Deuxième Partie :

Nations et Etats (Milieu du 19ème siècle à 1914)

c.marchand@ac-nancy-metz.fr


Chapitre 1 :

Nationalités et nationalismes en Europe avant 1914
 

Le thème de l’Etat-Nation devient central à partir de la deuxième ½ du 19ème siècle. Les nationalismes nés de l’affirmation des Etats-Nations sont concurrents et conduisent à la Première Guerre Mondiale.

  1. Principales Définitions :

. la nation :

    • elle désigne un groupe d’individus désirant vivre ensemble de leur propre consentement. Il s’agit d’une communauté d’individus ayant une certaine unité (langue, culture, religion…) et possédant une conscience plus ou moins nette de cette unité. L’idée de nation se distingue de celle d’Etat qui désigne le gouvernement et l’administration de cette communauté d’hommes.
    • Il existe 2 conceptions de la nation en fonction des critères retenus pour définir la nation. La conception française privilégie l’histoire, le sol, la volonté consciente de vivre ensemble. Il s’agit d’une conception de la nation dite classique. La conception allemande fonde la nation sur la communauté de sang, de tradition, de langue, le sentiment inconscient d’appartenir à une même communauté. Il s’agit d’une conception dite romantique de la nation.

. Le nationalisme : Le terme a trois significations

    • au sens péjoratif, il désigne l’amour excessif de sa nation. Il est un patriotisme fanatique, un chauvinisme agressif. On parle même d’ultranationalisme pour en désigner les formes les plus outrancières.
    • Il peut désigner la revendication d’un peuple assujetti aspirant à l’indépendance. Le nationalisme se trouve alors à l’origine de l’Etat-Nation dans le cadre duquel un peuple correspond à un territoire. Il s’appuie sur le " principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes " issu de la Révolution française et donne naissance aux mouvements nationaux (mouvements des peuples revendiquant leur indépendance).
    • Il sert à désigner des partis politiques, des groupes ou des écoles de pensée affirmant la primauté de la défense des valeurs nationales et des intérêts nationaux. Ces groupements généralement classés à droite ou à l’extrême-droite donnent une prépondérance quasi exclusive à l’intérêt national. Ces idées conduisent à la formation d’idéologies impérialistes comme le pangermanisme allemand ou le panslavisme russe.

. Le terme de Nationalité a une double signification :

    • Il désigne l’appartenance à un Etat. La nationalité s’acquiert par la filiation, le droit du sol ou par la naturalisation. Tout individu possédant la nationalité d’un Etat est citoyen de cet Etat et défendu par son droit. Un personne ne possédant pas de nationalité est dite apatride.
    • Il désigne aussi le groupe ethnique constituant une nation. Il est alors synonyme de peuple. On parle ainsi de nationalités pour désigner les différentes ethnies d’une région. On parle de minorité nationale pour désigner des groupes ethniques restreints soumis à un Etat étranger.
  1. Les problèmes nationaux et nationalistes avant 1914 :

. Dans l’Europe d’avant 1914, les empires multinationaux dominent :

Le Printemps des Peuples de 1848 aboutit à un échec : l’Europe de 1850 est à peu près identique de celle d’après le Traité de Vienne (1815). Les empires multinationaux continuent à s’opposer aux aspirations de leurs peuples à l’indépendance.

  • l’Autriche Hongrie est une mosaïques de peuples (Allds, Hongrois, Slaves) et de religions (catholiques, protestants, orthodoxes, uniates, juifs, musulmans). C’est le principe dynastique qui en fait l’unité puisque toutes les régions qui la constituent reconnaissent la dynastie impériale des HABSBOURG comme souverains. Encore que les Hongrois ont obtenu dès 1867 une certaine forme d’autonomie, qui ne conteste cependant pas la personne de l'empereur.
  • l’Empire russe est multiethnique également. La majorité slave impose cependant une russification du territoire depuis le milieu du 19ème siècle . Le ciment de l’Empire est la dynastie tsariste des ROMANOV qui s’appuie sur 3 piliers : orthodoxie / Autocratie / Nationalité russe.
  • L’Empire Ottoman est en constant déclin. Il perd progressivement ses territoires européens sous l’impulsion des nationalités qui veulent leur autonomie (Serbes, Grecs, Roumains, Bulgares, Monténégrins). Mais les royaumes indépendants issus de ces mouvements réunissent incomplètement leurs nationaux du fait de la présence de l’Autriche-Hongrie (ex : il reste des Serbes et des Roumains en A.H.).

. Si les empires multinationaux dominent, l’idée d’Etat-Nation fait cependant son chemin en Europe :

Les intellectuels du milieu du 19ème tels le Français RENAN ou l’Alld FICHTE font l’apologie de la coïncidence harmonieuse entre l’Etat (l’enveloppe politique) et la Nation (le noyau culturel et ethnique). La progression de l’idée de l’Etat-Nation aboutit à une double logique dans la dynamique des recompositions territoriales en Europe :

    • une logique d’unification : les Italiens et les Allds sont divisés en des Etats multiples et aspirent à l’unité. Le Risorgimento italien se fait des années 1830 à 1861 sous l’impulsion d’intellectuels comme Mazzini et sous la direction du royaume de Piémont-Sardaigne. L’unité allemande se fait sous l’impulsion de la Prusse et de BISMARCK et se réalise après 2 guerres : celle contre l’Autriche en 1866 et celle contre la France en 1870. L’unité date du 18 janvier 1871 (voir TP). Cependant, ni les Allds ni les Italiens ne sont totalement satisfaits de l’Unité. De nombreuses régions peuplées d’Allds restent hors d’Allgne et les Italiens n’ont pas obtenus les Terres Irrédentes.
    • Une logique de démantèlement : l’aspiration des peuples des Etats multinationaux à l’indépendance les menace directement d’implosion. Au fil du temps, les positions se durcissent. Si les minorités nationales réclament au départ simplement plus d’autonomie, elles radicalisent leurs demandes face au manque de tolérance des peuples dominant.

. Parallèlement, les rivalités nationales montent :

    • Les mouvements nationalistes progressent. Ils invitent à tout sacrifier à la nation. Ils placent les intérêts nationaux au dessus de tous les autres et prônent souvent l’impérialisme. ils sont d’autre part hostiles à la modernité économique et culturelle qui tend à gommer les frontières et à dissoudre les identités nationales. Ils sont donc souvent profondément antilibéraux. En France , le nationalisme est incarné par le boulangisme, puis par des intellectuels comme Maurice BARRES ou Charles MAURRAS (qui fonde l ‘Action Française) , puis par les ligues d’extrême droite (Ligue des patriotes, Ligue de la patrie française…).
    • L’inachèvement des unités italiennes et allemandes nourrit des frustrations nationalistes. L’irrédentisme et le pangermanisme apparaissent comme 2 dangers. Le premier parce qu’il conduit les Italiens à élaborer une politique impérialiste en Méditerranée. Le second parce qu’il est antipolonais et francophobe.
    • Le mouvement des nationalités en A.H. fait des Balkans une véritable poudrière nationaliste : les Serbes encouragent en particulier les Bosniaques à revendiquer leur indépendance vis-à-vis de l’A.H.
    • Les tensions sont si fortes entre les nations européennes qu’elles s’inscrivent dans deux systèmes d’alliances antagonistes qui finit par diviser l’Europe en 2 camps, mûrs pour la guerre (Triple Entente & Triple Alliance).

CHRISTOPHE MARCHAND
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