LES FONDEMENTS DE LA PUISSANCE DES ETATS UNIS

Eric Le Barbu
Lycée Pierre Poivre, à Saint Joseph ( île de la Réunion)
Nouvelle adresse : eric.le-barbu@wanadoo.fr

Introduction

Depuis la fin de la décennie précédente, la puissance américaine paraît d’autant moins contestée dans le monde que son principal rival, l’URSS, a volé en éclats, laissant ainsi le champ libre à une domination sans partage. Aux yeux des Européens, le modèle proposé par les Etats-Unis semble difficile à approcher car peu d’entre eux peuvent disposer des mêmes atouts et compter sur des bases aussi diverses. L’économie américaine bénéficie des ressources de l’espace et s’appuie sur un système capitaliste puissant apte à affronter les crises périodiques. Enfin, le potentiel humain apparaît remarquable, et l’hégémonie culturelle est devenue source de profits.

I/. Un espace plein de ressources et bien maîtrisé

  1. Une situation ouverte
  • Malgré la massivité et même la continentalité du pays, les Etats-Unis présentent de larges ouvertures maritimes qui leur permettent de nouer des contacts avec de nombreux pays. Historiquement, c’est la façade Atlantique qui a joué le premier rôle, mais on sait l’importance que prennent aujourd’hui les relations avec les pays de l’aire Pacifique, en Asie surtout. Des hommes d’abord, immigrants plus ou moins bien accueillis en flux considérables sur l’un puis l’autre des littoraux océaniques, des échanges divers ensuite et même des expéditions guerrières parties d’Amérique ont marqué cette ouverture, longtemps dissimulée par l’isolationnisme affiché.
  • Actuellement, c’est sur le continent américain lui-même que se renforcent les axes d’une solidarité économique avec les voisins du Nord et du sud, le Canada et le Mexique, symbolisée par la mise en place de l'accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Des Grands Lacs au golfe du Mexique, une nouvelle ouverture permet aux Américains de disposer d'avantages complémentaires pour les échanges commerciaux et le travail des populations.
  1. Les ressources naturelles
  • L’étendue et la géologie de l’espace américain ont permis de fournir en grande quantité les matières premières et l’énergie nécessaires à l’industrialisation. Grâce aux ressources abondantes en charbon et en fer, les industries métallurgiques de base sont nées dès le XIX eSiècle, avec un retard sur l’Europe occidentale qui a été vite comblé. Les premiers puits de pétrole ont été mis en exploitation en Pennsylvanie dès 1859. Le potentiel hydraulique, aussi bien des cours d’eau de l’Ouest que des grandes plaines, est également considérable. Quant à l'énergie nucléaire, elle a utilisé l’uranium de nombreux gisements. Bien qu’elles soient exploitées depuis plus d’un siècle, ces ressources du sous-sol sont loin d’être toutes épuisées. Les Etats-Unis produisent encore un quart de la houille et du gaz naturel, 13 % du pétrole dans le monde. Ils figurent donc parmi les pays industrialisés qui ont pu baser leur développement sur leurs propres richesses.
  • Les conditions naturelles ont favorisé l’agriculture américaine. À l’Est du 100 e méridien s’étendent les grandes plaines composées des "bons " sols de la prairie. Au siècle dernier, le manque de main-d'œuvre a stimulé une mécanisation rendue possible par la platitude du relief. De nos jours, elles constituent une surface agricole utile plus ou moins extensible selon l’évolution du marché. À l’Ouest du 100 e méridien, la chaleur
  • compense la sécheresse lorsque l’irrigation est possible. La diversité même des climats, notamment dans le sud, permet une gamme très large de productions.
  1. La maîtrise de l’espace, condition indispensable de la puissance économique
  • Les distances – plus de quatre mille kilomètres d’un océan à l’autre –, les obstacles du relief et du climat constituaient de sérieux handicaps à surmonter dans le cadre du développement économique. On peut considérer que les Américains sont parvenus à les maîtriser, ce qui n’est pas forcément le cas pour les autres grands espaces de la planète.
  • – Le réseau des transports est remarquable par son adaptation aux besoins de l’espace comme de l’économie. Dense à l’Est du Mississippi, il comporte l’ensemble des moyens de communication, y compris la voie d’eau qui relie les Grands Lacs au golfe du Mexique. Plus lâche à l’Ouest, où le peuplement est faible, il est constitué de voies ferrées et routières transcontinentales qui joignent les nouvelles régions périphériques au vieux foyer du nord-est. – La souplesse de l’organisation, contrôlée par les groupes privés, favorise la réponse rapide à l’évolution des besoins.
  • Les transports routiers ne laissent au chemin de fer que le transport des pondéreux, l’automobile assure les déplacements sur des distances relativement courtes, tandis que les lignes aériennes ont pris une extension considérable, facilitée par une déréglementation jugée parfois excessive. Le souci de tenir compte des réalités, par exemple l'encombrement des couloirs aériens, entraîne même le retour à la voie ferrée, avec les projets de construction de lignes TGV.
II/. Le système capitaliste, instrument de la puissance américaine
    1. La domination des grands groupes américains
    2. S’il existe d’innombrables entreprises de dimensions modestes, l’image de l’économie américaine est celle des "géants " que l’on désigne sous le terme de conglomérats. Par le chiffre d’affaires, le nombre de leurs employés, la diversité de leur production et, le plus souvent, le niveau élevé de leurs bénéfices, ils symbolisent la puissance économique américaine. Prendre connaissance du classement établi par Fortune, c’est retrouver parmi les premiers la plupart des principaux trusts, avec, en tête, Général Motors et Exxon. La concentration sous toutes ses formes– horizontale et verticale – commencée au siècle dernier, n’a cessé de se poursuivre. Elle permet aux grands groupes de disposer de moyens financiers considérables, qui ont contribué à placer la recherche technologique à la pointe du progrès et à améliorer sans cesse la productivité. Il ne faut pas oublier que les méthodes de travail industriel – le taylorisme, la standardisation – sont d’origine américaine et ont longtemps servi de modèle. La révolution de l’automation s’est d’abord développée aux Etats-Unis.

    3. La puissance financière
  • La force des conglomérats est étroitement liée à l’organisation bancaire. Dans tous les quartiers d’affaires – les CBD – des grandes métropoles, on trouve les banques qui sont le moteur de toutes les activités. Ce sont leur nombre et leur dimension qui retiennent l’attention : il suffit pour s’en rendre compte de voir les gratte-ciel imposants qui abritent leurs sièges à Wall Street et dans les rues adjacentes. Les Bourses tiennent aussi une place majeure dans cette organisation ; on pense bien sûr à celle de New York, mais elle est loin d’être la seule ! – La puissance financière est aussi celle du dollar, monnaie internationale, qui demeure incontestée malgré ses vicissitudes depuis un quart de siècle. Sa primauté sur les marchés dépend évidemment du rôle politique mondial des Etats-Unis. Elle tient aussi au fait que la va-leur de nombreux produits, en premier lieu le pétrole, est fixée directement en dollars. Enfin, la masse des dollars investis dans le monde est telle que les autres monnaies fortes ne sont guère en mesure de concurrencer le billet vert.
    1. Une dimension planétaire
    2. La participation des Etats-Unis au premier conflit mondial a entraîné la pénétration des capitaux américains sur le marché européen. Ce phénomène s’est amplifié au lendemain du deuxième conflit, et les multinationales contrôlées le plus souvent par les sociétés et les banques américaines se sont implantées sur l’ensemble des continents, à l’exception de l’Afrique. La puissance de l’économie américaine, c’est la présence de nombreuses entreprises à travers le monde, qui donnent aux dirigeants américains un grand poids et un pouvoir de décision jusque sur l'emploi dans de nombreux pays. Leur stratégie est désormais globale, elle prend notamment en compte la mondialisation des échanges. Il ne faut pas oublier que les Etats-Unis sont la première puissance commerciale et que leur part du commerce international dépasse 13 %.

    3. Une production considérable
  • Le PNB par habitant est maintenant supérieur à 20 000 dollars ; il n’est pas le plus élevé dans le monde, mais si on le rapporte au nombre d’habitants – près de 260 millions – la valeur de la production totale est impressionnante. L’économie américaine semble être une machine à produire d’énormes quantités de céréales, de viande et surtout de biens fabriqués.
  • Pour certains produits agricoles, la prépondérance dans le monde est écrasante : 43 % de la production mondiale de maïs, près de la moitié de celle de soja. Si la part du coton (18,7 %) et celle du blé (12,5 %) sont moindres, cela tient surtout à l’encombrement des marchés. Les céréaliers américains pourraient facilement récolter deux fois plus de blé s’ils étaient assurés de le vendre dans de bonnes conditions ! – Quant à la force de l’industrie, elle se mesure aussi à la part et au rang détenus par les principaux acteurs : le premier pour la production d’électricité (un quart du total mondial) et pour le thermonucléaire, pour l’aluminium, le caoutchouc, les textiles synthétiques et les industries de pointe, dont l’aérospatiale. Même si l’industrie américaine n’a plus la même prépondérance dans la sidérurgie et la construction automobile, elle n’en demeure pas moins la première du monde.
III/ Les hommes, facteurs de puissance
  1. Le dynamisme de la population
  2. Même si la croissance démographique s’est sensiblement ralentie, la population est tout de même passé de 200 à 260 millions en vingt-cinq ans. Elle constitue d’abord le plus important marché de consommation du monde, et la production économique est principalement destinée à la satisfaction des besoins intérieurs, souvent amplifiés et même provoqués par une publicité multiforme.

    La création constante d’emplois est, certes, une nécessité pour répondre à l’augmentation de la population active, et le taux de chômage varie entre 5 et 10 %. Les licenciements interviennent le plus souvent avec brutalité, mais la mobilité des Américains les conduit à se déplacer souvent fort loin, pour chercher un autre emploi. Le mode de vie américain banalise la pratique successive de métiers très différents ; la flexibilité du travail est aussi un élément de la capacité à s’adapter aux situations : après avoir annoncé, en 1992, un plan de suppression de dizaines de milliers d’emplois et de fermetures d’usines, General Motors embauchait un an plus tard… L’exemple de l’automobile est d’ailleurs significatif des comportements de la main-d'œuvre. Les concepts de production avaient été sérieusement mis en cause dans les années 1970 par les consommateurs qui soulignaient tel ou tel défaut technique.

    Face à la crise grave, de nouvelles méthodes ont été adoptées, impliquant l’élimination des erreurs de fabrication. Les qualités de la main-d'œuvre américaine ne doivent pas être sous-estimées.

  3. Une influence politique et culturelle au service de l’économie
  • – Première puissance mondiale, les Etats-Unis ont été amenés à assumer une fonction de " gendarme ", qui nécessite l’entretien et la modernisation constante de nombreuses forces armées. Cela signifie que le complexe militaro-industriel est un maillon important de l'économie américaine et qu’il dépend du pouvoir fédéral. Il donne aux autorités américaines des moyens de pression, même lorsqu’il s’agit de discussions sur
  • les échanges commerciaux. Au temps de la guerre froide, les Américains pouvaient laisser entendre qu’ils ne maintiendraient pas forcément le " parapluie " atomique.
  • Quant aux Japonais, ils sont bien conscients qu’ils ne disposent pas des mêmes armes que leurs partenaires américains. – Le modèle " culturel " est lui aussi source de profits, que ce soit dans le domaine du cinéma, de la télévision ou des loisirs.
  • Il véhicule l’image d’innombrables produits typiques du mode de vie américain dont il contribue ainsi à développer la consommation. Il bénéficie de l’usage de l’anglais, devenu langue internationale.
Conclusion
  • La question du déclin de l’économie américaine est posée depuis deux décennies. Certains fondements de la puissance américaine ont paru sérieusement ébranlés, alors que montait en force l’économie japonaise et que l’Europe s’engageait sur la voie du marché unique. La conjoncture actuelle, marquée par la permanence de la crise européenne et l’apparition de sérieuses difficultés au Japon, est aussi caractérisée par une reprise de la production américaine. Serait- elle durable ? En tout cas, cela fait maintenant un siècle que les Etats-Unis dominent l'économie mondiale.

Eric Le Barbu
Lycée Pierre Poivre, à Saint Joseph ( île de la Réunion)
Nouvelle adresse : eric.le-barbu@wanadoo.fr