Sujet: Dissertation

" La population mondiale; répartition et dynamisme. "

 Eric Le Barbu
Lycée Pierre Poivre, à Saint Joseph ( île de la Réunion)
Nouvelle adresse : eric.le-barbu@wanadoo.fr

DÉVELOPPEMENT

En 1994, près de 5,7 milliards d’hommes peuplent la planète de manière inégale et contrastée. La dynamique démographique actuelle modifiera-t-elle la répartition spatiale de la population mondiale dans les décennies à venir ?

I/. Une inégale répartition des hommes

  1. Les contrastes majeurs du peuplement

Ces contrastes sont à plusieurs échelles :

– entre les hémisphères : l’hémisphère Nord, plus continental contient 9/10 de la population mondiale,

– entre les continents : l’Eurasie représente les 3/4 de l’humanité (73,5 % en 1994),

– à l’intérieur des continents : en Asie, s’opposent les espaces densément peuplés de " l’Asie des moussons " aux vides des domaines arctiques désertiques ou des hautes montagnes,

  • à l’intérieur des États : aux États-Unis, les densités élevées des bordures maritimes contrastent avec les espaces intérieurs.
  • B. Les foyers de peuplement

Les foyers de peuplement sont des zones de très forte concentration de population. 1 Les trois grands foyers

Ils rassemblent à eux seuls, la moitié de l’humanité et sont situés au nord de l’équateur.

  • Le foyer de l’Asie de l’Est et du Sud-Est constitue la plus forte concentration humaine de la planète. Il s’étend du Japon à la péninsule indochinoise, y compris Taiwan et les Philippines. La Chine est l’État le plus peuplé de la terre avec 1,245 milliards d’habitants en 1994.
  • Le foyer de l’Asie du Sud, centré sur le subcontinent indien, regroupe plus d’un milliard d’hommes, l’Inde ayant, en 1994, 928 millions d’habitants. Ces deux foyers asiatiques, les plus anciens, sont fondés sur de vieilles civilisations agraires et sont encore aujourd’hui des régions en majorité rurales.
  • Le foyer européen est plus récent. Il repose sur l’industrialisation et est caractérisé par une forte urbanisation.

 

2 Les foyers secondaires

Ils ont une dimension régionale et sont des espaces de peuplement dense, isolés dans des régions peu peuplées. Ce sont par exemple, le Centre-Est de l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et les Caraïbes, la façade atlantique de l’Amérique du Sud, la bordure du golfe de Guinée en Afrique, la région des grands lacs d’Afrique de l’Est, le Proche-Orient, la Russie d’Europe.

 

C. Les espaces faiblement peuplés ou vides

En dehors des espaces densément peuplés, la présence de l’homme est réduite.

1 Des espaces de peuplement discontinu

Repérables sur la carte, ils correspondent à des concentrations limitées :

– autour des agglomérations urbaines de grande importance du continent américain : San Fransisco, Los Angeles, Bogota, Santiago du Chili,

– le long du Transsibérien en Russie,

– la bordure méditerranéenne de l’Afrique du Nord,

  • dans des régions rurales bien délimitées : la côte Est de Madagascar, la vallée du Nil en Égypte…
  • 2 D’immenses espaces vides

– les hautes latitudes, domaines du froid,

– les zones désertiques, du Sahara aux déserts intérieurs asiatiques, les déserts d’Australie, du Sud-Ouest de l’Afrique et du Sud-Est de l’Amérique du Sud. La présence de l’homme, très ponctuelle, dépend des ressources en eau,

– les régions équatoriales de l’Amazonie ou du bassin du Congo,

– les hautes montagnes, l’Himalaya, les Rocheuses.

La répartition de la population est très inégale. L’essentiel de la population vit au Nord de l’équateur entre le 60° et le 20° de latitude. Les périphéries des continents s’opposent à des espaces intérieurs peu peuplés ou vides. L’Asie et l’Europe ont un peuplement dense par opposition aux trois autres continents. La tendance à la concentration est liée à l’accroissement de l’urbanisation.

II/. Une croissance inégale en voie de ralentissement

  • . Entre 1950 et 1994, la population mondiale double. Si le taux annuel moyen de croissance est de 1,8 % entre 1950 et 1994, il est prévu de 1,3 % entre 1994 et 2025.
  1. Une évolution différente selon les grandes régions du monde de 1950 à 1994

L’ensemble asiatique avec plus de la moitié de la population mondiale domine tous les autres par l’augmentation en valeur absolue : entre 1950 et 1994, l’Asie voit sa population augmenter de près de 2 milliards d’hommes. Tous les ensembles géographiques connaissent un accroissement de leur population, mais le taux annuel moyen varie entre 2,6 % pour l’Afrique et 0,1 % pour l’Europe et les pays de l’ex-URSS.

La part de chaque ensemble dans la population varie en fonction du taux de croissance.

1 Les ensembles géographiques dont la part mondiale diminue.

En dehors de l’Océanie dont le pourcentage mondial stagne et dont la population est infime (28 millions en 1994), il s’agit de trois ensembles : l’Europe, l’ex-URSS et l’Amérique du Nord.

  • En 1950, l’Europe est, avec 375 millions d’habitants, le second ensemble après l’Asie, en 1994, elle est dépassée par l’Afrique. L’ex-URSS, quatrième en 1950, est sixième en 1994. Ces deux ensembles ont le taux annuel moyen de croissance le plus faible (0,8 %). Ils sont
  • particulièrement affectés par le vieillissement de leur population. Quant à l’ex-URSS, les conditions de vie difficiles ont entraîné, dès les années 80, une baisse de la natalité et une reprise de la mortalité.
  • L’Amérique du Nord maintient son rang de cinquième avec un taux annuel moyen de croissance de 1,3 %. La baisse de la natalité a été moins forte que pour les deux précédents, en partie parce que les minorités ont un taux de natalité qui reste relativement élevé.
  • 2 Les ensembles géographiques dont la part mondiale augmente
  • Ce sont trois grands ensembles : l’Asie (ex-URSS exclue), l’Afrique et l’Amérique latine

–L’Asie domine cet ensemble avec 3,339 milliards d’hommes en 1994.

Il comprend les deux pays les plus peuplés du monde : la Chine (1,245 milliards en 1994) et l’Inde (928 millions en 1994). Entre 1950 et 1994, le taux annuel moyen de croissance a été de 2 %. Un fait majeur apparaît, les effets de la politique antinataliste en Chine (où le taux moyen annuel est de 1,8 %). La part mondiale de la population chinoise y a légèrement diminué (de 22,1 % à 22 %). Cette situation est exceptionnelle parmi les trois ensembles.

–L’Afrique est, en 1994, le deuxième ensemble pour la population avec 702 millions d'habitants. Elle a connu le plus fort taux annuel moyen d’accroissement avec 2,6 %.

  • Enfin, l’Amérique latine a conservé, entre 1950 et 1994, son rang de quatrième avec 475 millions d’habitants en 1994. Son taux annuel moyen de croissance est fort, 2,4 %.
  • Cette évolution traduit de manière générale l’opposition entre pays riches à faible croissance démographique et pays pauvres à forte croissance. En 1950, les pays industriels représentaient 30 % de la population mondiale en 1994, 20 % seulement.
  1. Les perspectives pour 2025 : vers un ralentissement de la croissance démographique
  • La prévision retenue dans ce tableau (8,470 milliards) est la prévision moyenne, la plus forte étant de 12 milliards en 2025.
  1. Les prévisions démographiques

Elles envisagent un net ralentissement de la croissance mondiale. Le taux annuel moyen de croissance prévu serait de 1,3 % (1,8 % sur la période précédente). Tous les ensembles, à l’exception de l’Afrique, qui maintiendrait le taux de 2,6 %, devraient connaître une baisse marquée. L’Asie verrait son taux annuel moyen descendre à 1,2 % à cause du ralentissement de l’accroissement naturel en Chine (0,7 %) et en Inde (1,3 %).

2. Une redistribution des hommes sur la terre

– En 2025 l’Europe, l’Amérique du Nord et l’ex-URSS seraient aux quatrième, cinquième et sixième rangs. La population européenne se renouvellerait faiblement. Amérique du Nord et ex-URSS auraient une croissance très faible (0,6 % de taux annuel moyen) et ne représenteraient plus que 15 % de la population mondiale, soit moitié moins qu’en 1950.

 

– L’Amérique Latine devrait poursuivre sa croissance au taux moyen de la planète. L’Asie resterait en tête, avec une population indienne qui s’accroîtrait plus vite que la population chinoise. L’Afrique aurait une population supérieure à celle de la Chine et un taux record de croissance. Asie et Afrique regrouperaient plus des 3/4 de la population mondiale.

À la fin du vingtième siècle et au début du vingt et unième siècle, le " basculement démo-graphique " se renforce en faveur du Sud. De 1950 à 2025, la population africaine devrait être multipliée par sept, l’Amérique Latine par 4, l’Asie par 3,5

.

III/ La transition démographique, un outil pour comprendre les décalages dans l’espace et le temps

La transition démographique est un " modèle " d’interprétation des évolutions démogra-phique. Elle peut être définie comme le passage, pour une population, d’un régime démo-graphique ancien caractérisé par une natalité et une mortalité élevées (stade pré-transitionnel), à un régime nouveau caractérisé par une fécondité et une mortalité faibles (stade post-transitionnel). Dans les deux cas, l’accroissement naturel est faible.

La transition démographique commence quand la mortalité diminue de manière significative et durable sous l’effet des progrès de la médecine. Elle se traduit par un déséquilibre démographique qui affecte tous les pays à des périodes et selon des rythmes différents.

A. Trois types de situations démographiques

En 1990, tous les pays ont dépassé le stade qui précède la transition démographique. Le document 3 montre les décalages dans l’espace de la transition démographique et dresse l’état, en 1990, des trois phases de la transition démographique.

  • les pays situés dans la première phase de la transition. La mortalité a fortement baissé alors que la natalité reste élevée. L’accroissement naturel est en forte augmentation : l’Afrique (le Nord exclu), une grande partie des pays musulmans du Moyen-Orient (Arabie Saoudite, Irak, Iran, Afghanistan), la Bolivie, quelques petits États d’Amérique Centrale et l’Est de la Nouvelle-Guinée.
  • 2 Des pays qui sont dans la seconde phase :

–Cette phase est commencée, elle est caractérisée par la baisse de la fécondité. L’accroissement naturel reste très élevé, sur l’impulsion de la période précédente. Ce sont les pays de l’Amérique latine (Colombie, Venezuela, Argentine, Chili exclus), la partie septentrionale de l’Afrique, le reste du Moyen-Orient, le subcontinent indien, la péninsule indochinoise, l’Indonésie, les Philippines, la Mongolie ;

–la seconde phase est bien entamée, la fécondité continue à diminuer et est déjà basse, la natalité baisse sensiblement. L’accroissement naturel ralentit. Cette évolution peut être due à des politiques antinatalistes (Chine) ou à une amélioration du niveau de vie. Il s’agit des pays suivants : Chine, Corée, républiques musulmanes de l’ex-URSS, Argentine, Chili, Colombie et Venezuela.

3 La transition est terminée, natalité et mortalité sont basses. L’accroissement naturel est faible. Il s’agit de l’Amérique du Nord, de l’Europe et de la Russie, du Japon, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.

B. Des évolutions différentes

. Les ensembles ont terminé leur transition démographique entre 1950 et 1994 : leur croissance est ralentie, serait faible d’ici 2025 (voire quasiment nulle en Europe par exemple). Par contre, la question de savoir si l’Afrique entrerait dans la seconde phase d’ici 2025 se pose, le taux annuel moyen de croissance 2,6 % étant maintenu. La Chine achèverait sa transition et l’Inde devrait atteindre la fin de la seconde phase. Quant à l’Amérique Latine, selon les pays, il s’agirait d’entrer dans la première phase (Bolivie), de sortir de la seconde (Argentine) pour achever le processus.

La transition démographique permet avec prudence, de faire des hypothèses sur l’avenir.

Conclusion

  • Une nouvelle carte du peuplement se dessine pour 2025, caractérisée par l’inégalité accrue de la répartition spatiale. L’Eurasie continuerait à dominer numériquement, mais avec une part qui a diminué de 5,5 %. Les foyers asiatiques, encore plus denses, s’étendraient avec une augmentation de la population de plus de 1,5 milliards d’hommes. L’Afrique, avec une croissance démographique explosive, verrait se densifier son espace, en particulier sur les périphéries. En Amérique latine, les espaces de peuplement discontinu se rejoindraient sur les bordures maritimes.
  • Les foyers européens et américains seraient peu modifiés. Cette carte traduirait une inégalité accrue entre riches, et pauvres qui représenteraient les 4/5 de la population. Cette inégalité correspondrait à de forts contrastes entre des populations vieillies et des populations jeunes. Cette évolution vers de plus fortes disparités de population et de richesses constitue le principal enjeu des rapports Nord-Sud.

Eric Le Barbu
Lycée Pierre Poivre, à Saint Joseph ( île de la Réunion)
Nouvelle adresse : eric.le-barbu@wanadoo.fr