INTRODUCTION
La crise actuelle a débuté en 1973. Depuis
une génération, la stagnation et le chômage frappent les pays de l'OCDE. De Conjoncturelle,
la crise devient structurelle, c'est-à-dire durable.
L'ouverture internationale poursuivie par
les dirigeants européen ( traité de Maastricht en 1992, négociation Uruguay du GATT
conclue en 1993 ) expose les entreprises européennes à la concurrence des pays à bas
salaires: beaucoup se restructurent et délocalisent vers les pays pauvres. Le chômage
quadruple dans les pays occidentaux de 1971 à 1993. Plus d'un actif sur dix est
chômeur dans les années 1990.
Dans les années 1990, les
conséquences socio-politiques s'accentuent: recompositions politiques (Italie, Japon,
France... ), perte de crédibilité de construction Européenne, montée de la
corruption... I/ UNE CRISE CONJONCTRELLE DEVENUE STRUCTRELLE
A/ Les chocs pétroliers et leurs
effets économiques.
Le déclenchement de la crise est, à
l'automne 1973, le quadruplement du prix du baril de brut décidé par l'OPEP ,
pour faire pression sur les pays occidentaux lors de la guerre israelo-arabe du Yom
Kippour: Deux conséquences en résultent:
1/ Un climat inflationniste dans
les années 1970.
Le quadruplement de la facture énergétique
des pays occidentaux constitue une contrainte extérieure. Les entreprises répercutent
dans leurs prix de vente le surcoût de l'énergie, de sorte que l'indice des prix à la
consommation passe de 5.5 % avant le choc du Kippour ) d'amples fluctuations
comprises entre 8 % et 14 %.
L'émission croissante de liquidités par le
FMI sous forme de DTS (Droit de tirage spéciaux ) et d'eurodollars par les Etats Unis
alimentent une inflation que les Etats tolèrent pour éponger les divers déficits (
budget, sécurité sociale, commerce extérieur.. ).
Parallèlement, sont réalisées des économies
d'énergie et une reconversion vers le nucléaire ( puissance installée et
multipliée par 9 en France, par 6 au Japon entre 1973 et 1982 ).
La France de Valéry Giscard d'Estaing
devient la seconde puissance électronucléaire mondiale et lance le spot télévisé "
Nous les Français, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées" ainsi que le
slogan "Chassez le gaspi".
A partir des années 1980, les pays
contraints de gagner des parts de marchés à l'exportation, jugulent l'inflation par des politiques
de désinflation compétitive ( redressement des taux d'intérêts pour renchérir le
coût du crédit, plans d'austérité, blocage des salaires et des rémunérations,
diminution des prestations sociales... )
A partir des années 1990, les
ménages dont la pouvoir d'achat se contracte, deviennent pessimistes, tentent de se
désendetter et épargnent pour leurs vieux jours; ils freinent leur consommation. La
baisse de la fécondité contracte la demande de biens domestiques et d'équipement. Cette
stagnation de la demande élimine l'inflation, mais accentue le chômage.
De plus, le nouveau contexte
international ( aide à la Russie, guerre du golfe, réunification allemande,
ouverture économique de la Chine... )maintient les besoins financiers des Etats.
2/ Un essor sans précédent du
chômage à partir des années 1980.
En Europe, le pourcentage des sans emploi
quadruple de 1970 à 1993 . Un actif européen sur 10 est réduit au chômage en 1993.
En France, le nombre de chômeurs double
pendant "les années Mittérrand" ( 1981 / 1994 ); le chômage des jeunes
est, en France, un des plus élevé parmi les pays développés. L'économie française,
créatrice nette d'emplois jusqu'au second hoc pétrolier ( 1979 ), perd des emplois à
partir de 1980, bien que la démographie freine l'augmentation de la population active..
B/ Les conséquences sociales de la
crise.
1/ Une quadruple redistribution des
richesses s'opère.
- Au plan international: de l'Occident vers
les Etats producteurs de pétrole notamment le Moyen Orient qui accumule les pétrodollars
( années 1970 ), puis vers les NPI d'Asie ( années 1980 / 1990 ):Taiwan, Corée du Sud,
Singapour...
- Au plan national : des travailleurs vers
les rentiers. Les salariés qui ne disposent que des revenus de leur travail
s'appauvrissent. Au contraire, ceux qui disposent d'une épargne ou d'un capital financier
s'enrichissent dans des placements boursiers ou monétaires. Les bourses du monde entier
sont florissantes dans les années 1980 qui sont "l'âge d'or des rentiers".
Mais la spéculation provoque, en Octobre 1987, un krach boursier qui secoue New York,
Tokyo, Londres et Paris.
- Au plan industriel; des entreprises qui
préservent l'emploi vers celles qui délocalisent: pour échapper aux charges sociales
qui doublent le coût du salaire, les entreprises se partagent entre deux stratégies:
- Certaines choisissent de se maintenir en réduisant
leurs coûts: elles "substituent du capital au travail" (
investissement n nouvelles machines ) pour réduire leur personnel, donc leurs charges
sociales. Elles procèdent ainsi à des licenciements partiels.
- D'autres se délocalisent, c'est-à-dire transfèrent
leurs unités de productions dans les pays à faible salaire. Elles licencient leur
personnel, mais augmentent leurs marges bénéficiaires sans investissement important
et placent leurs excédents dans des placements spéculatifs. De 1989 à 1994,
l'investissement productif en France baisse de 33 %.
- Au plan politique: des citoyens vers les
administrations étatiques ou supra-nationales ( dans les années 1990, le budget de
l'Union européenne de Bruxelles augmente de 6 % par an, soit trois fois plus
vite que le PNB des Etats membres de l'Union. )
L'indemnisation des nouveaux chômeurs creuse les
déficits sociaux ( "le trou de la sécurité sociale" ); pour les combler, de
nouveaux impôts apparaissent: ainsi, en France: impôt sur les grandes fortunes
instauré en 1981 par le gouvernement Mauroy; cotisations sociales généralisées
( CGS ) et TVA sur les taxes locales ( un impôt frappant un autre impôt ! )
établies par le gouvernement Rocard. Le poids des prélèvements obligatoires des Etats
et de l'Union européenne s'alourdit sans cesse; en France, il dépasse 45 % du PNB.
2/ Une société à trois vitesses apparaît.
Le chômage creuse les inégalités sociales qui
s'étaient résorbées dans les années 1960 et 1970. Une nouvelle stratification
sociale apparaît: elle comporte 3 étages.
- Au sommet, les privilégiés ( lite du secteur privé,
de l'administration, classe politique, classe médiatique ): leur important capital
financier, culturel et relationnel leur permet de bénéficier d'augmentations réelles de
revenus de 6 à 7 % par an.
- A l'échelon intermédiaire, les classes moyennes dont
les salaires stagnent ou progressent d'environ 1% par an. Une partie parvient à arrondir
ses e revenus par des placements ( SICAV monétaires... ) rapportant de 10 à 20 % de leur
salaire.
- En bas, les exclus: ce sont des chômeurs, mai aussi
des personnes seules ou âgées dépourvues de ressources, des SDF... Ils constituent
"les nouveau pauvres" et ne survivent que grâce à l'aide sociale et aux
associations charitables. Le chômage entraîne une recrudescence des sentiments
identitaires et xénophobes et une montée du sentiment d'insécurité.
3/ Un effondrement démographique inédit en temps
de paix.
Dés 1975, les taux de fécondité chutent dans les pays
occidentaux. Une nouvelle baisse intervient dans les années 1990: 1,6 enfant par femme en
1993 en France, 1,2 dans l'Europe du Sud. La langueur démographique plusieurs effets.
- le renouvellement des générations n'est plus assuré
- la consommation de biens domestiques fléchit
- le vieillissement de la population s'accentue
- le financement des retraites est
compromis, d'où la nécessité de reculer l'âge de la retraite ( le gouvernement
Balladur, en, 1993, recule de 3 ans l'âge de la retraite ) II/
LE DEFI DU CHOMAGE: REPONSES ET INTERROGATIONS
La montée du chômage conduit à
l'expérimentation de diverses politiques économiques à partir de 1974. Dans les années
1990, un tournant intervient: les opinions publiques commencent à se détacher des choix
économiques des décennies précédentes.
A/ Les réponses des années 1970 /
1980
1/ Les politiques keynésiennes
montrent leurs limites
Toutes les tentatives de relance de l'activité par la
consommation et la revalorisation des bas revenus échouent:
Ainsi, la relance Ford-Carter de 1974-1980 aux Etats
Unis, la relance Fourcade de 1974-1975 et la relance Delors de 1981-1992 en France, la
relance Myazana au Japon en 1992.
2/ Les politiques libérales et monétarites
Elles sont préconisées par les économistes de l'école
de Chicago ( autour de Milton Friedman ) recommandant d'assoupir les contrôles de l'Etat
( déréglementation, privatisations ) et d'assurer une progression modérée et
régulière de la masse monétaire par le biais des taux d'intérêts . Elles inspirent
l'action de Reagan et Buch aux Etats Unis (1980-1992 ), de Margaret Tatcher ( 1979-1990)
en Grande Bretagne et donnent des résultats mitigés:
Appareil industriel se restructure mais le retour au
plein emploi reste très partiel.
La déréglementation Nakasone ( 1982-1988 ) au Japon
réussit mais débouche sur une "bulle spéculative" dangereuse.
3/ Les politiques monétaires soulignent les
divergences d'intérêt des pays occidentaux.
Dans les années 1980, la France espère redresser sa
balance commerciale en dévaluant le Franc à 3 reprises ( dévaluations Delors de 1981,
1982, 1983 ). C'est un échec. Son successeur Pierre Bérégovoy adopte une politiques
inverse de "franc fort" qui aboutit, en 1993, à un nouvel échec ( chômage
accru et lourd déficit budgétaire ).
Dans un monde ouvert ( libre échange mondial ), les
politiques monétaires des pays de stature moyenne son tributaires des pays leaders:
Ainsi, dans les années 1990, les taux d'intérêts
français doivent s'aligner sur les taux allemands que la Bundesbank ( banque
fédérale, en abrégé "buba ") maintient délibérément élevés pour juguler
les menaces d'inflationnistes provoquées par la réunification allemande de 1990.
B/ Les interrogations des années 1990.
Depuis le début des années 1990, un
tournant intervient: les opinions publiques commencent à se détacher des choix
économiques des décennies précédentes. L'impuissance des dirigeants politiques à
résorber le chômage alimente le scepticisme et conduit à des recompositions.
Le système des partis politiques issus de
l'après-guerre explose au Japon (1993 ) et en Italie ( 1994 ) et se lézarde en France (
division des grands partis sur le traité de Maastricht de 1992 ).
1/ La politique mondialiste des
dirigeants occidentaux.
Devant l'échec des politiques économiques
nationales, les leaders occidentaux, pressés par le Président Mittérrand, tentent de
promouvoir le "libre échange mondial intégral" . De multiples
accords internationaux sont hâtivement signés:
- Le traité de Schengen (Luxembourg
), négocié secrètement par la commission européenne en 1986 puis ratifié en 1991 par
la France, prévoit la suppression de tout contrôle aux frontières dans les pays
européens.
- Le traité de Porto ( 2 mai 1992 )
crée un espace économique européen ( EEE ) commun à la communauté européenne
(CEE ) et à l'AELE ( Association européenne de libre-échange regroupant la
Scandinavie, l'Autriche , la Suisse )
- Le traité de Maastricht en 1992 ,
élaboré à l'initiative de François Mitterrand , de Jacques Delors et d'Elisabeth
Guigou , remplace le traité de Rome ( 1957 ) et crée une Europe fédérale d'inspiration
socialiste: Suppression de la préférence communautaire (article 3 )
permettant l'entrée libre des produits asiatiques ou américains en Europe, monnaie
unique européenne , pouvoirs élargis de Bruxelles ( éducation, culture, santé,
transports, industries, création d'entreprises: articles 126 à 130 W ), transferts
d'argent des régions riches aux régions pauvres, vote des étrangers aux élections
locales...
- Les accords de Genève ( 1993 ) et de
Marrakech ( 1994 ), co-signés par l'Union européenne, terminant la négociation
Uruguay de GATT ( Accord général de réduction des tarifs douaniers et sur le
commerce ) . Une organisation internationale du commerce est crée en 1994 pour
promouvoir un monde sans frontières ( libre échange mondial )
2/ Les réticences des opinions
publiques.
La politique mondialiste des dirigeants
occidentaux se heurte aux réticences croissantes des opinions publiques.
Un courant anti-Maastricht s'affirme;
les 2/3 des allemands et les anglais se déclarent hostiles au traité de Maastricht,
les Danois le rejettent par référendum ( juin 1992 ); les Français ne le ratifient
qu'à une courte majorité ( 51 % des voix ). Des économistes ( Maurice Allais, prix
Nobel, Alain Cotta ), des chefs d'entreprises ( Jacques Calvet ) le jugent
dangereux pour les Européens et soulignent qu'il a entraîné l'explosion du système
monétaire européen ( Août 1993 )
Un parti Européen des Nations,
anti-Maastricht est fondé à Paris en Avril 1994, par diverses personnalités, à
l'initiative du député Philippe de Villiers et de l'homme d'affaires Jimmy
Goldsmith. Ce parti demande la révision du Traité de Maastricht en 1996 et le
rétablissement d'une préférence communautaire européenne pour résorber le chômage.
Au sein des gauches Européennes, les tendances anti-Maastricht s'accentuent ( PC et
courant Chevènement du PS en France ).
Le débat porte sur l'emploi: le
coût de la main d'uvre occidentale devient un handicap dans une économie sans
frontières:
En 1993, le salaire horaire moyen s'établit
à 47,70 F en France, 38 F aux Etats Unis, 30 F en Grande Bretagne, 6 F en Russie, 2,50 F
en Pologne, 1F en Inde, en Chine, au Viêt-nam ou en Afrique.
Les Européens se trouvent ainsi
confrontés à un choix crucial:
- Où bien rétablir la
préférence communautaire ( inscrite à l'article 3 du traité de Rome de 1957 et
supprimé par l'article 3 de Maastricht de 1992 )
- Où bien assumer le risque politique d'un
chômage massif t d'une forte régression de leur niveau de vie.
Les Etats Unis signataires en 1993 de
l'ALENA se trouvent confrontés à des problèmes analogues, mais se réservent de
faire jouer des clauses de sauvegarde si leurs intérêts commerciaux sont menacés.
CONCLUSION.
La crise des années 1970 - 1990 a suscité
des recompositions.
a/ Elle a favorisé les pays à faible
coût d'organisation de la société (Japon et NPI ) au détriment des pays à fort
coût d'organisation de la société ( Europe, Etats Unis ). Les pays qui, comme la
France, ont un Etat Providence lourd ( trop d'impôts, de charges sociales, de
formalités ), se trouvent pénalisés face à des pays à bas salaires et à
l'administration réduite.
b/ Elle a infléchi les systèmes de
production. Le Taylorisme et le Fordisme cèdent la place aux méthodes fondées
sur la flexibilité et la diversification (cercles de qualité , méthodes dite "du
Kanban" ou de production à flux tendu, impliquant zéro délai, zéro
déchet, zéro défaut ... )
c/ Elle a accentué le
divorce entre les responsables politiques et les citoyens: Le traité de Maastricht de
1992 a suscité de nouveaux clivages au sein des partis politiques et apparaît opaque à
l'opinion publique. Le chômage, qui frappe 18 millions d'Européens en 1993, devient la
préoccupation dominante des Occidentaux. |