| " On situera sur une carte du bassin
méditerranéen les civilisations de la chrétienté occidentale, de lEmpire
byzantin et de lIslam au XIIe siècle et on présentera brièvement leurs
spécificités. On montrera comment elles sinfluencent réciproquement à travers
leurs divers contacts. " (5 à 6 heures)
Le bassin méditerranéen se définit
dabord par son histoire : pendant cinq siècles, lEmpire romain a contribué
à unifier le monde méditerranéen, par la langue, lorganisation administrative et
les lois. Hellénisme et latinité se sont nourris des apports judéo-chrétiens,
musulmans, et même slaves et germaniques. Cependant, létude des trois grandes
civilisations en présence est rendue complexe par la mouvance des frontières et la
multiplicité des organisations politiques. On est en présence dune mosaïque
dhistoires locales. Le XIIe siècle représente un tournant dans léquilibre
géopolitique autour de la Méditerranée. Les trois civilisations cessent de
signorer et la maîtrise de la mer devient un enjeu majeur. On assiste à une
éclipse relative de lOrient : déclin de lEmpire byzantin, éclatement
politique du monde musulman malgré le réveil de lesprit de djihâd. Inversement,
le dynamisme de lOccident se caractérisé tant par les croisades et la Reconquista
que par lhégémonie commerciale des marchands italiens.
I. La Méditerranée au XIIe
siècle :
un ensemble divisé aux frontières mouvantes
1. La division du monde
musulman
Au XIIe siècle, lunité de lEmpire musulman a
disparu et les dynasties indépendantes se sont multipliées. Le monde musulman est
divisé entre deux empires et un califat aux frontières incertaines. Cette division
politique est renforcée, en Orient, par lopposition entre musulmans chiites et
sunnites. Cependant, le monde musulman demeure une ensemble immense qui sétend sur
la plus grande partie du bassin méditerranéen.
a. lOccident musulman : lempire almoravide et
lempire almohade.
Par " Occident musulman ", on entend
lensemble constitué par le Maghreb (depuis lAfrique Noire occidentale
jusquà lEgypte non comprise) et par lEspagne musulmane. Du fait de
léloignement de Bagdad, le centre politique, les régions de lOccident
musulman ont toujours bénéficié dune certaine indépendance. Au XIIe siècle, cet
ensemble est unifié par deux dynasties : les Almoravides et les Almohades.
Le mouvement almoravide est, avant de désigner la dynastie,
un mouvement de réforme islamique inspiré des doctrines malékites. Il prend naissance
dans la tribu de Lemtouna, en Mauritanie, appartenant à une confédération de tribus
berbères nomades. Au XIe siècle, un " couvent fortifié " est fondé (un ribat,
doù les Almoravides tirent leur nom : Almurabitum signifie hommes du
ribat) et vers le milieu du siècle, les Almoravides font route vers le Nord et
semparent des plaines atlantiques du Maroc, puis savancent jusquà Alger
(1059). Sous la conduite de lémir Yusuf ibn Tachfin (1060-1106), ils poursuivent
leurs conquêtes, acquérant des bases militaires et administratives. La réunification du
Maghreb est réalisée sous leur autorité à partir de 1062, date à laquelle ils fondent
Marrakech. La conquête les mène ensuite vers lEst : Alger est intégrée dans
lEmpire en 1082.
Ibn Tachfin impose aussi son pouvoir à lEspagne
musulmane, divisée par la discorde des Taifas. Il arrête la reconquête
chrétienne en Espagne en remportant la bataille de Zellaqa (1086). Au début du XIIe
siècle, la moitié de la péninsule est sous le contrôle des Almoravides qui
savancent jusquà Saragosse (1111) et Barcelone (1114) malgré
lintervention des croisés français.
Les Almoravides se trouvent ainsi à la tête dun
empire hétérogène composé de trois parties : le Sahara, le Maghreb occidental et
lEspagne musulmane. La cohésion de lensemble repose sur le souverain, qui
tire sa puissance de larmée et de la religion. Les docteurs de la foi (fukahas)
font partie du conseil et sont consultés pour toutes les affaires importantes.
Larmée est complètée par des Berbères (le Maghreb fournit sans cesse des
contingents pour la guerre en Espagne) et des Espagnols, parmi lesquels des chrétiens,
que les Almoravides envoient au Maroc pour faire règner lordre intérieur et lever
des impôts.
Issus dun mouvement religieux, les Almoravides sont
renversés par un autre mouvement de réforme religieuse, également venu dAfrique
Noire, celui des Almohades, qui vont à leur tour unifier tout lOccident musulman de
lEspagne jusquà Gabès.
Peu avant le milieu du XIIe siècle, les Almoravides sont
divisés par des luttes de clans et les Almohades semparent de Fès et de Marrakech,
sous la direction du calife Abd al-Mumin. Ils lancent des raids dans tout lEst et le
Centre du Maghreb. Lextension des Almohade ira à lEst au delà de Tripoli. Au
début des années 1160, lensemble du Maghreb est unifié.
En Espagne, les Almoravides ne peuvent empêcher la
sécession des dynasties andalouses. Dès 1146, les généraux almohades lancent des
expéditions dans la péninsule. Le débarquement a lieu lannée suivante. Les
Almohades prennent le pouvoir à Séville quils choisissent comme capitale. Ils
conquièrent lEspagne et remportent la grande victoire dAlarcos contre
Alphonse VIII de Castille en 1195.
Lempire almohade se divise alors. Il est menacé par
les tentatives de restauration des Almoravides, réfugiés aux Baléares et qui
entretiennent une dissidence permanente dans le Maghreb. La défaite de Las Nava de Tolosa
(1212), devant les troupes coalisées de Castille, dAragon, de Leon et de Navarre,
marque le repli définitif de lIslam en Espagne. Les Almohades se replient
progressivement vers le Maghreb.
b. le Moyen-Orient : les Fatimides et Saladin
Les Fatimides, qui ont fondé la ville du Caire à la fin du
Xe siècle, ont été à lorigine dune brillante civilisation. Mais le déclin
de lEgypte fatimide commence dès le siècle suivant : le califat est en proie à la
division politique et les Turcs seljoukides enfoncent ses frontières et semparent
de la Syrie et de Jérusalem. Dans un premier temps, les Fatimides trouvent leur salut
dans la formation des Etats latins dOrient qui forment un rempart contre la menace
seljoukide. Cependant, lEgypte apparaît vite comme le point faible du monde
musulman en Orient : dans la seconde moitié du XIIe siècle, le Caire est en pleine
anarchie et les vizirs se succèdent sans parvenir à imposer un pouvoir stable. En 1171,
le Kurde Salah ad-Din (Saladin) dépossède les Fatimides de leur dernier domaine,
lEgypte et installe la dynastie des Ayyubides.
En 1173, Saladin se proclame sultan et abolit le califat
fatimide. Il se rend maître de la Syrie (Alep est occupée en 1183) et de lArabie
jusquà Médine et la Mecque. Au passage, il vient à bout de la rébellion chiite.
En 1187, il lance la conquête de la Palestine où il écrase les armées chrétiennes
lors de la bataille dHattin. Jérusalem est prise et presque toute la chevalerie
franque est tuée ou capturée. En quelques semaines, Saladin se rend maître des états
chrétiens à lexception de quelques places côtières, comme Tyr. La troisième
croisade libère Acre mais échoue devant Jérusalem. Le règne de Saladin sachève
triomphalement en 1193. Il a rétabli lunité sunnite et rejeté les Chrétiens sur
le littoral, tout en contribuant à relancer le rayonnement culturel et économique de
lensemble syro-égyptien. Cependant, les conflits provoqués par sa succession vont
affaiblir les Ayyubides et nuire à nouveau à lunité de la zone. A la mort de
Saladin, en 1193, la Syrie et lEgypte se divisent en plusieurs états, alliés ou
rivaux selon les circonstances.
c. les Seljukides en Orient
Au XIIe siècle, la réalité du pouvoir nest plus
entre les mains du calife abbasside de Bagdad : ce sont les Seljoukides, peuple nomade
venu dAsie, qui contrôlent le califat. Les Turcs seljoukides, apparaissent sur la
scène politique au milieu du XIe siècle, lorsque lun deux, Toghroulbeg, se
fait reconnaître sultan par le calife de Bagdad quil délivrent du joug des
chiites. Ses successeurs dotent leur empire dune organisation politique et sociale
qui va servir de modèle à tout lOrient musulman. Ils envahissent lAsie
Mineure quils enlèvent aux Byzantins (grâce à la victoire de Manzikert, en 1071,
lors de laquelle lempereur byzantin Romain IV Diogène est capturé), et
établissent également leur domination sur la Syrie fatimide (1070). Vers la fin du XIe
siècle, lempire seljukide connaît son extension maximale : il regroupe
lensemble de lAsie Mineure jusquà Nicée, le Moyen Orient jusquà
la Syrie. A lEst, il sétend jusquà la Mer dAral et à
lIndus.
Larrivée des Croisés bloque
lavancée des Seljukides vers lEgypte et la Palestine. Au même moment, le
réveil de lEmpire byzantin des Comnène les contient en Asie Mineure. En 1144,
Edesse est reprise aux croisés, ainsi que Damas, en 1154. Mais vers le milieu du XIIe
sècle, lempire seljukide commence à se diviser. Les gouverneurs des provinces
sémancipent et des dynasties locales sont fondées en Syrie, Mésopotamie, Arménie
et Perse.
2. Lexpansion de lOccident
en Méditerranée
Au XIIe siècle, la Chrétienté lance un double mouvement
de conquête qui aboutit à une extension de ses frontières en Europe et à des
expéditions lointaines en pays musulman : les croisades. Cette conquête est accompagnée
par lexpansion commerciale des marchands chrétiens.
a. Les Normands en Sicile
Dès le début du XIe siècle, des Normands en quête
daventures et de terres partent en Italie du Sud. Là, certains chefs parviennent à
se faire concèder des fiefs. Ils forment des principautés indépendantes au détriment
des Byzantins (la première est fondée en 1029). Lun deux, Robert Guiscard,
se rend maître de la Campanie et vainc les troupes pontificales en 1053. Le pape Nicolas
II est contraint de reconnaître son aurorité. Guiscard chasse les Byzantins
dItalie du Sud (Bari est prise en 1071) et débarque même sur lautre rive de
lAdriatique pour les combattre (la péninsule balkanique est constamment menacée
par les visées de Guiscard dans la seconde moitié du siècle). La conquête de la Sicile
est lancée en 1060 et achevée par ses successeurs qui finissent de chasser les musulmans
de lîle. A la fin du XIe siècle, la Sicile est entièrement sous lautorité
des Normands.
Au début du XIIe siècle, le roi Roger II place toutes les
possessions normandes sous son autorité et obtient la couronne royale en 1131. Les
Normands continuent de menacer Byzance et prennent même pied sur lautre rive de la
Méditerranée, pour quelques années : Sfax, Djerba et Tripoli sont occupées en 1148.
Ils coupent ainsi un axe essentiel du commerce musulman et ouvrent la Tunisie au commerce
de Gênes et de Pise. La Sicile, " verrou du monde méditerranéen ",
sassocie aux efforts des Pisans, des Gênois, des Catalans et des Provencaux pour
saborder la domination musulmane dans la région (les Baléares sont soustraites à leur
domination, par exemple). Lexpansion normande met fin à quatre siècles de
domination musulmane en Méditerranée.
b. la Reconquista
Une des grandes réussites de lexpansion chrétienne
entre le Xe et le XIVe siècles, cest la reconquête de presque toute lEpagne
sur les musulmans.
En Espagne, la conquête musulmane avait laissé subsister
quelques petits royaumes chrétiens dans les régions montagneuses du nord de la
péninsule : Léon, Navarre, comté de Barcelone. Ces petits royaumes entreprennent une
reconquête de lEspagne. Rejoints par des mercenaires, des chevaliers (des
Français, en majorité) et par des moines clunisiens (qui soutiennent au même moment
lessor du pélerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle), ils organisent la "
croisade " contre les Sarrazins. Ils profitent de la dislocation du califat de
Cordoue en petits royaumes, dits de " taifas ", pour mener de grandes
chevauchées (les algarades) au coeur de la péninsule. Mais à la fin du XIe siècle,
linvasion des Almoravides remet ces succès en question. Malgré larrivée
massive des chevaliers français, tel le duc de Bourgogne (ancêtre de la première
dynastie portugaise), les chrétiens sont réduits à la défensive.
Au début du XIIe siècle, les conquêtes reprennent :
Tudèle est reprise en 1114, Saragosse en 1118, et la vallée de lEbre est occupée
par Alphonse Ier. En 1137, le comté de Barcelone et lAragon sont réunis. A
lOuest, Alphonse Henriquez sempare de Lisbonne et libère la majeure partie du
Portugal dont il devient roi en 1139.
Ces succès sont remis en cause par les querelles
dynastiques qui divisent les royaumes chrétiens et par la vague almohade. Les rois
chrétiens ne peuvent poursuivre leurs avantages et, au milieu du XIIe siècle, la
reconquête chrétienne reste bloquée sur les bords du Tage. Il faut attendre 1212 pour
que les trois rois de Castille, dAragon et de Navarre sallient et remportent
une victoire décisive à la bataille de Las Navas de Tolosa. La Reconquista est alors
relancée.
c. les croisades
Tous les historiens de la période ont souligné que les
croisades ne se justifiaient pas par des raisons démographiques, économiques, militaires
ou politiques et insistent sur les phénomènes de psychologie collective. Ainsi, le
développement des villes en Europe ne pousse pas les marchands à faire pression pour une
mainmise sur les ports du Proche-Orient ; au contraire, une entreprise guerrière telle
que la croisade pourrait entraver les relations commerciales existantes (même si par la
suite, les Italiens y trouveront lavantage de se procurer à la source les produits
de lOrient sans passer par lintermédiaire musulman ou byzantin). De même, si
lattrait de lOrient et de ses richesses et lesprit daventure
existent bel et bien, ils ne forment pas un facteur déterminant dans le déclenchement de
la croisade. Pas plus que la pression démographique en Europe, dailleurs relative
à la fin du XIe siècle : lidée dune Chrétienté deversant sur
lOrient son trop-plein de chevaliers sans terre et de paysans à présent fixés
dans le cadre de la seigneurie est à nuancer. Certes, la chevalerie est une classe
prolifique qui fournira les armés de la croisade et la " croisade populaire " a
concerné quelques dizaines de milliers de personnes. Mais, dans lensemble, les
croisades ne fixeront que quelques milliers dindividus en Orient.
Néanmoins, un certain nombre de facteurs favorisent ces
entreprises collectives et loitaines, sans quaucun dentre eux ne suffise à
les justifier. Parmi les circonstances favorables à la croisade, on peut citer le
contexte politique nouveau : jusquà la fin du XIe siècle, les Etats dOrient,
musulmans ou chrétiens, sont caractérisés par une forte cohésion territoriale. Or, à
la fin du siècle, léquilibre sinverse : lEmpire byzantin est affaibli,
le monde musulman divisé. De surcroit, la Méditerranée cesse dêtre un " lac
musulman " et les marchands italiens ont établi de nombreux liens commerciaux avec
lOrient. Dautre part, les Occidentaux constatent que les Turcs Seljoukides
nentravent pas le pélerinage de Jérusalem et ne gênent pas les sectes
chrétiennes de Palestine. Autant déléments qui ont rendu laventure
envisageable, sans toutefois lavoir déclanchée.
Les véritables causes des croisades sont pointées par les
auteurs dans létat mental et psychologique de lOccident à la fin du XIe
siècle. La croisade, qui se définit comme une opération militaire dans un but religieux
(délivrer les Chrétiens dOrient des infidèles), résulterait dun double
courant : la tradition du voyage de Jérusalem, qui sinscrit dans un renouveau du
pélerinage à cette période, et lidée nouvelle dune guerre pour Dieu, qui
apparaît avec la Reconquista. Rappelons que chaque croisade est déclenchée par le
Saint-Siège, que le pape y est représenté par un légat, que les participants se
reconnaissent à des signes extérieurs (port de la croix à partir de la 3e croisade,
mots de passe...) et quils bénéficient de privilèges accordés par lEglise
(des indulgences, par exemple). La rage de guerre sainte a dailleurs conduit les
croisés aux pires excès, depuis les pogroms perpétrés sur leur route jusquaux
massacres et aux pillages (celui de Jérusalem, en 1099).
Au total, quatre croisades ont lieu entre la fin du XIe
siècle et le début du siècle suivant. La première est prêchée le 27 novembre 1095,
au dernier jour du concile de Clermont, par le pape Urbain II. Son appel connaît un
retentissement inattendu dans la Chrétienté. Il soulève les foules, entraînées par
des prédicateurs populaires (comme Pierre lErmite) ; cest la " croisade
populaire ". Mais ces quelques dizaines de milliers dhommes et de femmes se
font décimer par les Turcs, la famine ou les maladies avant datteindre leur but. En
revanche, les troupes de chevaliers, mieux organisés par les souverains et la papauté,
assiègent Antioche (la principauté dAntioche, fondée en 1098 par le prince
italo-normand Bohémond, demeurera jusquau XIIIe siècle) et établissent des fiefs
sur la côte orientale de la Méditerranée. Le comté dEdesse est fondé par
Baudoin de Boulogne en 1098 (il disparaît en 1144). Les Croisés prennent Jérusalem
(1099), constitué en royaume par Godefroy de Bouillon. Ces Etats latins dOrient
sont complètés par le comté de Tripoli, fondé en 1102 par Raymond de St-Gilles, comte
de Toulouse.
En 1144, la perte dEdesse, prise par les Seljukides,
réveille lesprit de croisade en Occident. LEmpereur et le roi de France
prennent la tête dune nouvelle expédition qui échoue en Terre Sainte. Saladin
réduit les Etats latins à quelques possessions cramponnées aux côtes.
Les 3e et 4e croisades (1090 et 1202)
renforcent cependant la présence chrétienne en Orient, au détriment de lEmpire
byzantin cette fois ci : le royaume de Chypre est enlevé par Richard Coeur de Lion en
1101 et, en 1204, suite à la 4e croisade, lEmpire latin de Constantinople est
fondé. A lexistence des Etats latins dOrient, il faut ajouter comme
conséquences territoriales des croisades, les principautés fondées en Grèce par des
chefs croisés (royaume de Thessalonique, duché dAthènes, principauté de Morée),
ainsi que les possessions vénitiennes en mer ionienne et en mer Egée (la Crète et des
îles appartenant aux archipels).
3. Byzance : lEmpire réduit et
menacé
LEmpire byzantin sétendait jusquau début
du XIe siècle jusquà la Sicile et la moitié sud de lItalie à lOuest,
et jusquaux sources du Tigre et de lEuphrate en Orient. Au XIIe siècle, il
est considérablement rétréci, et fait lobjet dattaques de toutes parts.
Cest là que les frontières sont les plus mobiles.
a. à la fin du XIe siècle, lEmpire est menacé de
toutes part
Au milieu du XIe siècle, lEmpire byzantin est encore
la première puissance du monde. Mais en 1071, après la défaite de Mantzikert devant les
Turcs seljukides, la disparition de lEmpire byzantin semble ne plus être
quune affaire de temps. Les Turcs multiplient les raids en Asie Mineure et la menace
semble encore plus grave à lOuest : les Normands achèvent la conquête de
lItalie byzantine et prennent pied dans la péninsule balkanique. Byzance ne doit
sans doute sa survie quà un chrysobulle qui accorde un certain nombre de titres au
duc normand. LEmpire est pris entre deux feux. Sur le Danube, larmée
byzantine subit une défaite contre un autre peuple turc, les Petchénègues, en 1087. A
la fin du XIe siècle, les Byzantins semblent ne devoir leur salut quà la division
du monde musulman.
b. la dynastie des Comnène marque un certain renouveau
La dynastie des Comnène marque un certain redressement,
mais névacue pas les menaces. Alexis Comnène, premier empereur de la dynastie,
tente un rapprochement avec Venise et Rome pour contenir le danger normand.
Tout dabord, lappel à laide de
lOccident savère être un mauvais calcul : la première croisade laisse
derrière elle les principauté latines dOrient, dont deux au moins, Edesse et
Antioche sont bâties sur des territoires byzantins. La présence des latins devient un
germe de conflit constant et accentue lhostilité des deux mondes chrétiens.
LEmpire doit aussi faire face dans les premières
décennies du XIIe siècle, aux attaques hongroises, Serbes et Petchénègues dans sa
partie occidentale. La menace normande contraint lempereur Jean II à accroître les
privilèges de ses alliés vénitiens et à sallier avec lEmpire germanique et
la république de Pise. La période qui débute est faite de succès fragiles. Ainsi,
lorsque les Byzantins reprennent Antioche en 1137, cest pour la perdre à nouveau en
1142. Les Normands de Sicile prennent Corfou et si les Byzantins reprennent la ville,
cest grâce à leur allié vénitien. Lempereur Manuel Comnène parvient
cependant à devenir le suzerain dAntioche, et le roi de Jérusalem accepte de
reconnaître son aurorité. Byzance simpose aussi dans les Balkans en salliant
aux Hongrois et en soumettant la Croatie.
c. lagonie de Byzance
Tous les voisins de Byzance sont ligués contre
lEmpire. La stabilité de lEmpire est minée à lintérieur par la
domination commerciale latine, les dépenses militaires, et une aristocratie qui perturbe
son équilibre social. La fin de la dynastie des Comnène entraîne une série
dusurpations.
A lextérieur, la situation saggrave : à
Myrioképhalon, en 1176, les Byzantins subissent une grave défaite face aux Turcs. Dans
les Balkans, les Hongrois sallient aux Serbes et les Normands reprennent leurs
offensives : en 1185, Thessalonique, la deuxième ville de lempire est prise et
pillée. Les Italiens, qui nacceptent pas la domination byzantine sur la Dalmatie
deviennent hostiles (cest une des causes de lexpulsion des Vénitiens de
Constantinople et du massacre des marchands italiens en 1182). Byzance refuse le passage
de la troisième croisade et perd Chypre, prise par Richard Coeur de Lion.
A la fin du XIIe siècle, Byzance est à la
merci de ses adversaires. Le 13 avril 1204, les Croisés prennent Constantinople et se
partagent lEmpire. Le pouvoir byzantin se replie sur Nicée, de lautre côté
du Bosphore. |