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INTRODUCTION
- De 1945 à 1973, le monde et en particulier les Pays
industrialisés, ont connu une croissance économique soutenue,
régulière, dune ampleur inégalée sur une période
aussi longue.
Un économiste français, Jean FOURASTIE, na pas
craint de baptiser cette période de " Trente Glorieuses ", écrivant:
" ne doit on pas dire glorieuses les trente années qui ont
fait passer la France de la vie végétative traditionnelle
aux niveaux de vie et aux genres de vie contemporains ? "
Est-ce à dire quon peut parler de " Miracle " économique
à propos du relèvement et de lexpansion des Etats industrialisés,
et notamment des vaincus de la guerre ? En fait, la croissance résulte
de facteurs complexes et multiples, qui relèvent à la fois
des techniques, des hommes, des capitaux, du rôle de lEtat ou des
échanges. Elle seffectue à travers de profondes mutations
et damples déséquilibres économiques, sociaux, géographiques
et financiers.
CHRONOLOGIE
1942 Construction de la première pile atomique
1943 Plan Keynes et plan White pour la future organisation monétaire
internationale
1944 Conférence de Bretton Wood, création du FMI
1945 Hiroshima et Nagazaki
1946 Nationalisation de la banque dAngleterre et de la banque de France
1947 Création du GATT, discours du général Marshall,
réforme du Commonwealth
1948 Entrée en vigueur du Plan Beveridge en Grande Bretagne,
application du Plan Marshall
1949 Création du CAEM.
1950 Création de lunion européenne des paiements ( U.E.P.
)Création de lUnion européenne de libre échanges
(UELE )
1951 Première bombe à hydrogène aux Etats Unis,
Création de la CECA
1952 Fin du Plan Marshall; aide militaire américaine à
lEurope occidentale.
1953 Création du centre européen de recherches ( CERN
), Dénationalisation de la sidérurgie au Royaume Uni.
1954 Première synthèse de lacide nucléique
1955 Application de lautomation aux Etats Unis, Première machine
à laver en France.
1956 Premier satellite artificiel dans lespace, le Spoutnik soviétique.
1957 Traité de Rome, création du marché commun.
1959 Accords monétaires européen faisant suite à
lUEP, Création du Nouveau Franc.
1960 Première bombe atomique française
1961 Youri Gagarine, premier homme dans lespace.
1962 Telstar, premier relais spatial américain;John Glenn: premier
américain dans lespace
1963 Echec de la candidature britannique à lentrée dans
la CEE . Début du Kennedy Round.
1964 Première bombe atomique chinoise.
1965 Réforme économique Libermann en URSS
1967 Première transplantation cardiaque en Afrique du Sud par
le professeur Barnard
1968 Réalisation du marché commun
1969 Neil Armstrong, premier homme sur la Lune
1971 Mis au point des micro processeurs aux Etats Unis
1972 Création du système monétaire européen
1973 Premier choc pétrolier.
I/ MANIFESTATIONS DE LA CROISSANCE
A/ Une croissance sans précédents
-
De 1945 au début des années 70, le monde a connu une
croissance économique spectaculaire. En termes réel,
le produit national brut mondial est passé de lindice 100 en 1950
à lindice 170 en 1960, et 270 en 1970
-
Plus spectaculaire encore, cette croissance sest effectuée sans
recul dune année sur lautre.
Elle a seulement été marquée par des paliers
de courte durée en 1948 / 1949, à la fin de la période
de reconstruction de lEurope; en 1953 / 1954 parés le boom économique
déclenché par la guerre de COREE EN 1957 / 1958 ET EN 1967
/ 1968
-
Ces ralentissements de la croissance représentent en fait moins
du 1/3 de la période totale.
-
- Depuis 1945, la production ne subit plus lalternance des phases dessor
et de dépression qui, comme celles des années 1930, hantait
encore les mémoires.
- De nombreux prix économistes célèbrent même
à la fin des crises et de ses malheurs. Le Prix Nobel de science
économique, Paul SAMUELSON, écrit alors: "
Notre système déconomie mixte peut éviter les excès
des booms et des dépressions et peut envisager une croissance progressive
saine. "
-
Cette période daccroissement de la production apparaît
unique dans lhistoire du monde.
-
- De 1800 à 1929, le taux moyen daccroissement annuel de la production
mondiale sest élevé à environ 5 % entre 1945 et 1970.
Et jamais les périodes dexpansion antérieures nont été
aussi longues.
- Il sagit bien dune croissance qui semble " miraculeuse ".
B/ Des " miracles " économiques ?
- Certains Etats ont connu une croissance supérieure à
la moyenne, faisant figure de " miraculés ". Mis ces " miracles
" peuvent sexpliquer.
1/ La réussite italienne
-
LItalie bénéficie dune croissance analogue ( 5,4
% de taux moyen annuel ), malgré sa pauvreté en énergie
et ses déséquilibres entre le Nord et le Mezzogiorno.
-
- Elle dispose de plus de 3 Milliards de Dollars daide américaine
de 1974 à 1954.
- Un système bancaire en partie nationalisé, un flux migratoire
de travailleurs venus du midi rural en direction du Nord industrialisé,
limpulsion de firmes multinationales ( FAIT, OLIVETTI ) et dun vaste
secteur dEtat ( IRI, et INI ) amorcent un mouvement rapide dexpansion
marquée par le développement dindustries modernes ( automobiles,
électroménager... ) du tourisme et des transports maritimes.
2/ Le dynamisme allemand
-
LAllemagne de lOuest a bénéficié de nombreux atouts
liés en partie aux tensions de la guerre froide.
-
- Dés 1946, les gouvernants et les hommes daffaire américains
ont décidé de relancer léconomie de leur zone doccupation.
En 1948, les zones occidentales dAllemagne occupées reçoivent
les dollars de laide Marshall. La même année, une réforme
monétaire conduite par le ministre Ludwig Ehrard entraîne
une opération de déflation et fonde la nouvelle monnaie,
le Deutschmark , sur les bases assainies.
- Cette déflation sévère élimine le marché
noir et annule en grande partie les dettes de lEtat.
-
Lorsque la R.F.A. naît en 1949, les anciens alliés occidentaux
arrêtent de procéder aux démontages dusines et à
la décartellisation des grands Konzern qui se reconstituent.
-
- Parallèlement, la R.F.A. bénéficie de lafflux
de plusieurs millions de réfugiés, qui fournissent une main
doeuvre peu exigeante.
-
Lindustrie reçoit enfin dabondants capitaux étrangers,
attirés par les hauts taux dintérêts et profite grâce
à sa haute technicité dune rente de situation dans lEurope
des six, à partir de 1958.
-
La R.F.A. connaît ainsi une croissance élevée de
5,5 % de taux moyen annuel entre 1950 et 1970, marquée par une
triple caractéristique:
- Une monnaie forte, une inflation modérée, un commerce
puissant ( au second rang derrière les Etats Unis en 1960 )
et excédentaire.
3/ La modernisation de la France
-
La France connaît une croissance légèrement moindre
( 4,8 % de taux moyen annuel sur la période de 1950 / 70 ), mais,
pour les seules années 1960, elle a atteint lun des taux les plus
forts du monde, après le Japon.
-
- Malgré une pénurie relative de main doeuvre, en
dépit de labandon de son Empire colonial, léconomie française
connaît un essor industriel spectaculaire (surtout sur les biens
déquipement ), appuyé sur un effort dinvestissement assuré
par un ensemble mixte de firmes nationales et privées et impulsé
par une planification originale.
4/ Lélan du Japon.
-
Le Japon profite dun taux record de croissance de près de 11
% lors des années 1950 / 1960. Lessor débute avec la
guerre de Corée et sappuie sur les ZAIKAI de la grande industrie
et de la banque ( Groupes Honda, Matsusha, Morita... ), épargnés
par une décartellisation vite abandonnée par les américains
qui veulent un Japon fort, capable de sopposer à lexpansion communiste
en Asie.
-
Ces groupes concentrent les moyens techniques, financiers et commerciaux
et dominent un vaste secteur de P.M.E. sous traitantes à lemploi
précaire et mal rémunéré.
-
- LEtat , dont les dirigeants sont en contact étroit avec les milieux
daffaires, favorise par la fiscalité linvestissement productif
et oriente la vie économique, notamment à travers le MITI.
-
Une très forte hiérarchie sociale entretient la discipline
du travail et lintégration des salariés dans l'entreprise.
- La modicité relative des dépenses de consommation et la
grande faiblesse de la couverture sociale expliquent les taux exceptionnels
d épargne (près de 20 % du revenu disponible en 1970, contre
10 % pour la France ), largement exploités par les banques pour
le financement des investissements.
- Dés 1968, le Japon supplante la R.F.A. et devient le troisième
Grand, auréolé de ses réussites industrielles (sidérurgie
des " Polders ", constructions navales... ) et commerciales.
5/ Les réussites de lURSS
-
LURSS bénéficie également dun taux de croissance
très supérieur à la moyenne mondiale.
-
Son produit national brut ayant plus que quadruplé de 1950 à
1970. Impulsé par les besoins dune énorme reconstruction,
le développement économique affecte surtout lindustrie lourde,
privilégiée par une planification centrale.
-
- Plusieurs réussites technologiques ( Spoutnik en 1957, premier
brise glaces atomique en 1959... ) hissent lURSS au rang de deuxième
Grand, mais ne peuvent masquer de graves déséquilibres.
6/ Les Etats Unis: la croissance modérée de léconomie
dominante
-
Les Etats Unis, en revanche, ont connu un taux de croissance inférieur
à la moyenne mondiale.( Moins de 4 % pour 1950 / 1970, et une
progression de linvestissement relativement lente.
-
Laccroissement de la population active, de 65 millions à près
de 95 millions au début des années 70, la forte productivité,
la grande avance technologique et la puissance extérieure des firmes
multinationales rendent toutefois compte du doublement du produit national
de 1950 à 1970.
-
De plus,le niveau du produit américain lemporte largement sur celui
de ses concurrents anglais, français et japonais cumulés.
( qui ne représentent que 76 % du produit américain )
-
- Dautre part, les Etats Unis demeurent toute la période léconomie
dominante à travers une triple suprématie.
-
Celle des échanges commerciaux dabord
Les mouvements internationaux de capitaux
la suprématie du Dollar.
- Plus généralement, l" Américan Way of Life"
fait figure de modèle pour la plupart des pays capitalistes.
7/ Les faiblesses du Royaume Uni.
-
De tous les Pays occidentaux, le Royaume Uni connaît le taux de croissance
le plus faible et le plus irrégulier.
-
- Plafonnement de la population active, stagnation des investissements
et vieillissement consécutifs des industries, volonté de
défense de la Livre Sterling ( de 1949 à 1967 ) aux dépends
de la compétitivité: tels sont les principaux facteurs du
déclin britannique de ce second vingtième siècle.
Les exportations qui représentaient 11 % du total mondial en 1948,
n'en représentent plus que 5,9 % en 1972 .
C/ Une croissance inégalement partagée
-
Les divers Etats n'ont donc pas contribué également à
cette croissance qui a affecté l'ensemble du monde, même les
pays dits "sous développés".
-
- En fait, la croissance du produit mondial résulte pour une grande
part de celle de quelques pays développés. Six D'entre eux
( Etats Unis, URSS, Japon, R.F.A., France, Royaume Uni ) assurent en 1970
les 2/3 du produit national.
-
Si le produit national s'est accru pour la plupart des Etats, il l'a fait
très inégalement . Parmi ceux dont la croissance a été
la plus faible, on trouve de nombreux pays en voie de développement
d'Amérique Latine, d'Asie et d'Afrique. Et surtout, si l'on rapporte
le produit au nombre d'habitants, on s'aperçoit qu'il s'accroît
très faiblement, ou même qu'il régresse pour beaucoup
d'entre eux.
-
- On constate là un des mécanismes du sous développement,
apparu au lendemain de la seconde guerre mondiale: la croissance économique
n'est pas suffisante pour soutenir l'explosion démographique, qui
se manifeste dans la plupart des pays en voie de développement après
1945, du fait de la chute de la mortalité et du maintien d'une forte
natalité.
-
Enfin, pour ces pays, malgré (ou à cause ) de la hausse du
produit, le revenu par tête ne dépasse pas 250 Dollars en
1970 ( sauf pour le Mexique ), contre 4700 Dollars pour l'américain
moyen.
- Ainsi, le plus grand nombre des habitants de ces pays connaissent de
graves problèmes d' insuffisances des besoins élémentaires
que sont les denrées alimentaires, la santé, l'éducation,
la formation professionnelle, le logement...
- Au cours des "Trente Glorieuses", le fossé s'est donc creusé
entre le niveau de vie moyen des habitants des Etats industriels et ceux
des pays du 1/3 monde.
II/ LES FACTEURS DE LA CROISSANCE
A/ Une troisième étape de la révolution industrielle
?
1/ Le triomphe de l'innovation
-
Les deux décennies qui suivent la fin de la seconde guerre mondiale
ont été marquées par une accélération
des progrès des sciences et des techniques, perceptibles d'une double
manière:
-
- Tout d'abord, l'effort financier consenti pour la recherche-développement
(RD ) ou recherche appliquée, s'est accru dans les années
1950 / 60 pour se réduire relativement ensuite.
- D'autre part, le délai séparant la découverte
en laboratoire de l'application industrielle ( ou innovation ) s'est réduit
de manière spectaculaire ( 102 années séparent la
découverte de la photographie et sa commercialisation, contre 2
pour le transistor )
-
Ce développement scientifique et technique est, après l'explosion
d'Hiroshima, profondément marqué par la compétition
technico-militaire permanente entre l'Est et l'Ouest pour s'assurer
la suprématie mondiale.
-
Cette compétition se traduit par une intervention accrue des Etats
dans la recherche et l'innovation. Elle explique également en partie
le véritable "pompage de cerveaux" opéré par les universités
et les centres de recherches américains dans le monde entier.
2/ Un nouvel âge énergétique
-
Sur le plan énergétique, la période 1945 / 1973
est marquée par l'essor des hydrocarbures .
- La production de gaz naturel est multipliée par 20, celle du pétrole
par prés de 10.
Il représente en 1973 plus de 40 % de l'énergie totale
consommée dans le monde et jusqu'aux ¾ du bilan énergétique
de certains Etats, cette progression s'accompagnant du déclin relatif
du charbon.
-
Dés les années 1950, la première génération
de centrales électriques à combustible nucléaire est
mise en service.
- Une centaine d'entre elles fonctionnent dans le monde en 1973. Mais à
cette date, l'électricité nucléaire ne représente
qu'une part marginale de la production énergétique.
- Le renchérissement du prix du pétrole dans les années
1973 et 1979, a poussé certains Etats à accroître cette
part de manière rapide, tout en stimulant la recherche dans les
énergies nouvelles ( Solaire... )
3/ Le dynamisme des industries de pointe
-
Cette période est également marquée par l'essor des
industries de pointe.
-
- La conquête spatiale connaît les progrès les
plus spectaculaires, stimulés par la compétition américano-sioviétique
de la guerre froide.
- La recherche spatiale sollicite des progrès en amont dans la métallurgie,
la chimie, l'électronique , et entraîne en aval une révolution
des communications, par la multiplication des satellites et la télédétection.
-
L'essor de l'électronique bouleverse la production des biens
de consommation.
-
-Une première génération d'ordinateurs, calculatrices
de grande puissance, fonctionne avec lampes dés le lendemain de
la seconde guerre mondiale.
- L'invention du transistor en 1948, permet l'éclosion d'une seconde
génération à la fin des années 50, suivie par
une troisième vers 1965, fondée sur les circuits intégrés.
-
Cette révolution informatique commence, à l'aube des
années 1970, à bouleverser la gestion des entreprises et
des services publics, ainsi que les besoins de formation.
-
Les découvertes de la biologie moléculaire depuis
le début des années 1960 amorcent aussi le renouvellement
des techniques de nutrition, de traitement des maladies, de production
agricole, de protection de l'environnement...
4/ La révolution des transports
-
Cette nouvelle révolution des transports affecte l'air, la mer et
la terre.
-
- L'essor de l'industrie aéronautique est marqué par
l'apparition de nouveaux longs courriers aux capacités de transports
et à la vitesse accrues.
- En 1970, le BOEING 747 transporte 400 passagers en 7 heures de
New York à Paris, contre 50 passagers en 18 heures vingt ans auparavant.
-
Les constructions navales au cours des années 1960 des navires
spécialisés géants ( SUPER PETROLIERS DE 500 000 Tonnes,
minéraliers de 200 000 Tonnes ) ou de porte containers qui transforment
l'organisation des structures portuaires.
-
- Les transports terrestres connaissent également des progrès,
à travers l'extension de l'automobile, l'électrification
et la modernisation de trains à grande vitesse.
B/ Le poids des hommes
-
Les années de croissance sont aussi contemporaines d'un réveil
démographique marqué par le "Baby Boom" constaté
dans les pays développés des années 1940 au milieu
des années 1960.
-
- L'accroissement de la population n'est pas le facteur principal de l'augmentation
de la production. Il faut attendre le milieu de la décennie des
années 60 pour constater une croissance de la population active
et les croissances les plus rapides sont obtenues dans les Etats à
population active stable.
-
En revanche, l'essor de la population a stimulé la consommation
de biens durables ( logements et équipements collectifs ) ou
non durables ( nourriture ).
-
- Mais surtout, l'après guerre marque une "amélioration
de la qualité des hommes" ( niveau de formation ou de qualification
). La durée moyenne des études s'allonge de 2 à 4
ans en Europe.
- Cette population, mieux formée, orientée vers des secteurs
plus modernes, réclame aussi un confort que propose la publicité
et que permet le développement du crédit à la consommation.
C/ LE POIDS DES CAPITAUX
Dans toutes les économies dans tous les secteurs et dans toutes
les branches, on a enregistré, de 1950 à 1973, une accumulation
du capital qui apparaît en fait comme l'un des principaux facteurs
de la croissance.
-
Dans les grands Etats déjà industrialisés, la formation
du capital absorbe d' 1/7 (Aux Etats Unis ) des ressources totales.
- Cela se marque en Europe et au Japon par la rénovation des transports,
de l'équipement lourd de l'industrie et du logement.
-
Ces investissements ont joué un rôle majeur non seulement
par leur poids quantitatif, mais surtout en finançant les innovations
de la troisième révolution industrielle.
-
- Ils ont accéléré les progrès de la productivité,
apparaissant en fait comme l'une des principales sources de sélection
entre Etats industrialisés et sous développés.
D/ L'intervention massive de l'Etat
-
L'intervention des pouvoirs publics, désormais conscients
de leurs responsabilités, a été également un
facteur déterminant.
- La retour à la Paix a entraîné l'adoption de choix
différents selon les Etats. Si la RFA et les Etats Unis ont rétabli
les mécanismes du libéralisme, la France, Le Royaume Uni,
L'Italie et les pays scandinaves ont développé un important
secteur public, dans les secteurs clés comme l'énergie, les
transports, le crédit ou certaines industries de base.
- Ces entreprises nationalisées ont puissamment contribué
à la reconstruction et à la modernisation d'équipements
essentiels.
-
Même dans les Etats où le secteur nationalisé est faible,
les dépenses publiques pèsent lourdement sur l'économie
(elles influent sur 40 % de la production de la RFA ).
-
Les dépenses militaires, en particulier, représentent une
part prépondérante de l'activité de certaines branches
industrielles comme l'aéronautique, l'électronique, l'optique
et le matériel de précision.
-
Depuis les années 30, et la guerre, les hauts fonctionnaires et
les responsables de l'état ont également eu le souci, confrontés
par la lecture de J.M. KEYNES, d'éviter une brutales chute de la
demande et de veiller au maintien du plein emploi.
-
- Ils ont essayé d'ajuster la fiscalité, le budget et la
masse monétaire afin de mener une politique conjoncturelle destinée
à amortir les à-coups de la croissance.
E/ L'impact du commerce mondial
-
Le développement du commerce international a aussi été
un stimulant. Sans doute les efforts d'abaissement des barrières
douanières, tentées au sein du GATT à partir
de 1948, et ceux de suppression des contingentements aux importations,
entrepris à la même date par l'OCDE, ont-ils contraint
les économies nationales à se moderniser.
-
- Mais les résultats ont été tardifs, postérieurs
à la première décennie de la croissance.
Il faut attendre 1958 pour que la France libère ses importations
des contingentements, 1963 pour le Japon.
- La réduction des barrières douanières, n'intervient
de manière substantielle qu'avec le "Kennedy Round", dans
les années 60.
- La suppression des droits de douane au sein du marché commun
n'est appliquée qu'en 1968 et en 1972.
En 1970,d'ailleurs, la plupart des grands Etats industriels n'ont pas
retrouvé le taux d'exportations par rapport au PNB d'avant la première
guerre mondiale...
III / LES DESEQUILIBRES DE LA CROISSANCE
A / la révolution agricole
-
Si l'industrie a été fortement transformée par la
croissance des "TRENTE GLORIEUSES", les progrès les plus spectaculaires
ont été accomplis dans l'agriculture des pays industrialisés.
-
- L'amélioration des rendements provient des retombées
de l'industrie chimique ( généralisation des engrais, recours
aux pesticides... ), ou de la recherche génétique pour les
cultures et pour l'élevage.
-
Une motorisation et une mécanisation accrues ont permis de réduire
de manière spectaculaire les actifs employés dans l'agriculture
et de tripler les rendements depuis 1945.
-
Ces progrès spectaculaires ont été obtenus au prix
d'une intervention massive des Etats Unis qui ont subventionné une
grande partie des productions agricoles, et d'une aggravation de l'endettement
paysan.
-
- Et ils ont permis aux Etats industrialisés de creuser l'écart
avec les Etats en voie de développement au point d'accroître
dangereusement la dépendance alimentaire de certains d'entre eux.
B/ Concentration et multinationalisation
-
La croissance et ses exigences techniques et financières ont également
accentué les phénomènes de concentration perceptibles
au début du 20 ° siècle. quel que soit le critère
( chiffre d'affaire, nombre de salariés ), quel que soit le pays
industrialisé, on constate un accroissement du poids de la grande
entreprise, de plus en plus multinationale.
-
- Un plus petit nombre d'entreprises assure un pourcentage supérieur
d'une production donnée, au point qu'aux Etats Unis, à la
fin des années1960, les 500 plus grosses entreprises employant plus
de 75 % des salariés et récoltent près des 4/5°
des bénéfices du pays.
- A partir de 1960, la grande entreprise, pour diversifier ses activités,se
transforme en conglomérat, groupe à activités multiples
et à rayonnement international.
- Cette stratégie permet de maximiser les profits, de répartir
les risques entre secteurs et spécialités et de tourner d'éventuelle
législations anti-trust.
-
Maîtrisant mieux leur marché national, ces grandes entreprises
se sont ensuite attaquées au marché international.
-
- Les firmes productives doivent installer dans les pays importateurs chaînes
de montages, agences de ventes et ateliers de réparation.
- Elles sont devenues multinationales par la force des choses. Elles ont
en même temps crée leur propre espace économique: en
1971, la production des multinationales représentait 20 % du PNB
des économies capitalistes.
C/ L'inflation et l'ébranlement du système monétaire
international
-
Les " Trente Glorieuses" ont été accompagnées, dans
l'ensemble des pays capitalistes, d'une hausse des prix permanente
qui a été probablement un des facteurs de la croissance,
et qui a allégé la charge des emprunts et stimulé
la consommation.
-
- Contenue de 1950 à 1965, l'inflation s'est accélérée
à partir de cette date, surtout aux Etats Unis. A partir de 1965,
la hausse des prix s'accélère et dépasse les 4 % annuels.
- Les capitaux américains exportés aux fins d'investissements
et de crédits, les dépenses accrues pour la guerre du Vietnam,
provoquent un déficit de la balance des paiements.
- Les réserves d'or de Fort Knox se trouvent menacées
par les demandes de conversions de ces Dollars en or.
- La spéculation se porte alors massivement sur les monnaies
réputées faibles, la Livres Sterling dévaluée
en 1967 et le Franc en 1969.
- En Août 1967, le Président Nixon doit suspendre la convertibilité
en or du dollar, qui est dévalué. Le système bâti
27 ans plus tôt à Bretton Wood commence à vaciller.
C'est un des premiers signes de la crise des années 70... |