LA MEDITERRANEE AU XIIe SIECLE :
LE CARREFOUR DE TROIS CIVILISATIONS

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IV. Les marchands vénitiens et le commerce méditerranéen au XIIe siècle

Dès le Xe-XIe siècle, des marchands italiens sont installés à Constantinople et dans les régions musulmanes. Ils commercent dans tout le pourtour de la Méditerranée orientale. Vers la fin du XIe siècle, Byzance est contrainte de louer les services de la flotte vénitienne contre d’énormes avantages commerciaux. Celle-ci transporte également les croisés vers l’Orient et, en 1099, la première croisade et la prise de Jérusalem ouvrent aux marchands vénitiens d’immenses perpectives commerciales.

Venise se situe au contact de plusieurs aires de production et de consommation, au carrefour des mondes occidental, byzantin, slave et musulman, à la rencontre des routes maritimes et des routes terrestres. Au XIIe siècle, l’Occident accroît fortement sa consommation de produits orientaux et les arsenaux de Venise construisent des navires à un rythme encore inconnu jusqu’alors.

Les marchands vénitiens importent d’Occident du bois, des métaux (fer, cuivre, argent), des produits textiles (draps de laine, serge, toiles de chanvre, lin). Aux Occidentaux, ils fournissent parfums, épices, esclaves, soie, coton et alun.

Du monde slave, ils font venir du bois, du miel, de la cire, des fourrures et des esclaves et vendent leurs draps, du sel et des métaux.

Byzance exporte par leur intermédiaire ses marchandises venues de la mer Noire et du Proche Orient (soieries, vins, or, etc) et achète du blé, des draps, des métaux précieux.

Enfin, les Vénitiens se procurent la soie venue de Chine, les épices, le sucre, le lin et le coton, l’ambre, les parfums, cuirs, métaux, fourrures, grâce à leurs contacts musulmans.

Au XIIe siècle, les Italiens créent de véritables colonies de peuplement. Les Gênois possèdent des comptoirs sur tous les rivages de la Méditerranée et l’on peut parler d’un empire colonial vénitien, qui s’étendrait sur les rives de l’Adriatique, en Crète, dans les îles ioniennes et égéennes et au Moyen Orient. Ainsi, en 1135, Venise, comme Gênes et Pise obtient la propriété d’un quartier dans les principales villes et ports de la Terre Sainte. Ces quartiers ont leurs rues commerçantes, leurs bâtiments administratifs, leur four et leur moulin, leurs entrepôts appelés fondachi, leurs églises... Les marchands italiens ont ainsi accès à tous les produits d’Asie que leurs apportent les caravanes et bénéficient d’une franchise douanière totale.

Le marchand vénitien est toujours au loin... C’est un marchand et un marin à la fois, et même un homme d’affaires lorsque le sort lui sourit, ce qui n’est pas rare au XIIe siècle. Pour affretter ces navires, les marchands concluent des associations commerciales avec des hommes d’affaires vénitiens basés à Venise même ou dans les ports d’Orient, qui leur fournissent tout ou partie du capital (on appelle ce type d’association colleganza). Si ses affaires sont florissantes, le marchand préfèrera se procurer ses propres capitaux par l’intermédiaire de prêts maritimes qui lui permettent de conserver tout le bénéfice de ses opérations.

Au XIIe siècle, le commerce méditerranéen devient le fait exclusif des hommes d’affaires italiens. En assurant la totalité des transports de troupes vers les Etats latins d’Orient, et en s’installant sur place, les marchands vénitiens parviennent à se passer des leurs intermédiaires byzantins et musulmans et maîtrisent seuls l’essentiel du commerce méditerranéen. Le fait que Venise encourage ses marchands à voyager non plus individuellement, mais en convois organisés et protègés par des navires de guerre (les " mudes ") donne une idée de l’importance de la maîtrise maritime des Vénitiens en Méditerranée.  

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