Pour cette leçon, il faut :
  • la carte murale des grandes découvertes
  • le rétroprojecteur
  • Le tirage d’un polycopié (les 2 dernières pages du fichier)
 

 

Origine de deux mythes fondateurs :

HUMANISME ET RENAISSANCE

Voir MANUEL HACHETTE, Chapitres 7 et 8, page 107
 

I. QUE S’EST-IL DONC PASSÉ DE 1425 À 1575 ?

1. Les Grandes découvertes

2. Les progrès techniques

3. Les grands événements politiques et religieux

II. L’HUMANISME

1. L’Humanisme et l’Église

2. L’Humanisme et l’éducation

3. L’Humanisme et la Science

4. Humanisme et politique

III. LA RENAISSANCE DES ARTS

 

 

INTRODUCTION

Notre époque a tendance à recouvrir la période d’un siècle et demi centrée sur l’an 1500 du nom de Renaissance auquel on joint habituellement celui d’Humanisme. Or il s’agit de mouvements artistiques et intellectuels qui n’ont touché qu’une infime élite dans des domaines somme toute très restreints. De nos jours, il ne viendrait à l’idée de personne de désigner l’entre-deux guerres mondiale du nom de période surréaliste !

De plus, le penchant humain bien ordinaire, mais bien dangereux en Histoire, qui consiste à modeler une époque à notre convenance, suivant nos fantasmes, prête à cette période des traits plaisants et positifs mais souvent imaginaires, exagérément simplifiés et orientés. Elle fut, il est vrai, d’une richesse inouïe, mais confuse et contradictoire.

Pour éclairer la question, le premier travail consiste à mettre en perspective Humanisme et Renaissance par rapport aux grands événements de l’époque, ensuite à essayer de comprendre ces deux phénomènes en les remettant à leur place chronologique, géographique, sociale.

 

 

I. QUE S’EST-IL DONC PASSÉ DE 1425 À 1575 ?

Il s’agit d’élaborer un axe chronologique allant de 1420 à 1580. Les 160 ans se disposent sur la feuille A4 prise en position paysage, à raison de deux carreaux pour 10 ans, en commençant en 1420.

" Parmi les prodiges naturels, le premier et le plus rare, c’est que je suis né dans ce siècle où la Terre a été découverte, alors que les Anciens n’en connaissaient guère plus du tiers [...]. Les connaissances se sont étendues. Qu’y a-t-il de plus merveilleux que l’artillerie, cette foudre des mortels bien plus dangereuse que celle des dieux [...] ? Ajoutons-y [...] l’invention de l’imprimerie, conçue par l’esprit des hommes, réalisée par leurs mains, qui peut rivaliser avec les miracles divins. Que nous manque-t-il encore sinon de prendre possession du ciel ? "

Cardan, Autobiographie
 

Cf texte 1 du polycopié. Quelles sont, selon Cardan, les grandes nouveautés de l’époque ?

1. Les grandes découvertes (les repères sont à placer dans le registre "Grandes découvertes")

D’abord, il y a la formidable dilatation de l’espace connu, la découverte de la planète.

Les Européens du XV° siècle n’ont pas fait les découvertes qui rendent possibles les grands voyages de découverte, mais ils les rassemblent et les utilisent comme personne n’a eu l’idée de le faire avant eux.

Ainsi la boussole, due aux Chinois et l’astrolabe aux musulmans. On a besoin des deux pour la navigation hauturière. Le problème de la longitude ne sera pas bien résolu au XVI° siècle.

Le gouvernail d’étambot est connu dès le XIII° siècle, mais on comprend alors qu’il permet d’augmenter indéfiniment la taille des bateaux.

Les Portugais mettent au point pendant le XV° siècle la caravelle (25 m sur 8). Avec ce nouveau matériel, ils explorent les côtes africaines :

  • Maroc : 1415
  • Madère : 1419
  • Açores : 1427
  • Iles du Cap-Vert : 1434
  • Cap de Bonne-Espérance : 1488 (Barthélemy Diaz)
Dans la même direction, c’est Vasco de Gama qui, parti en 6/1497 arrive en 5/1498 à Calicut, en Inde.

Mais un événement capital a eu lieu depuis 5 ans déjà : Christophe Colomb, parti le 3/8/92 arrive près de la Floride en 10/92, aux Bahamas, à Cuba, à St Domingue. Sans qu’il s’en doute, il a découvert le nouveau monde.

Après Colomb : John Cabot (Canada) Alvarez Cabral (Brésil) Amérigo Vespucci, qui donnera son nom au nouveau continent, et surtout Magellan (1519-22 : le tour du monde fini par del Cano). Son tour du monde est en effet la première preuve de la sphéricité de la Terre.

Les conséquences sont prodigieuses : ouverture vers l’Atlantique, prise de possession de ce continent, connaissance de la planète; l’Europe en même temps comprend sa petitesse et part à la conquête du monde.

Les Espagnols commencent la conquête du Nouveau Monde. Dès 1492, début du génocide volontaire et involontaire des Amérindiens. Début de la traite à grande échelle des Noirs africains pour remplacer les Indiens au travail forcé.

1521 : prise de Mexico par H. Cortès. Pizarre et Almagro dans l’empire incas. Début de l’Amérique latine, et de l’exploitation du continent pour l’or et l’argent.

On assiste à un extraordinaire déplacement des axes économiques de la Méditerranée qui entre en somnolence, vers l’Atlantique.

2. Les progrès techniques (les repères sont à placer dans le registre "Techniques")

L’imprimerie

Une autre révolution aux conséquences infinies est la naissance de 1'imprimerie typographique

Là encore, des techniques existaient. Le papier, connu par l'intermédiaire des Arabes, est couramment employé au XV° siècle. Fabriqué à partir de chiffons, il est moins coûteux et remplace le parchemin. Dès le XIV° siècle, la xylographie se développe. Les matrices sont gravées en relief sur une planche de bois. Elles sont encrées et le papier est impressionné à l'aide d'une presse.

L'invention des caractères mobiles est décisive. En bois, puis en plomb, ceux-ci permettent de composer un texte et peuvent être réutilisés. Leur emploi nécessite la mise au point d'une encre grasse.

Jean Gutenberg, à Mayence, a le coup de génie d’utiliser à la fois des caractères mobiles de métal, ou types, une encre spéciale et une presse efficace.

Le premier livre typographique imprimé, vers 1450, est une Bible.

L'imprimerie se répand très rapidement en Europe. Jusqu'en 1470, seules 16 villes sont des centres d'édition. Partout les Allemands ont le monopole. De 1470 à 1480, l'imprimerie gagne de nombreuses cités d'Italie du Nord et des Pays-Bas. Après 1480, elle est présente dans toutes les grandes villes européennes. Voir carte livre, 5, page 111.

C’est une véritable révolution du livre qui commence.

Le public s'élargit bien que le livre reste encore coûteux. Le savoir, détenu jusque là par les gens d'Église, se répand, en ville, parmi les bourgeois, les nobles et les étudiants. Petites écoles, collèges* et universités se multiplient. Les étudiants disposent désormais de plusieurs éditions, des textes anciens. Ils peuvent comparer et critiquer les différentes traductions. Ils peuvent aussi s'affranchir de la tutelle professorale et penser par eux-mêmes. Ils n'ont plus besoin d'apprendre par cœur des informations accessibles dans les livres.

Le livre donne une orientation nouvelle à la culture. Le lecteur a accès directement à des livres de piété et au texte de la Bible. Ainsi l'Église n'est plus la seule à diffuser la culture religieuse. Le livre imprimé devient un facteur de diversité intellectuelle par la diffusion d'idées dissemblables. Un auteur peut exercer, de son vivant, une influence sur ses lecteurs. Les autorités s'en inquiètent parfois, car la culture médiévale se trouve confrontée à des idées nouvelles.

Cf 4, page 111. En quoi la technique de l’imprimerie a-t-elle des conséquences intellectuelles ?

Réponse : l’imprimerie, qui va multiplier le texte à l’infini, rend plus exigeant quant à l’établissement du texte à imprimer.

Le principal mérite que Guillaume Fichet reconnaît au travail de Jean de la Pierre est-il du domaine de la technique ?

Réponse : Non : on parle bien de la remarquable netteté, mais l’essentiel est dans le travail de critique et l’établissement du texte.

Cf carte 5, page 111. Quel rapport entre des faits et des phénomènes différents la carte cherche-t-elle à établir ?

L’artillerie

La guerre s’est considérablement transformée. L’artillerie, inventée au début du XIV° siècle par détournement de l’invention chinoise de la poudre, déjà efficace contre les murailles classiques, commence à être utilisée dans les batailles en rase campagne (la grande nouveauté de la bataille de Marignan est là !), et son rôle est décisif dans la bataille navale. Elle est suivie de l’artillerie portative. Les traditions, certes, se maintiennent. L’armure individuelle, pratiquement inefficace vers 1530, reste d’utilisation courante (il est vrai qu’aux Amériques elle a été probablement plus décisive que le canon).

Les conséquences politiques sont fortes : nul féodal ne peut résister à l’argument majeur du canon. Les rois seuls sont assez riches pour utiliser cette arme nouvelle. Par ailleurs, comme cela coûte très cher, la question du budget devient primordiale. La puissance économique devient primordiale dans la guerre. Il faut compter : le XVI° siècle est placé sous le signe du quantitatif. Le développement des mathématiques va le montrer.

3. Les grands événements politiques et religieux

En 1453, les Turcs (peuple asiatique converti à l’Islam) s’emparent du dernier bastion de l’empire byzantin (l’empire romain d’orient) : c’est la prise de Constantinople.

La prise de Constantinople a comme conséquence un afflux de documents, d’œuvres d’art et de penseurs fuyant les musulmans. L’Occident prend alors une connaissance directe avec les textes originaux de l’Antiquité. Ainsi apparaissent en Italie les premières bibliothèques publiques (en particulier la bibliothèque vaticane).

En 1492, l’Espagne chrétienne vient à bout de la "Reconquista"en s’emparant de Grenade. c’est la fin du dernier royaume musulman de la péninsule. Mais déjà depuis 1479, l’Inquisition d’Espagne (tribunal d’État) lutte pour extirper tout ce qui n’est pas catholique. Les juifs, les musulmans, mais aussi plus tard les protestants et la philosophie des Lumières sont poursuivis. Sous le premier grand inquisiteur, Thomas de Torquemada (1483-1498), 2000 personnes sont brûlées vives. Est-ce la marque d’une cruauté spéciale des Espagnols ? certainement pas. Commence en 1487, avec le livre : " Le marteau des sorcières"de deux dominicains allemands, la persécution contre des femmes prétendument en relation avec le diable. En 3 mois, 600 personnes brûlées à Bamberg, 900 à Würzburg ! La chasse aux sorcières devait prendre une ampleur et une férocité plus grande encore au XVI° et au XVII° siècle...

En 1517, un moine allemand, Martin Luther, rompt avec le catholicisme romain. C’est le début de la réforme protestante.

D’autres réformateurs suivent, comme Calvin (Voir livre, 1, page 118). C’en est fini de l’unité du christianisme occidental. La Réforme protestante s’étend en Europe.

Cf carte 3, page 119. Comment se répartissent les grands courants du Christianisme en Europe à la fin du XVI° siècle ?

Reste-t-il des traces de cette répartition ?

Réponse : oui, globalement, le paysage est le même. Espagne et Italie : catho. France, le protestantisme a été très refoulé, en particulier par la révocation de l’édit de Nantes, en 1685. Mais Suisse et Pays-Bas : calvinisme. Allemagne du Nord et pays scandinaves : luthériens. Angleterre : anglicane. Notons Irlande catho et Angleterre protestante de nos jours. La Pologne est restée catho (Cf JP II).

NB : pour approfondir voir livre, page 122.

Notre continent connaît alors des guerres, spécialement des guerres civiles où la religion joue un rôle.

En 1525, Luther appelle à l’extermination des paysans révoltés (guerre des paysans).

En France, portons tout d’abord les règnes des rois François I° (1515-1547) et Henri II (1547-1559).

La 2° moitié du XVI° siècle est marquée par les guerres de religion, particulièrement atroces, culminant avec le massacre des protestants à Paris le jour de la St Barthélemy 1572. Ces guerres s’étendent de 1562 à 1598.

Mais on ferait une erreur d’appréciation en gardant les yeux rivés sur une Europe qui se déchire.

Si l’on prend du recul, on s’aperçoit que le continent européen, mieux armé, techniquement en avance sur le reste du monde, plus riche, plus peuplé, a déjà commencé la conquête du monde, qu’il découvre peu à peu.

Dans le cadre d’une histoire totale, cette époque est le moment où l’Europe a, de façon décisive, distancé les civilisations parallèles. Notre monde actuel en porte largement des traces.

 

II. L’HUMANISME

1. L’Humanisme et l’Église

L’enseignement, et spécialement l’enseignement supérieur, celui des Universités, est pendant tout le Moyen-Âge, sous l’autorité de l’Église.

Cf texte 5, page 113. De qui dépend ce collège de lecteurs royaux (futur collège de France) auquel il est fait allusion à la fin du texte , En quoi réside la grande nouveauté ?

Réponse : du Roi. Voilà un enseignement qui n’est plus sous l’autorité de l’Université, donc de l’Église. L’Université fait d’ailleurs peser sur les premiers professeurs au Collège des lecteurs royaux la menace de l’accusation d’hérésie*.

Cf texte 2, page 113. Par quelles différentes remarques l’auteur semble-t-il mettre en évidence une rupture dans le comportement des intellectuels ? Laquelle ?

Réponse : sujets religieux... et profanes ! ...ne sont pas uniquement consacrés à l’Écriture sainte...

Avec quoi renoue-t-on ? A quelle distance dans le temps ? Comment s’appellera la période qui se termine ?

En tout état de cause, l’auteur est étonné par le comportement d’un prince. Qu’a-t-il de si nouveau ?

Le premier caractère de l’Humanisme consiste donc à briser le monopole de l’Église sur la vie intellectuelle.

Cf définition de l’Humanisme, en haut à gauche de la page 110. Dégager les deux traits marquants de l’Humanisme.

Réponse : retour à l’Antiquité et Homme centre des préoccupations.

Les deux idées se rejoignent. En effet, l’homme au centre du monde est une conception interdite par la pensée totalitaire de l’Église chrétienne. Il faut donc tout le poids de la référence aux Anciens pour briser les interdits. L’homme déchu devient l’Homme, sommet de la création divine :

lire le texte 2, page 115. Quel est l’attribut divin qui est donné à l’Homme ?

Réponse : la Liberté.

Mais elle se rejoignent aussi parce qu’en étudiant la pensée antique, les Humanistes aperçoivent à travers la philosophie une morale et une philosophie très différentes de celle qui a cours alors en Occident.

Le Moyen-âge, devant l’impossibilité du bonheur avait dirigé sa recherche intellectuelle vers les moyens d’être en contact avec Dieu, ici-bas et dans l’au-delà. Cette pensée, dominée par l’Église, s’appuie constamment sur la Tradition, c’est à dire un ensemble de croyances accumulées au cours des siècles et tenues pour bonne par l’Église toute-puissante. Et ceci dans des domaines qui nous paraissent bien loin du domaine religieux, la science, par exemple.

Or l’Antiquité préchrétienne axe sa recherche sur la quête du bonheur individuel et collectif, par la mise au pont d’une sagesse.

Les Humanistes en allant à l’Antiquité vont en même temps vers le bonheur humain. De là découle la croyance au Progrès : l’Homme peut s’améliorer, le monde peut s’améliorer. On remarque au passage ce que nos attitudes doivent à cette époque.

Enfin, retour à l’Antiquité et imprimerie se rejoignent pour développer l’esprit critique. En effet, il s’agit avant tout d’imprimer un texte sûr. Il faut mettre au point la version la plus correcte, la plus plausible, et ceci au moyen de l’analyse critique et de la comparaison de manuscrits souvent corrompus. Cela donne une tournure d’esprit qui consiste à ne rien admettre a priori.

On voit toute l’étendue de la rupture avec le Moyen-âge ! Il s’agit pour l’humaniste de rechercher les moyens du bonheur et de l’épanouissement humain en se dégageant de l’autorité de l’Église, en rejetant l’autorité de la tradition, en renouant avec la sagesse pré-chrétienne et en réfléchissant plus personnellement.

2°. L’Humanisme et l’éducation

On comprend, dans ces conditions, l’attention que les humanistes vont porter à l’éducation.

Cf texte 3, page 115. dégager les grands principes de l’éducation prônée par Ponocratès.

NB : la "vitieuse manière" consiste en une vie inorganisée faite de beuveries, de paresse stérile, de saleté et de temps perdu. Notez au passage un aspect génialement mis en avant par Rabelais :

"Puis estudioit quelque meschante demye heure, les yeulx assis dessus son livre; mais (comme dict le comicque) son âme estoit en la cuisine."

Réponse :

    • Changer les coutumes.
    • Retour aux textes eux mêmes.
    • Réflexion personnelle.
    • Élégance extérieure
    • Éducation physique et artistique.
Le résultat est un homme harmonieux dans une société harmonieuse :

Voir texte polycopié : l’abbaye de Thélème

La manière de vivre à l'abbaye de Thélème

" Toute leur vie était employée non par lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. Se levaient du lit quand bon leur semblait; beuvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient, quand le désir leur venait. Nul ne les éveillait, nul ne les forçait ni à boire, ni à manger, ni à faire autre chose quelconque. Ainsi l'avait établi Gargantua.

En leur règle n'était que cette clause: fais ce que voudras. Parce que gens libres, bien nés et bien instruits, conversant en compagnies honnêtes, ont par nature un instinct et aiguillon qui toujours les pousse à faits vertueux, et retire de vice : lequel ils nommaient honneur. Iceux, quand par vile subjection et contrainte sont déprimés et asservis, détournent la noble affection par laquelle à vertu franchement tendaient, à déposer et enfreindre ce joug de servitude. Car nous entreprenons toujours choses défendues, et convoitons ce que nous est dénié.

Par cette liberté entrèrent en louable émulation de faire tous ce que à un seul voyait plaire. Si quelqu'un ou quelqu'une disait : Beuvons, tous beuvaient. Si disait : jouons, tous jouaient. Si disait, allons à l'ébat aux champs, tous y allaient. Si c'était pour voler ou chasser, les dames, montées sur belles haquenées avec leur palefroi, sur le poing mignonnement engantelé portaient chacune un épervier, un laneret ou un émerillon. Les hommes portaient les autres oiseaux.

Tant noblement étaient appris qu'il n'était nul entre eux celui ni celle qui ne sût lire, écrire, chanter, jouer d'instruments harmonieux, parler de cinq et six langages, et composer tant en vers qu'en prose. Jamais ne furent vus chevaliers tant preux, tant galants, tant dextres et à pied et à cheval, plus verts, mieux remuants, mieux maniant tous bâtons, que là étaient. Jamais ne furent vues dames tant propres, tant mignonnes, moins fâcheuses, plus doctes à la main, à l'aiguille, à tout acte féminin honnête et libre, que là étaient. ",

Rabelais, Gargantua, LV.
Qu’est-ce qui, dans ce texte vous semble le plus loin de nos comportements et de nos façons de penser ?

Beaucoup de textes concernant l’éducation se trouvent chez Rabelais, Erasme, Montaigne, Pic de la Mirandole. Ils développent souvent des arguments de bon sens et d’humanité, de respect de l’élève. Mais ils sont inadaptés à notre époque en ce sens qu’ils ne remettent pas en cause le rapport Maître -élève, et surtout qu’ils n’envisagent qu’une éducation sur mesure et non pas de masse. Beaucoup y étaient d’ailleurs hostiles, suivant en cela les doctrines pythagoriciennes qui s’opposaient à la divulgation du savoir.

Il y a toutefois dans Montaigne des intuitions géniales.

Cf. texte 4, page 124. Qui doit avoir la tête bien faite ? Quelles qualités cherche-t-on a développer chez l’élève ?

Réponse : l’initiative, le goût de la recherche, la créativité.

Quelle qualité attend-on du pédagogue ? Cette revendication est-elle satisfaite de nos jours ?

L’écoute. C’est toujours une forte demande des jeunes. Mais ici encore, les conditions de masse ne permettent guère de répondre à cette demande dans le cadre de l’institution.

Le dernier paragraphe ne remet-il pas en cause notre conception des examens et des concours ?

Un dernier mot, personnel : dans ce texte émouvant, une grande frustration : qu’est-ce qu’une tête bien faite ? Et la tête est-elle seule en cause ?

 

3. L’Humanisme et la Science

Les Humanités sont d’abord des études littéraires. Cela explique peut-être que les relations entre le développement des sciences et l'humanisme ne sont pas nettes. On a pu dire que les découvertes scientifiques de l'époque se sont faites en dehors des humanistes. Il est vrai que les progrès de l'algèbre, de l'anatomie et de l'astronomie semblent être ignorés de la plupart d'entre eux. Montaigne, l'un des plus grands érudits de son temps, ne sait pas compter.

De plus, les mentalités de la Renaissance sont imprégnées d'une vision spiritualiste de l'univers. On invoque quantité de forces spirituelles, des " âmes ", pour expliquer le mouvement des planètes (qui " s'aiment ou se haïssent ") ou le fonctionnement du corps humain. L'univers est conçu comme un ensemble de correspondances, de " sympathies ", où les nombres eux-mêmes sont des symboles qualitatifs, magiques et non des instruments quantitatifs de mesure.

Mais il y a dans la démarche des Humanistes des forces, des énergies qui vont permettre l’éclosion, au siècle suivant, d’une nouvelle forme de savoir : le savoir scientifique tel que nous l’entendons.

Cf texte 3, page 136. Quelles raisons donne Léonard de Vinci à sa soif de connaître ? En quoi cela peut-il s’avérer positif pour la connaissance scientifique ?

On retrouve la même soif de connaître dans 3, page 124.

Les humanistes privilégient la recherche de la vérité. Leur intérêt pour l'homme et le monde les pousse à chercher passionnément à en comprendre les ressorts, à valoriser l'expérience ainsi que les techniques. Cette curiosité est évidemment indispensable au développement de la science.

Ces résultats restent pourtant épars, et les savants d'alors n'en comprennent souvent pas la portée réelle. Malgré tout, les bases qui permettront l'essor scientifique du " Grand XVII° siècle " sont posées.

Quelques grandes dates :

1469 premier ouvrage scientifique imprimé (Pline).

1484 Introduction des nombres négatifs par le mathématicien français N. Chuquet.

1489 Introduction par le mathématicien allemand d'Eger des signes (+) et (-), en remplacement des lettres p (piu) et m (minus).

1494 "Somme arithmétique" de Luca Pacioli.

1525 Introduction par le mathématicien allemand Rudolff du symbole de la racine carrée : ?

1543 "De la révolution des orbes célestes" de Copernic.

1544 Résolution par le mathématicien italien Cardan des équations du troisième degré.

1545 "Méthode de traiter les plaies" d'Ambroise Paré.

1553 Première idée de la circulation sanguine (Michel Servet).

1557 Introduction par le mathématicien anglais Recorde du symbole de l'égalité (=).

1585-90 Atlas du Monde de Mercator.

1591 Introduction par le mathématicien français Viète de l'usage des lettres en algèbre.

On voit, grâce à la liste figurant sur le polycopié que les sciences de la Terre et du vivant progressent de façon significative.

Grâce aux études anatomiques de Vésale (1514-1564), la connaissance du corps humain se précise. Voir 1, page 114. Michel Servet (1511-1553) découvre le mécanisme de la circulation sanguine. Cependant, si les dissections deviennent possibles à Padoue, à Florence, elles sont encore rarement autorisées en France. Créateur de la chirurgie moderne, Ambroise Paré (1509-1590) substitue, pour arrêter les hémorragies, la ligature des vaisseaux à la cautérisation au fer rouge.

La zoologie, la botanique et la géographie bénéficient des découvertes des explorateurs et des progrès de la gravure sur bois ou sur cuivre et de l'imprimerie.

Les grandes découvertes maritimes amènent des progrès dans la cartographie. Le problème de la projection est abordé. Les atlas de l'Allemand Münster (1488-1552) et du Flamand Mercator (1512-1594) renouvellent la cartographie.

Dans les mathématiques, le " calcul à la plume ", avec les chiffres arabes, remplace peu à peu le difficile et long " calcul au jeton " (avec un boulier). Le calcul algébrique, pratiqué depuis longtemps en Inde et dans les pays arabes, est perfectionné par Cardan (1501-1586) qui résout les équations du troisième degré. De même, Viète (1540-1603) invente un symbolisme littéral : il choisit les premières lettres de l'alphabet pour désigner les inconnues et les dernières pour les paramètres (nous avons inversé cette habitude).

Mais il y a dans cette liste un événement qui est passé plutôt inaperçu à l’époque : Copernic (1473-1543) émet l’idée que la Terre n’est pas le centre du Monde ! Elle tournerait autour du Soleil !

Cf 5, page 115. Lire le texte. Le schéma de l’Univers selon Copernic présente deux erreurs aux yeux de la science moderne et une lacune. Lesquelles ?

Réponse : Le soleil n’est pas le centre de l’Univers, il n’y a pas de firmament supportant les étoiles.

Lacune : l’échelle ! Copernic n’est pas arrivé à l’idée d’un Univers infini, le Soleil n’étant qu’une étoile parmi les autres. Il l’agrandit seulement.

La théorie de Copernic ne rend d’ailleurs pas compte des mouvements apparents des astres. On voit là un aspect de cette époque : des théories plus ou moins fumeuses vont jouer un rôle positif, par une sorte d’électrochoc qu’elles produisent sur les esprits. C’est Giodano Bruno (1548-1600 brûlé vif !) qui remet en cause l’idée même du centre de l’Univers, Kepler (1571-1630) qui, partisan du système de Copernic, le transforme si bien qu’il éclaire enfin mathématiquement la marche des planètes.

Ne commettons pas l’anachronisme de voir dans cette période le début d’une marche triomphale vers le rationalisme et la science. L’époque qui a vu se développer l’esprit critique a été en même temps d’une extraordinaire crédulité, et qui plus est, dans les mêmes personnes. Cardan, qui fit progresser l’algèbre, dressa aussi l’horoscope de Jésus. Ambroise Paré, le chirurgien, consacre un chapitre entier de son livre "Des Monstres" à prouver que "les démons habitent les carrières" !

Pourquoi sommes nous alors redevables du développement de la science à cette période ? Parce que se manifestent les composants d’une mentalité qui a permis à la science de naître.

    • Immense curiosité et grande attention portée au concret.
    • Désir d’organiser et de maîtriser l’espace et le temps (horloges, perspective, cartographie).
    • Orientation vers les mathématiques, science quantitative, ce qui est une orientation majeure de la science occidentale.
4. Humanisme et politique

Les humanistes n’ont pas manqué de se pencher sur l’homme en société, l’homme politique. Mais les réponses qu’ils donnent dans ce domaine n’ont pas d’unité.

Thomas More dresse, en prenant le contre-pied de notre monde, le tableau d’une "Utopie" (Voir livre, mot-clé, page 114).

"N'est-elle pas inique et ingrate la société qui prodigue tant de biens à ceux qu'on appelle nobles, à des joailliers, à des oisifs, ou à ces artisans de luxe, qui ne savent que flatter et asservir des voluptés frivoles quand, d'autre part, elle n'a ni cœur ni souci pour le laboureur, le charbonnier, le manœuvre, le charretier, l'ouvrier, sans lesquels il n'existerait pas de société. Dans son cruel égoïsme, elle abuse de la vigueur de leur jeunesse pour tirer d'eux le plus de travail et de profit; et dès qu'ils faiblissent sous le poids de l'âge ou de la maladie, alors qu'ils manquent de tout, elle oublie leurs nombreuses veilles, leurs nombreux et importants services, elle les récompense en les laissant mourir de faim...

En Utopie, au contraire où tout appartient à tous, personne ne peut manquer de rien, une fois que les greniers publics sont remplis. Car la fortune de l 'État n 'est jamais injustement distribuée en ce pays; L'on n 'y voit ni pauvre ni mendiant et quoique personne n'ait rien à soi, cependant tout le monde est riche. Est-il en effet de plus belle richesse que de vivre joyeux et tranquille sans inquiétude ni souci ? Est-il un sort plus heureux que celui de ne pas trembler pour son existence ?"

Thomas More, Utopie
Le Français Jean Bodin, penche pour la monarchie absolue. Quant à lui, Machiavel développe d’autres idées.

Le texte 4, page 115 de Machiavel n’est-il pas en contradiction avec le 1° paragraphe de la page 114 ?

Chercher dans un dictionnaire le sens de "machiavélique".

L’époque ne donne pas de grandes réponses théoriques à la difficulté de gouverner les hommes.

Par contre les humanistes ont joué un rôle politique direct dans la mesure où ils ont presque tous, et de manière prestigieuse, contribué au développement des langues nationales. Penser à "Défense et illustration de la langue française" de Du Bellay, qui, d’ailleurs, démarque une œuvre similaire en faveur du toscan. Luther, traduisant la Bible en allemand, est le premier écrivain de cette langue, qu’il contribue à fixer.

Cf 5 page 113. En quoi l’Humanisme peut-il intéresser la politique ?

Réponse : apprendre les belles lettres, c’est surtout former de bons fonctionnaires ! Théologiens, magistrats, administratifs ! L’Humanisme vient au secours de la politique. En effet, en 1539, François I°, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, impose le français comme langue obligatoire dans tous les actes officiels.

Après avoir lu le 1° et l’avant dernier paragraphes de la page 112, l’Europe du XVI° siècle vous semble-t-elle plus marquée par une "République des lettres" ou par le fractionnement national ?

En fait, le rêve de certains humanistes comme Erasme, s’éteint ici, d’une Europe des lettrés, unis par une langue commune : le latin. L’époque est moins marquée par l’amour international des lettres que par le déclin irrémédiable d’un rêve d’unité d’une élite européenne.

 

III. LA RENAISSANCE DES ARTS

La Renaissance désigne une période de l’Histoire de l’Art qui couvre en gros, comme l’Humanisme les XV° et XV° siècles.

De cette époque très complexe, on tire l’impression de richesse et de bouillonnement. Il est assez difficile de résumer cela en quelques idées-force. Il est bien évident qu’on trouvera toujours une œuvre ou un peintre pour démentir ces idées générales.

Partons du texte extrait du Traité de l’art de la peinture de Lomazzo (1584) dans le polycopié :

" Le corps humain, qui est une œuvre accomplie et pleine de beauté, fait par Dieu à la ressemblance de son image, a été appelé, à juste titre, un monde en petit. Il contient en effet, d'une façon parfaite, selon l'harmonie la plus sûre, tous les nombres, toutes les mesures, tous les poids, les mouvements et les éléments. C'est de lui essentiellement, et non d'un autre objet fait de la main de Dieu, que furent pris, d'après ses membres, les modèles des temples, des théâtres, et de tous les édifices avec leurs parties, telles que colonnes, chapiteaux... et autres éléments semblables. "

D’après ce texte, quelle parenté peut-on établir entre Humanisme et Renaissance ?

Le second aspect est présent dans le mot même de Renaissance. Renaissance = résurrection après une longue mort. On recontacte la beauté antique et l’on tire un trait sur la période précédente qu’on affuble de l’adjectif péjoratif de "gothique" = barbare, comme les Goths.

Énumérer dans le texte de Vasari (voir le polycopié) les contre-vérités les plus criantes.

Peut-on trouver des mobiles à ce qui apparaît comme une évidente mauvaise foi ?

Réponse : d’abord et avant tout une volonté de rupture avec ce qui a précédé.

Ensuite, un trait particulier à l’Italie où l’art des cathédrales n’a jamais pu vraiment s’implanter; une sorte de "dégoût national".

Le retour à l’Antiquité est surtout un alibi pour briser avec le passé. D’abord parce qu’on n’a pratiquement pas de peinture de l’Antiquité; ce ne peut être valable que pour la sculpture et l’architecture et, dans ces domaines, cela n’a rien d’évident.

Cf 1, page 126 : le château de Chambord. Pourquoi ce château comporte-t-il des tours et des fossés ? Est-ce en accord avec sa destination ? Quelle est cette destination ?

Réponse : il s’agit de vestiges de la conception du château du Moyen-âge, pièce d’architecture militaire. Ici, c’est en contradiction avec les nombreuses fenêtres qui sont autant de points faibles, mais aussi autant d’ouvertures à la lumière, à la richesse et au plaisir.

Cf 2, page 127. Par quels éléments d’architecture, par quels éléments décoratifs, cette église du début du XV° siècle rompt-elle avec ce que nous connaissons de l’architecture religieuse du Moyen-âge ?

Réponse : la coupole, pas ignorée du M-A, mais à laquelle on préfère la nef.

Remarquons au passage qu’il s’agit d’un faux retour à l’antique : les coupoles de l’Antiquité sont très lourdes. Ici Brunelleschi calcule des angles très savants, ce qui permet une élégance et une légèreté tout nouvelle (.... et insurpassée !)

Cf 3, page 127 : le Printemps de Botticelli.

    • Comment se disposent les parties claires et sombres ?
    • D’où vient la lumière ?
    • Le tableau donne-t-il une impression statique ou de mouvement ?
    • Où se croisent les diagonales du tableau ? Pourquoi, à votre avis ?
    • Qu’est-ce que le petit personnage en haut du tableau ? Quel est son rôle ?
    • Quel est le personnage sombre, à droite ?
    • Quelle ambiance naît des costumes et des attitudes ?
    • Quel rapport y a-t-il entre ce tableau et ce que vous connaissez de la réalité du printemps ?
Cf 1, page 128, le David de Donatello, et 3, page 131, la Madone de Lorette, de Raphaël.

Ces deux tableaux empruntent leur sujet à l’Ancien et au nouveau Testament. Les œuvres sont-elles pour autant religieuses ? Qu’est-ce qui émane de chacune d’elles ?

Réponse : à l’évidence : la sensualité (pour ne pas dire la sexualité , pour ce David, que Donatello vient, ébloui, de draguer dans les rue de Florence !). Les artistes de la Renaissance se cachent souvent derrière d’irréprochables sujets religieux pour dire leur goût du corps, du luxe, de la sensualité, des belles étoffes, des belles couleurs.

Cf les Noces de Cana, de Véronèse, page 135.

Situer Cana (quelques km au Nord de Nazareth, sur la carte 2, page 47) Rappeler l’épisode de l’Évangile.

Ce tableau évoque-t-il pour vous Cana au temps de Jésus, ou une réception à Venise au XVI° siècle ?

Après avoir poursuivi au crayon les lignes des linteaux et des corniches et repéré leur intersection, dites à quoi sert, entre autres choses, la présence de cette architecture pour le moins improbable ?

Comment appelle-t-on le procédé utilisé ?

La perspective était déjà connue au Moyen-âge, mais la Renaissance, avec son goût du trope l’œil, de l’illusion, l’utilise quasi exclusivement. La perspective géométrique est encore raffinée par Léonard :

"Il y a trois sortes de perspectives. La première relative aux causes de la diminution, ou, comme on l’appelle, à la perspective diminutive des objets à mesure qu’ils s’éloignent de l’œil. La seconde est la manière dont les couleurs se modifient en s’éloignant de l’œil. La troisième et dernière consiste à définir comment les objets doivent être achevés avec d’autant moins de minutie qu’ils sont plus éloignés."

Projection du transparent : Le mariage de la Vierge de Raphaël.

Quels sont les traits communs avec les Noces de Cana ?

Réponse :

    • La présence d’une architecture imaginaire
    • Le mépris de la vraisemblance historique
    • L’impression de profondeur (rendue comment ?)
Mais il y a en plus les paysages. Le temps n’est plus figé, comme avec le fond d’or de la peinture byzantine. Il se passe quelque chose. des gens passent, etc...On est dans le temps.

Les jeux de lumière et les contrastes sont facilités par la mise au point de la peinture à l'huile. L'huile de lin remplace le blanc d'œuf comme liant des pigments colorés, son séchage plus rapide autorise les retouches et favorise le travail sur l'éclat des couleurs. La lumière participe ainsi à l'animation de l'espace, transforme la représentation de l'objet, fait émerger les figures par la technique du sfumato (clair obscur) mise au point par Léonard de Vinci. La finalité de cet art reste, avant tout, de représenter l'homme. Les visages expriment les sentiments (tendresse, joie ou malheur...) et reflètent les traits saillants de la personnalité (volonté, bonté, dureté...). Le corps humain est souvent peint ou sculpté dans sa nudité et avec un souci de vérité anatomique.

La place de l’artiste dans la société change.

L’artiste a été pendant longtemps un exécutant modeste par rapport à l’homme puissant et riche qui lui commande une œuvre. La Renaissance fait apparaître un nouveau rapport : l’artiste connait une promotion importante. Il va être traité avec de plus en plus de respect. Les commanditaires deviennent plus diplomates et imposent leurs désirs avec moins de rigueur ; ce sont eux qui, maintenant, sont demandeurs. Plus révélatrice que l’épisode légendaire de Charles Quint ramassant le pinceau tombé de la main de Titien est la lettre que Francesco Gonzaga envoya à son représentant à Rome, lui ordonnant de demander à Michel-Ange, avec tout le respect et tous les égards qui lui étaient dus, de " bien vouloir me faire l’honneur de travailler pour moi et de daigner exécuter, à son gré, une sculpture ou une peinture ". " Il nous importe peu, écrivait-il, que ce soit l’une ou l’autre, pourvu qu’elle soit l’œuvre qu’il souhaite réaliser. Et si, par hasard, il vous demande quel sujet nous souhaitons, dites-lui alors que nous voulons seulement une œuvre de sa propre inspiration. "

L’artiste de la Renaissance n’est plus un anonyme : il signe ses œuvres.

4°. L’extension géographique

L’Italie est incontestablement le berceau, mais le foyer de la Renaissance se déplace. Florence semble être le grand et prestigieux berceau. Brunelleschi (Voir 2, page 127, Santa Maria del Fiore), Donatello, (Voir 1, page 128), Botticelli (Voir 3, page 127), sont parmi les premiers "Grands". Il y en a d’autres, mais le but de notre travail n’est pas de faire un catalogue. Avant de mourir en France près de François I°, Léonard de Vinci y commence aussi sa carrière.

Rome, avec la cours du Pape, et le 2° centre. C’est là qu’on trouve les géants : Michel-Ange peintre et sculpteur (2, page 131 et 1, page 130) et Raphaël (3, page 131).

Venise est un monde un peu à part, avec Giorgione et Titien, le Tintoret et Véronèse, dont nous connaissons les Noces de Cana.

A partir de là, et avec des vitesses différentes dues parfois à la guerre (Guerres d’Italie pour les rois de France) la Renaissance essaime dans presque toute l’Europe occidentale (et parfois orientale) en se transformant selon le pays, France, Allemagne, Pays-bas. L’Angleterre est touchée plus tard., l’Espagne pas vraiment.

Je pourrais donner ainsi ma vision de la Renaissance :

    • Art auto-proclamé, cherchant la rupture avec le "gothique".
    • Art de l’élite
    • Art profondément novateur, même quand il se cache derrière l’Antiquité ou les Écritures Saintes.
En conclusion : un extraordinaire approfondissement , mais qui va de pair avec un extraordinaire rétrécissement de l’Art (rétrécissement multiple, formel, mais aussi sociologique, dans la mesure où la Renaissance marque en Occident la déchéance de l’Art populaire) que l’on ne remettra en cause qu’aux XIX° et XX° siècles.

On remarquera que si la Renaissance nous ouvre un monde, elle veut injustement en fermer un.

Le sentiment de progresser qu’eurent les hommes de la Renaissance les conduisit à sous-évaluer l’importance des chefs-d’œuvre du passé et à commettre de véritables sacrilèges tels que la démolition de l’ancienne basilique Saint-Pierre à Rome, malgré les innombrables souvenirs qu’elle renfermait, ou la destruction, aux XVe et XVIe siècles, d’édifices construits au XIIIe siècle et qui comportaient peut-être des nouveautés stylistiques de grande valeur (par exemple l’ancienne chapelle Sixtine).

La perspective enferme aussi l’homme dans une vision très individualiste et incomplète, contrairement à l’Egypte antique ou à l’art de Picasso.

Quelque part, il y a la prétention de faire mieux que la Création. Dans les multiples inventions et découvertes dont son siècle est le témoin, l’Art, sous toutes ses formes, croit parvenir à dépasser la nature et à reproduire une image de l’homme plus vraie et plus vivante que le monde lui-même qui l’a inspirée.

On n’a pas parlé de la Musique. Pourquoi ? C’est plus difficile à expliquer en classe d’Histoire et les manuels n’y aident pas.

La Musique connait aussi un approfondissement et un rétrécissement :

De tous le modes anciens, deux subsistent avec la fortune que l’on sait : le mode majeur et le mode mineur. C’est également le début de l’écriture harmonique, grande particularité de la musique occidentale.

Pour finir :

Retrouver dans un chef-d’œuvre de Léonard de Vinci, Mona Lisa, ou la Joconde, page 136, les caractéristiques de la peinture de la Renaissance.

 

 

 
HUMANISME ET RENAISSANCE

" Parmi les prodiges naturels, le premier et le plus rare, c’est que je suis né dans ce siècle où la Terre a été découverte, alors que les Anciens n’en connaissaient guère plus du tiers [...]. Les connaissances se sont étendues. Qu’y a-t-il de plus merveilleux que l’artillerie, cette foudre des mortels bien plus dangereuse que celle des dieux [...] ? Ajoutons-y [...] l’invention de l’imprimerie, conçue par l’esprit des hommes, réalisée par leurs mains, qui peut rivaliser avec les miracles divins. Que nous manque-t-il encore sinon de prendre possession du ciel ? "

Cardan, Autobiographie
La manière de vivre à l'abbaye de Thélème

" Toute leur vie était employée non par lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. Se levaient du lit quand bon leur semblait; beuvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient, quand le désir leur venait. Nul ne les éveillait, nul ne les forçait ni à boire, ni à manger, ni à faire autre chose quelconque. Ainsi l'avait établi Gargantua.

En leur règle n'était que cette clause: fais ce que voudras. Parce que gens libres, bien nés et bien instruits, conversant en compagnies honnêtes, ont par nature un instinct et aiguillon qui toujours les pousse à faits vertueux, et retire de vice : lequel ils nommaient honneur. Iceux, quand par vile subjection et contrainte sont déprimés et asservis, détournent la noble affection par laquelle à vertu franchement tendaient, à déposer et enfreindre ce joug de servitude. Car nous entreprenons toujours choses défendues, et convoitons ce que nous est dénié.

Par cette liberté entrèrent en louable émulation de faire tous ce que à un seul voyait plaire. Si quelqu'un ou quelqu'une disait : Beuvons, tous beuvaient. Si disait : jouons, tous jouaient. Si disait, allons à l'ébat aux champs, tous y allaient. Si c'était pour voler ou chasser, les dames, montées sur belles haquenées avec leur palefroi, sur le poing mignonnement engantelé portaient chacune un épervier, un laneret ou un émerillon. Les hommes portaient les autres oiseaux.

Tant noblement étaient appris qu'il n'était nul entre eux celui ni celle qui ne sût lire, écrire, chanter, jouer d'instruments harmonieux, parler de cinq et six langages, et composer tant en vers qu'en prose. Jamais ne furent vus chevaliers tant preux, tant galants, tant dextres et à pied et à cheval, plus verts, mieux remuants, mieux maniant tous bâtons, que là étaient. Jamais ne furent vues dames tant propres, tant mignonnes, moins fâcheuses, plus doctes à la main, à l'aiguille, à tout acte féminin honnête et libre, que là étaient. ",

Rabelais, Gargantua, LV.
La politique et la société

N'est-elle pas inique et ingrate la société qui prodigue tant de biens à ceux qu'on appelle nobles, à des joailliers, à des oisifs, ou à ces artisans de luxe, qui ne savent que flatter et asservir des voluptés frivoles quand, d'autre part, elle n'a ni cœur ni souci pour le laboureur, le charbonnier, le manœuvre, le charretier, l'ouvrier, sans lesquels il n'existerait pas de société. Dans son cruel égoïsme, elle abuse de la vigueur de leur jeunesse pour tirer d'eux le plus de travail et de profit; et dès qu'ils faiblissent sous le poids de l'âge ou de la maladie, alors qu'ils manquent de tout, elle oublie leurs nombreuses veilles, leurs nombreux et importants services, elle les récompense en les laissant mourir de faim...

En Utopie, au contraire où tout appartient à tous, personne ne peut manquer de rien, une fois que les greniers publics sont remplis. Car la fortune de l 'État n 'est jamais injustement distribuée en ce pays; L'on n 'y voit ni pauvre ni mendiant et quoique personne n'ait rien à soi, cependant tout le monde est riche. Est-il en effet de plus belle richesse que de vivre joyeux et tranquille sans inquiétude ni souci ? Est-il un sort plus heureux que celui de ne pas trembler pour son existence ?"

Thomas More, Utopie
Quelques grandes dates de l’Histoire des sciences :

1469 premier ouvrage scientifique imprimé (Pline).

1484 Introduction des nombres négatifs par le mathématicien français N. Chuquet.

1489 Introduction par le mathématicien allemand d'Eger des signes (+) et (-), en remplacement des lettres p (piu) et m (minus).

1494 "Somme arithmétique" de Luca Pacioli.

1525 Introduction par le mathématicien allemand Rudolff du symbole de la racine carrée : ?

1543 "De la révolution des orbes célestes" de Copernic.

1544 Résolution par le mathématicien italien Cardan des équations du troisième degré.

1545 "Méthode de traiter les plaies" d'Ambroise Paré.

1553 Première idée de la circulation sanguine (Michel Servet).

1557 Introduction par le mathématicien anglais Recorde du symbole de l'égalité (=).

1585-90 Atlas du Monde de Mercator.

1591 Introduction par le mathématicien français Viète de l'usage des lettres en algèbre.

 

Le corps humain

" Le corps humain, qui est une œuvre accomplie et pleine de beauté, fait par Dieu à la ressemblance de son image, a été appelé, à juste titre, un monde en petit. Il contient en effet, d'une façon parfaite, selon l'harmonie la plus sûre, tous les nombres, toutes les mesures, tous les poids, les mouvements et les éléments. C'est de lui essentiellement, et non d'un autre objet fait de la main de Dieu, que furent pris, d'après ses membres, les modèles des temples, des théâtres, et de tous les édifices avec leurs parties, telles que colonnes, chapiteaux... et autres éléments semblables. "

Traité de l’art de la peinture de Lomazzo (1584)
Le "gothique" jugé par un homme de la Renaissance

Il y a un autre style appelé gothique, dont les éléments décoratifs et les proportions sont très différents des antiques et des modernes. Les bons architectes d'aujourd'hui ne l'emploient pas, ils le fuient comme monstrueux et barbare. Chacun de ses éléments étant dépourvu de toute règle, on peut parler de confusion et de désordre, ces constructions sont si nombreuses qu'elles ont infecté le monde. Les portes sont ornées de colonnes fines et torses comme des ceps de vigne, incapables de soutenir un poids si léger soit-il...

Ce style fut créé par les Goths. Après avoir ravagé les constructions antiques et tué les architectes dans les guerres, ils élevèrent avec les survivants des édifices de ce style: ils lancèrent des voûtes sur des arcs en ogive et couvrirent de ces maudites constructions toute l'Italie, qui lasse d'en voir, a fini par se débarrasser complètement de ce style. Que Dieu préserve tout le pays de cette conception et cette manière de bâtir ! Leur difformité en regard de la beauté de nos monuments fait que ces ouvrages ne méritent pas qu'on en parle plus longtemps.

Vasari (1568)
 
ÉTUDIER UNE ŒUVRE D'ART

 

Proposition : Identifier, décrire, donner la signification d'un tableau

MÉTHODE D'ANALYSE DE L'ŒUVRE D'ART

1. Le sujet

Reconnaître:

1.1. Les informations données en légende de l'œuvre. Dans l'ordre: l'auteur, le titre, la date d'exécution, le support, les dimensions, le lieu de conservation.

1.2. Le genre, c'est-à-dire le type de sujet représenté: scène religieuse, mythologique, historique, allégorie, portrait, paysage, nature morte, peinture dite " de genre " (dont les sujets ont un caractère anecdotique, familier, populaire...).

1.3. Le sujet proprement dit. Décrire ce qui y est représenté: lieux, personnages, objets.

2. La technique picturale

2.1. La composition

- Retrouver les lignes qui organisent le tableau, qui relient entre eux les objets et les masses.

- Reproduire ces lignes sur un calque.

- Montrer comment est suggérée la perspective et distinguer les différents plans.

2.2. Le dessin

Caractériser le dessin: netteté, flou, énergie ou délicatesse des tracés...

2.3. Les couleurs

Donner des précisions sur

- la " palette " employée: variété des couleurs, couleurs dominantes, tons chauds ou froids;

- la " touche " c'est-à-dire la manière d'étaler la couleur sur le tableau.

Dire comment les couleurs sont juxtaposées et l'effet créé.

2.4. Les différents plans du tableau

2.5. La lumière

- Expliquer comment elle est distribuée : la ou les sources lumineuses, les parties éclairées, les zones d'ombre.

- Montrer les contrastes qui en résultent.

• 3. L'œuvre dans le contexte politique et intellectuel de sa création

3.1. Expliquer en quoi l'œuvre de XXX rend compte des innovations de la peinture de son temps: - dans la représentation de l'espace scénique, - dans la représentation des figures et des attitudes.

3.2. Montrer les intentions de l'artiste

- Relever des renseignements biographiques sur l'auteur (ses origines, sa formation, sa vie, ses idées) en utilisant le fichier du CDI et à l'aide des encyclopédies.

- Exposer éventuellement le débat dont l'œuvre est l'objet.

- Expliquer la signification politique, religieuse, symbolique de l'œuvre.

- Retrouver le commanditaire probable de cette peinture.

PIERRE MALLET

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