus de l'imaginable, c'est à ne pas pouvoir te dire. Dans ce tunnel, nous sommes une affaire de 3000 hommes en réserve, dans une humidité car l'eau ruisselle tout le long des murs, et il faut pourtant coucher là sur la voie de chemin de fer. On va chercher les vivres en pleine nuit près de Verdun, accompagnés tout le long du chemin par les obus, ce qui fait que nous ne pouvons faire qu'un repas par jour et sans soupe.

Pour se rendre aux premières lignes, c'est très pénible et très dangereux; un kilomètre environ avant d'arriver, il y a un passage dénommé le ravin de la mort, qui sait les hommes qu'il y a de tués là-dedans; il faut y passer, il n'y a pas d'autre endroit."

Joseph GILLES.

Texte 6 : 16 août 1916. "Nous avons passé trois jours couchés dans les trous d'obus à voir la mort de près, à l'attendre à chaque instant. Et cela, sans la moindre goutte d'eau à boire et dans une horrible puanteur de cadavres Un obus recouvre les cadavres de terre, un autre les exhume à nouveau. Quand on veut se creuser un abri, on tombe tout de suite sur des morts. Je faisais partie d'un groupe de camarades, et pourtant chacun ne priait que pour soi".

Karl FRITZ, armée allemande.

II - B - 3 : 1917:

Texte 730 mai 1917. "Notre état-major ne change pas, plus la guerre va et plus cela est, ce n'est pas réjouissant. Pas une reconnaissance de ces messieurs en première ligne. Tous calfeutrés dans leurs trous, donnant des ordres sur le papier sur un terrain dont ils n'ont aucune idée. Pas un grand chef naturellement en première ligne pour se montrer aux hommes".

1er zouave de marche (corps d'infanterie algérien).

Texte 8 : 23 mai 1917. "Je ne repasserai jamais un quatrième hiver, j'aime mieux m'en aller. J'en aurai pour cinq ans de prison, comme ça je m'en tirerai, c'est le seul moyen d'en sortir vivant et plusieurs camarades l'ont déjà fait".

Soldat du 221° Régiment d'Infanterie.

Texte 9 : 3 juin 1917. "Je vais vous dire que nous avons refusé de monter en ligne mardi soir, nous n'avons pas voulu marcher, nous nous sommes mis presque en grève, et beaucoup d'autres régiments ont fait comme nous. Vous savez si cela fait du propre... Quand j'irai en perme je vous raconterai mieux [...] Ils nous prennent pour des bêtes, nous faire marcher comme cela et pas grand-chose à manger, et encore se faire casser la figure pour rien; on aurait monté à l'attaque, il en serait resté la moitié et on n'aurait pas avancé pour cela. Enfin je ne sais pas quoi que ça va devenir, ça va très mal pour le moment.

Peut-être que vous ne recevrez pas ma lettre, ils vont peut-être les ouvrir et [celles] où l'on raconte ce qui se passe [ils] vont les garder ou les brûler... Moi je m'en moque, j'en ai assez de leur guerre..."

Soldat de la 7° compagnie du 36° Régiment d'Infanterie.

Thomas ANDRE
Collège A. France, 62290 NOEUX-LES-MINES
thomas.andre2@libertysurf.fr

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