LA CRISE DES ANNEES 70 ET SES REPERCUSSIONS

Eric Le Barbu
Lycée Pierre Poivre, à Saint Joseph ( île de la Réunion)
Nouvelle adresse : eric.le-barbu@wanadoo.fr

INTRODUCTION

La crise actuelle a débuté en 1973. Depuis une génération, la stagnation et le chômage frappent les pays de l'OCDE. De Conjoncturelle, la crise devient structurelle, c'est-à-dire durable.

L'ouverture internationale poursuivie par les dirigeants européen ( traité de Maastricht en 1992, négociation Uruguay du GATT conclue en 1993 ) expose les entreprises européennes à la concurrence des pays à bas salaires: beaucoup se restructurent et délocalisent vers les pays pauvres. Le chômage quadruple dans les pays occidentaux de 1971 à 1993. Plus d'un actif sur dix est chômeur dans les années 1990.

Dans les années 1990, les conséquences socio-politiques s'accentuent: recompositions politiques (Italie, Japon, France... ), perte de crédibilité de construction Européenne, montée de la corruption... I/ UNE CRISE CONJONCTRELLE DEVENUE STRUCTRELLE

A/ Les chocs pétroliers et leurs effets économiques.

Le déclenchement de la crise est, à l'automne 1973, le quadruplement du prix du baril de brut décidé par l'OPEP , pour faire pression sur les pays occidentaux lors de la guerre israelo-arabe du Yom Kippour: Deux conséquences en résultent:

1/ Un climat inflationniste dans les années 1970.

Le quadruplement de la facture énergétique des pays occidentaux constitue une contrainte extérieure. Les entreprises répercutent dans leurs prix de vente le surcoût de l'énergie, de sorte que l'indice des prix à la consommation passe de 5.5 % avant le choc du Kippour ) d'amples fluctuations comprises entre 8 % et 14 %.

L'émission croissante de liquidités par le FMI sous forme de DTS (Droit de tirage spéciaux ) et d'eurodollars par les Etats Unis alimentent une inflation que les Etats tolèrent pour éponger les divers déficits ( budget, sécurité sociale, commerce extérieur.. ).

Parallèlement, sont réalisées des économies d'énergie et une reconversion vers le nucléaire ( puissance installée et multipliée par 9 en France, par 6 au Japon entre 1973 et 1982 ).

La France de Valéry Giscard d'Estaing devient la seconde puissance électronucléaire mondiale et lance le spot télévisé " Nous les Français, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées" ainsi que le slogan "Chassez le gaspi".

A partir des années 1980, les pays contraints de gagner des parts de marchés à l'exportation, jugulent l'inflation par des politiques de désinflation compétitive ( redressement des taux d'intérêts pour renchérir le coût du crédit, plans d'austérité, blocage des salaires et des rémunérations, diminution des prestations sociales... )

A partir des années 1990, les ménages dont la pouvoir d'achat se contracte, deviennent pessimistes, tentent de se désendetter et épargnent pour leurs vieux jours; ils freinent leur consommation. La baisse de la fécondité contracte la demande de biens domestiques et d'équipement. Cette stagnation de la demande élimine l'inflation, mais accentue le chômage.

De plus, le nouveau contexte international ( aide à la Russie, guerre du golfe, réunification allemande, ouverture économique de la Chine... )maintient les besoins financiers des Etats.

2/ Un essor sans précédent du chômage à partir des années 1980.

En Europe, le pourcentage des sans emploi quadruple de 1970 à 1993 . Un actif européen sur 10 est réduit au chômage en 1993.

En France, le nombre de chômeurs double pendant "les années Mittérrand" ( 1981 / 1994 ); le chômage des jeunes est, en France, un des plus élevé parmi les pays développés. L'économie française, créatrice nette d'emplois jusqu'au second hoc pétrolier ( 1979 ), perd des emplois à partir de 1980, bien que la démographie freine l'augmentation de la population active..

B/ Les conséquences sociales de la crise.

1/ Une quadruple redistribution des richesses s'opère.

- Au plan international: de l'Occident vers les Etats producteurs de pétrole notamment le Moyen Orient qui accumule les pétrodollars ( années 1970 ), puis vers les NPI d'Asie ( années 1980 / 1990 ):Taiwan, Corée du Sud, Singapour...

- Au plan national : des travailleurs vers les rentiers. Les salariés qui ne disposent que des revenus de leur travail s'appauvrissent. Au contraire, ceux qui disposent d'une épargne ou d'un capital financier s'enrichissent dans des placements boursiers ou monétaires. Les bourses du monde entier sont florissantes dans les années 1980 qui sont "l'âge d'or des rentiers". Mais la spéculation provoque, en Octobre 1987, un krach boursier qui secoue New York, Tokyo, Londres et Paris.

- Au plan industriel; des entreprises qui préservent l'emploi vers celles qui délocalisent: pour échapper aux charges sociales qui doublent le coût du salaire, les entreprises se partagent entre deux stratégies:

- Certaines choisissent de se maintenir en réduisant leurs coûts: elles "substituent du capital au travail" ( investissement n nouvelles machines ) pour réduire leur personnel, donc leurs charges sociales. Elles procèdent ainsi à des licenciements partiels.

- D'autres se délocalisent, c'est-à-dire transfèrent leurs unités de productions dans les pays à faible salaire. Elles licencient leur personnel, mais augmentent leurs marges bénéficiaires sans investissement important et placent leurs excédents dans des placements spéculatifs. De 1989 à 1994, l'investissement productif en France baisse de 33 %.

- Au plan politique: des citoyens vers les administrations étatiques ou supra-nationales ( dans les années 1990, le budget de l'Union européenne de Bruxelles augmente de 6 % par an, soit trois fois plus vite que le PNB des Etats membres de l'Union. )

L'indemnisation des nouveaux chômeurs creuse les déficits sociaux ( "le trou de la sécurité sociale" ); pour les combler, de nouveaux impôts apparaissent: ainsi, en France: impôt sur les grandes fortunes instauré en 1981 par le gouvernement Mauroy; cotisations sociales généralisées ( CGS ) et TVA sur les taxes locales ( un impôt frappant un autre impôt ! ) établies par le gouvernement Rocard. Le poids des prélèvements obligatoires des Etats et de l'Union européenne s'alourdit sans cesse; en France, il dépasse 45 % du PNB.

2/ Une société à trois vitesses apparaît.

Le chômage creuse les inégalités sociales qui s'étaient résorbées dans les années 1960 et 1970. Une nouvelle stratification sociale apparaît: elle comporte 3 étages.

- Au sommet, les privilégiés ( lite du secteur privé, de l'administration, classe politique, classe médiatique ): leur important capital financier, culturel et relationnel leur permet de bénéficier d'augmentations réelles de revenus de 6 à 7 % par an.

- A l'échelon intermédiaire, les classes moyennes dont les salaires stagnent ou progressent d'environ 1% par an. Une partie parvient à arrondir ses e revenus par des placements ( SICAV monétaires... ) rapportant de 10 à 20 % de leur salaire.

- En bas, les exclus: ce sont des chômeurs, mai aussi des personnes seules ou âgées dépourvues de ressources, des SDF... Ils constituent "les nouveau pauvres" et ne survivent que grâce à l'aide sociale et aux associations charitables. Le chômage entraîne une recrudescence des sentiments identitaires et xénophobes et une montée du sentiment d'insécurité.

3/ Un effondrement démographique inédit en temps de paix.

Dés 1975, les taux de fécondité chutent dans les pays occidentaux. Une nouvelle baisse intervient dans les années 1990: 1,6 enfant par femme en 1993 en France, 1,2 dans l'Europe du Sud. La langueur démographique plusieurs effets.

- le renouvellement des générations n'est plus assuré

- la consommation de biens domestiques fléchit

- le vieillissement de la population s'accentue

- le financement des retraites est compromis, d'où la nécessité de reculer l'âge de la retraite ( le gouvernement Balladur, en, 1993, recule de 3 ans l'âge de la retraite ) II/ LE DEFI DU CHOMAGE: REPONSES ET INTERROGATIONS

La montée du chômage conduit à l'expérimentation de diverses politiques économiques à partir de 1974. Dans les années 1990, un tournant intervient: les opinions publiques commencent à se détacher des choix économiques des décennies précédentes.

A/ Les réponses des années 1970 / 1980

1/ Les politiques keynésiennes montrent leurs limites

Toutes les tentatives de relance de l'activité par la consommation et la revalorisation des bas revenus échouent:

Ainsi, la relance Ford-Carter de 1974-1980 aux Etats Unis, la relance Fourcade de 1974-1975 et la relance Delors de 1981-1992 en France, la relance Myazana au Japon en 1992.

2/ Les politiques libérales et monétarites

Elles sont préconisées par les économistes de l'école de Chicago ( autour de Milton Friedman ) recommandant d'assoupir les contrôles de l'Etat ( déréglementation, privatisations ) et d'assurer une progression modérée et régulière de la masse monétaire par le biais des taux d'intérêts . Elles inspirent l'action de Reagan et Buch aux Etats Unis (1980-1992 ), de Margaret Tatcher ( 1979-1990) en Grande Bretagne et donnent des résultats mitigés:

Appareil industriel se restructure mais le retour au plein emploi reste très partiel.

La déréglementation Nakasone ( 1982-1988 ) au Japon réussit mais débouche sur une "bulle spéculative" dangereuse.

3/ Les politiques monétaires soulignent les divergences d'intérêt des pays occidentaux.

Dans les années 1980, la France espère redresser sa balance commerciale en dévaluant le Franc à 3 reprises ( dévaluations Delors de 1981, 1982, 1983 ). C'est un échec. Son successeur Pierre Bérégovoy adopte une politiques inverse de "franc fort" qui aboutit, en 1993, à un nouvel échec ( chômage accru et lourd déficit budgétaire ).

Dans un monde ouvert ( libre échange mondial ), les politiques monétaires des pays de stature moyenne son tributaires des pays leaders:

Ainsi, dans les années 1990, les taux d'intérêts français doivent s'aligner sur les taux allemands que la Bundesbank ( banque fédérale, en abrégé "buba ") maintient délibérément élevés pour juguler les menaces d'inflationnistes provoquées par la réunification allemande de 1990.

B/ Les interrogations des années 1990.

Depuis le début des années 1990, un tournant intervient: les opinions publiques commencent à se détacher des choix économiques des décennies précédentes. L'impuissance des dirigeants politiques à résorber le chômage alimente le scepticisme et conduit à des recompositions.

Le système des partis politiques issus de l'après-guerre explose au Japon (1993 ) et en Italie ( 1994 ) et se lézarde en France ( division des grands partis sur le traité de Maastricht de 1992 ).

1/ La politique mondialiste des dirigeants occidentaux.

Devant l'échec des politiques économiques nationales, les leaders occidentaux, pressés par le Président Mittérrand, tentent de promouvoir le "libre échange mondial intégral" . De multiples accords internationaux sont hâtivement signés:

- Le traité de Schengen (Luxembourg ), négocié secrètement par la commission européenne en 1986 puis ratifié en 1991 par la France, prévoit la suppression de tout contrôle aux frontières dans les pays européens.

- Le traité de Porto ( 2 mai 1992 ) crée un espace économique européen ( EEE ) commun à la communauté européenne (CEE ) et à l'AELE ( Association européenne de libre-échange regroupant la Scandinavie, l'Autriche , la Suisse )

- Le traité de Maastricht en 1992 , élaboré à l'initiative de François Mitterrand , de Jacques Delors et d'Elisabeth Guigou , remplace le traité de Rome ( 1957 ) et crée une Europe fédérale d'inspiration socialiste: Suppression de la préférence communautaire (article 3 ) permettant l'entrée libre des produits asiatiques ou américains en Europe, monnaie unique européenne , pouvoirs élargis de Bruxelles ( éducation, culture, santé, transports, industries, création d'entreprises: articles 126 à 130 W ), transferts d'argent des régions riches aux régions pauvres, vote des étrangers aux élections locales...

- Les accords de Genève ( 1993 ) et de Marrakech ( 1994 ), co-signés par l'Union européenne, terminant la négociation Uruguay de GATT ( Accord général de réduction des tarifs douaniers et sur le commerce ) . Une organisation internationale du commerce est crée en 1994 pour promouvoir un monde sans frontières ( libre échange mondial )

2/ Les réticences des opinions publiques.

La politique mondialiste des dirigeants occidentaux se heurte aux réticences croissantes des opinions publiques.

Un courant anti-Maastricht s'affirme; les 2/3 des allemands et les anglais se déclarent hostiles au traité de Maastricht, les Danois le rejettent par référendum ( juin 1992 ); les Français ne le ratifient qu'à une courte majorité ( 51 % des voix ). Des économistes ( Maurice Allais, prix Nobel, Alain Cotta ), des chefs d'entreprises ( Jacques Calvet ) le jugent dangereux pour les Européens et soulignent qu'il a entraîné l'explosion du système monétaire européen ( Août 1993 )

Un parti Européen des Nations, anti-Maastricht est fondé à Paris en Avril 1994, par diverses personnalités, à l'initiative du député Philippe de Villiers et de l'homme d'affaires Jimmy Goldsmith. Ce parti demande la révision du Traité de Maastricht en 1996 et le rétablissement d'une préférence communautaire européenne pour résorber le chômage. Au sein des gauches Européennes, les tendances anti-Maastricht s'accentuent ( PC et courant Chevènement du PS en France ).

Le débat porte sur l'emploi: le coût de la main d'œuvre occidentale devient un handicap dans une économie sans frontières:

En 1993, le salaire horaire moyen s'établit à 47,70 F en France, 38 F aux Etats Unis, 30 F en Grande Bretagne, 6 F en Russie, 2,50 F en Pologne, 1F en Inde, en Chine, au Viêt-nam ou en Afrique.

Les Européens se trouvent ainsi confrontés à un choix crucial:

- Où bien rétablir la préférence communautaire ( inscrite à l'article 3 du traité de Rome de 1957 et supprimé par l'article 3 de Maastricht de 1992 )

- Où bien assumer le risque politique d'un chômage massif t d'une forte régression de leur niveau de vie.

Les Etats Unis signataires en 1993 de l'ALENA se trouvent confrontés à des problèmes analogues, mais se réservent de faire jouer des clauses de sauvegarde si leurs intérêts commerciaux sont menacés.

CONCLUSION.

La crise des années 1970 - 1990 a suscité des recompositions.

a/ Elle a favorisé les pays à faible coût d'organisation de la société (Japon et NPI ) au détriment des pays à fort coût d'organisation de la société ( Europe, Etats Unis ). Les pays qui, comme la France, ont un Etat Providence lourd ( trop d'impôts, de charges sociales, de formalités ), se trouvent pénalisés face à des pays à bas salaires et à l'administration réduite.

b/ Elle a infléchi les systèmes de production. Le Taylorisme et le Fordisme cèdent la place aux méthodes fondées sur la flexibilité et la diversification (cercles de qualité , méthodes dite "du Kanban" ou de production à flux tendu, impliquant zéro délai, zéro déchet, zéro défaut ... )

c/ Elle a accentué le divorce entre les responsables politiques et les citoyens: Le traité de Maastricht de 1992 a suscité de nouveaux clivages au sein des partis politiques et apparaît opaque à l'opinion publique. Le chômage, qui frappe 18 millions d'Européens en 1993, devient la préoccupation dominante des Occidentaux.

Eric Le Barbu
Lycée Pierre Poivre, à Saint Joseph ( île de la Réunion)
Nouvelle adresse : eric.le-barbu@wanadoo.fr