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| Les relations entre les trois grandes civilisations au programme ne se limite pas aux guerres et aux conquêtes. Elles sont faites dinfluences réciproques, déchanges économiques et culturels, mais également de la perception de " lautre " (la propagande nest pas absente). Nous proposons ici des pistes pour faciliter létude de trois zones privilégiées : la péninsule ibérique, la Sicile normande et les Etats latins dOrient. Le professeur choisira les thèmes quils souhaite étudier en fonction des documents dont il dispose. La péninsule ibérique : linfluence de la culture arabe en Occident LEspagne musulmane, qui avait déjà abrité les brillants foyers de la civilisation ommeyade, connaît une grande floraison culturelle et scientifique au XIIe siècle. Et cest par elle, plus que par toute autre zone de contact, que lEurope établit ses relations les plus fécondes avec la culture musulmane. Dès le Xe siècle, on étudie les livres musulmans dans les monastères de Catalogne, à lexemple des moines clunisiens. LEspagne connaît par la suite un vaste mouvement de traduction de larabe au latin, mais également du grec, de lhébreu et même des ouvrages indiens. Les grands centres de traduction fleurissent dans la péninsule, en particulier à Tolède où, autour de lévêque, collaborent musulmans, juifs et chrétiens (les juifs, polyglottes, ont joué un grand rôle dans la transmission de la culture musulmane). Ainsi, litalien Gérard de Crémone (né en 1114) sinstalle à Tolède et traduit de larabe plus de 70 ouvrages scientifiques. Les hommes de lettres et les savants arabes sintéressent au XIIe siècle à tous les aspects du savoir. Le plus connu dentre eux est sans doute le philosophe andalou Ibn Rochd (1126-1198), que les Occidentaux désignent sous le nom dAverroès et qui exerce les fonctions de cadi à Séville et à Cordoue. Médecin (on lui doit un traité de médecine intitulé " Généralités " qui connaît un grand rententissement au Moyen Age), commentateur de loeuvre dAristote, il tente de réconcilier religion et philosophie : " Que la loi religieuse, écrit-il, invite à une étude rationnelle et approfondie de lunivers, cest ce qui apparaît clairement dans plus dun verset du Coran. " Loeuvre dAverroès influencera beaucoup la culture occidentale, malgré lhostilité des juristes malikites (ils lui reprochent entre autres choses de remettre en question limmortalité de lâme) qui entraînera sa disgrâce. Les ouvrages arabes traduits en latin au cours de la période sattachent à tous les aspects de la connaissance et de lexpression artistique : poésie, récits dhistoire, traités juridiques, philosophie, médecine (par exemple, les textes de Maïmonide (1135-1204) traitant de questions aussi diverses que lasthme, les régimes alimentaires, la dépression nerveuse et les hémorroïdes seront traduits en latin), astronomie, sciences naturelles, géographie, agronomie, art des jardins... Cependant, si le monde chrétien se montre très intéressé par ce qui se passe au sud, les musulmans, sûrs de leur supériorité matérielle et culturelle, ne sintéressent guère à lEurope chrétienne. La Sicile normande Avec la péninsule ibérique, la Sicile est le lieu privilégié de symbiose entre les civilisations du bassin méditerranéen. En effet, après avoir chassé les musulmans et les byzantins du sud de lItalie, les rois normands ont su assimiler les trois cultures, tout en imposant un pouvoir monarchique qui sert de modèle à lOccident chrétien. Le pouvoir est représenté par une monarchie héréditaire de droit divin : le roi est sacré par le pape, on lui donne dailleurs les titres dEusèbès (Sacré) ou de Clipeus Christianorum (Bouclier de la Chrétienté). Son pouvoir est donc proche de celui de lEmpereur byzantin ; les auteurs soulignent la fascination exercée par lOrient sur les rois siciliens, qui expliquerait en partie la menace constante quils font peser sur lEmpire et leurs efforts visant à faire de Palerme légale de Constantinople. Le roi impose les lois, désigne les évêques et nomme les fonctionnaires. A la cour de Palerme, Normands et Siciliens, Byzantins et musulmans se côtoient. Le latin, le grec et larabe sont les trois langues officielles de la chancellerie et nombre de hauts fonctionnaires pratiquent simultanément ou en alternance lislam et le christianisme. Les rois siciliens ne dédaignent pas, à loccasion, jouer les mécènes : ainsi, Roger II invite le géographe arabe al-Idrisi, qui réalise à sa demande le premier atlas connu en Occident, le Kitab Rudjar (le " Livre de Roger "). La monarchie sicilienne sappuie sur une administration très organisée et nombreuse : conseils, bureaux, grands Officiers, administration provinciale et locale solides. On y trouve des influences byzantines (par exemple, les stratèges dans les subdivisions provinciales), musulmanes (les cadis), normandes (les vicomtes). Tous les voyageurs semblent avoir été frappés par la splendeur de la capitale du royaume de Sicle, Palerme : Ibn Jobaïr, à la fin du XIIe siècle, décrit longuement ses places, ses jardins, ses bâtiments en pierre de taille. Il évoque les avenues spacieuses le long desquelles il sent linfluence musulmane jusque dans la parure des femmes (vêtements, bijoux, teintures, parfums), les édifices " dignes de Cordoue ", les hippodromes. Il compte léglise de lAntiochier comme " lun des plus merveilleux ouvrages du monde ". Cette église, comme toutes celles de la capitale, mêle les styles roman, byzantin et arabe. Palerme est une ville riche. La situation géographique de lîle, à la croisée des routes commerciales, en fait une point de passage des marchandises venues de lOrient. Les gênois et les vénitiens ne sy sont pas trompés et y ont installé des comptoirs. Et les échanges commerciaux sont facilités, tout au long du siècle, par la communauté culturelle : Palerme devient un creuset international des sciences et des arts qui assimile, à lexemple de la cour du roi, les cultures occidentale, arabe et grecque. Les Etats latins dOrient On partira dune carte des Etats latins dOrient sur laquelle on indiquera les quatre principaux Etats : le comté dEdesse, la principauté dAntioche, le royaume de Jérusalem et le comté de tripoli. Il semblerait que lexistence de ces Etats nés de la Croisade ait plus contribué à éloigner les trois civilisations quà créer des contacts féconds. Ces Etats sont avant toute chose des places fortes (on peut montrer un plan du Krak des Chevaliers aux élèves), dont la survie est incertaine. Les occidentaux (on les appelle " les Francs "), relativement peu nombreux (une centaine de milliers de personnes en tout, mais certains auteurs font allusion à quelques milliers de moines-soldats et autant de " piétons "), y sont principalement représentés par les moines-soldats des ordres militaires (les Templiers et les Hospitaliers) et par les italiens : les villes italiennes, qui ont participé aux transports de troupes des croisades, en ont obtenu des concessions dans les ports du Levant, leur permettant de pénétrer dans le commerce oriental. Cependant, certains thèmes peuvent fournir matière à étude : - La transposition en Orient du modèle de la monarchie féodale, dans ces territoires : le roi, monarque héréditaire, sappuyant sur une Curia regis aux fonctions législatives et juridiques, de grands officiers et une noblesse locale. Comme en Sicile, on constate des influences arabes et grecques, en particulier dans ladministration locale (le sekreton dans le domaine financier, le cadi dans celui de la justice). - La société : sur un espace réduit, de nombreuses cultures doivent cohabiter. Juifs, musulmans, Palestiniens, Syriens, Grecs, Chrétiens appartenant aux différentes sectes et Chrétiens dOccident vivent dans une relative harmonie durant quelques décennies. Leffort dadaptation des Occidentaux sexplique dailleurs bien plus par leur faiblesse numérique que par une réelle volonté déchange : les croisés sont demeurés imperméables aux autres cultures, et lon a pu résumer lapport des croisades à la découverte de labricot. Il est vrai que les lois de chacun furent respectées (chaque communauté a ses lois et ses propres juges), que la pratique religieuse fut tolérante (grâce à la pratique du simultaneum : les mêmes édifices abritent alternativement et parfois en même temps les différents cultes). De même, on relève lexistence de quelques lieux de convivialité (les bains, par exemple) et la célébration de rares mariages mixtes. Au total, lexistence des Etats latins dOrient entraîna une méfiance des différentes civilisations et durcit les antagonismes. Le transfert des connaissances ne se fit pas ici, mais en Espagne ou en Sicile. |