| De 1945 à 1973, la
croissance a été soutenue et durable. Jean Fourastié a appelé ces années les
"Trente Glorieuses", se référant en cela principalement aux pays
industrialisés occidentaux. Les "Trente Glorieuses" constituent des années de
fantastiques progrès technologiques, de profondes transformations sociales et de
changements dans les modes de vie. Mais 1974 plonge
le monde dans une crise dun type nouveau. Depuis le début des années 80, le
néolibéralisme a permis de vaincre certains effets de cette crise, mais la croissance
demeure aujourdhui incertaine et fragile pour de très nombreux pays.
I. LES TRENTE GLORIEUSES
A/ Une croissance exceptionnelle après 1945
1) Une croissance soutenue jusque dans les années 1970
Entre 1945 et 1973, le monde des pays industrialisés du
monde occidental a connu une croissance sans précédent. On assiste à une véritable
explosion de la production mondiale. Le PNB mondial est multiplié par 3 alors que dans
les 50 années qui ont précédé cette période, le PNB mondial na été multiplié
que par 2. Durant la période 45-73, ne se manifestent pas tellement les crises cycliques
faisant alterner récession-reprise, sauf peut-être aux Etats-Unis. La production ne
semble plus connaître de reculs, seulement encore des ralentissements. Pour certains pays
qui se sont révélés dune manière spectaculaire, on a même parlé de véritable
miracle économique (R.F.A., Japon, Italie).
La croissance mondiale a cependant été très
déséquilibrée. Elle a surtout été le fait dun petit nombre de pays : EUA, URSS,
Japon, RFA, France, Royaume-Uni, Italie qui à eux seuls ont assuré plus de 70% du
produit mondial brut. Ces pays ont creusé de plus en plus le fossé avec la plupart des
autres pays. Cette croissance repose dautre part sur un petit nombres de domaines.
Certains sont déjà anciens comme la sidérurgie, lautomobile ou
lélectricité ; dautres par contre sont nouveaux comme le pétrole, la
pétrochimie, lélectroménager, loptique, laéronautique,
lespace, lélectronique...
2) Les raisons dune telle croissance
La croissance résulte en fait de la conjonction de
plusieurs facteurs :
Le rôle des hommes tout dabord. Le renouveau
démographique après 1945 (baby boom et maintien dune forte natalité jusque vers
1960) a rajeuni les pays vieillis et stimulé la demande de nourriture, de vêtements, de
logements, de loisirs... Mais le Japon a justement connu la plus forte croissance alors
que dès 1948 il mettait en place une politique de limitation des naissances. Si bien que,
plus déterminant semble avoir été le relèvement progressif du niveau de vie, la
croissance du pouvoir dachat soutenant le marché intérieur, en même temps que se
développait le crédit à la consommation.
Vient ensuite le rôle du marché. Durant toute la
période qui nous intéresse, on assiste à un développement du commerce extérieur de
tous les grands pays, par abaissement des barrières douanières (négociations du GATT),
et la formation de zones de libre-échange comme la CEE ou dautres organisations
régionales (ASEAN, ALENA).
Le rôle de lEtat enfin. Dans la plupart des
pays, Etats-Unis compris, lEtat contrôle la fiscalité, le budget, la masse
monétaire, le crédit... Il a souvent nationalisé des secteurs clés comme
lénergie, les transports ou le crédit (France). Il oriente en partie les
investissements et stimule léconomie par ses commandes, notamment militaires
(Etats-Unis). En 1970, la demande publique aux Etats-Unis représente 88% de
lactivité aéronautique et 64% des industries électroniques.
B/ Les grandes transformations scientifiques et
techniques
1) La révolution scientifique du second XXºs.
Après la seconde guerre mondiale se confirme une
Révolution de la pensée scientifique par remise en cause des certitudes intellectuelles
et de la logique linéaire cartésienne qui relie simplement les causes aux effets. Les
chercheurs daujourdhui, devenus de plus en plus nombreux, élaborent des
théories probabilistes, sintéressent aux mutations possibles, essayent de
confronter des éléments apparemment contradictoires... doù une approche plus
synthétique qui se substitue progressivement à une démarche scientifique purement
analytique.
Les progrès scientifiques connaissent aussi une dimension
de plus en plus économique et sociale. La recherche scientifique est devenue
indissociable de ses applications techniques. Elle dépend de plus en plus dune
demande des Etats ou des entreprises engagées dans une course permanente à la puissance
ou à la première place face aux entreprises concurrentes, par linnovation
technologique. Tous les grands Etats consacrent dailleurs entre 2 et 3% de leur
revenu national à la recherche et au développement. Ils ont souvent créé des
organismes publics, même aux Etats-Unis (NASA). Initialement axés sur les armements,
puis sur lespace, les programmes de recherche se sont tournés plus récemment vers
les énergies nouvelles, la biotechnologie, la microélectronique... LHomme de
science nest plus tellement le "savant" comme autrefois, mais un chercheur
faisant partie dune équipe travaillant pour telle ou telle découverte (cf. Prix
Nobel attribués à des équipes). Les découvertes faites sont de plus en plus rapidement
examinées dans leurs applications possibles.
2) Les grands domaines du progrès scientifique et
technique
Le domaine de latôme et du nucléaire : Suite
à la découverte dEinstein qui prouve que la matière peut disparaître en
libérant de lénergie, Frédéric et Irène Joliot-Curie réalisent la fission de
latome en 1939. Oppenheimer met alors au point la première bombe A en 1945 aux
Etats-Unis. Peu après, on découvre que la fission de latome dhydrogène
libère, à masse égale, 8 fois plus dénergie, ce qui est à lorigine de
lélaboration de la bombe H. Rapidement, la puissance des bombes, de plus en plus
miniaturisées, passe de léchelle de la kilotonne à celle de la mégatonne. Mais
les découvertes dans le domaines de latome entraînent rapidement des applications
civiles. La première centrale thermonucléaire est mise en service en Grande-Bretagne en
1956. Depuis 1973, les programmes de construction de centrales nucléaires ont été
accélérés, et la part de lélectricité dorigine nucléaire augmente,
malgré lopposition parfois farouche des populations et des organisations
écologiques.
Le domaine de lespace : La conquête de
lespace prolonge lhistoire de laviation par la mise au point des
premières fusées pendant la guerre. Après le lancement de Spoutnik I (en 1958),
commence une course effrénée entre les EUA et lURSS. Gagarine est le premier homme
dans lespace en 1961. Armstrong le premier homme sur la Lune le 21 juillet 1969.
Après 1970, leffort porte sur la mise au point de stations orbitales : la station
soviétique Saliout est périodiquement ravitaillée par les vaisseaux Soyouz ; tandis que
les EUA mettent au point les navettes spatiales Columbia, Discovery, Atlantis... Avec
"Ariane", les européens sengagent également dans laventure
spatiale. LURSS et les EUA ont lancé des sondes vers dautres planètes, ce
qui a déjà permis une bien meilleure connaissance de lunivers proche (système
solaire, planètes). Grâce aux radiotélescopes, lunivers lointain est mieux
exploré. Laventure spatiale implique la mise en uvre de nouvelles techniques,
lesquelles à leur tour ont des retombées sur dautres domaines : chimie des
combustibles, métallurgie de haute précision, systèmes de téléguidages, médecine,
diététique, apesanteur, miniaturisation, météorologie, climatologie... Lespace,
cest aussi, depuis 1962, le lancement de nombreux satellites de télécommunications
qui permettent un échange dinformations directes de tous les points du globe. Tout
ces progrès impliquent ceux dun autre domaine, lélectronique.
Le domaine de lélectronique : Lélectronique
met au service de lhomme une gamme doutils nouveaux qui prolongent la pensée
humaine. Déjà avant la seconde guerre mondiale, la projection électronique permet la
mise au point de la télévision. En 1948, le transistor permet de remplacer les
lampes-radio. Dans le même temps apparaît lordinateur, calculatrice de grande
puissance, dotée dune mémoire et capable de transmettre des ordres. Après 1960,
la miniaturisation sur les circuits intégrés aboutit aux microprocesseurs. Les
"puces électroniques" multiplient par 100 la capacité des circuits intégrés,
et divisent par 1000 les coûts de revient. Ainsi se créent des ordinateurs de plus en
plus performants, capables de stocker de plus en plus dinformations. Doù le
développement des banques de données qui sont la clé du progrès économique et social.
Autre invention majeure tout à fait fondamentale, le laser en 1960.
Dans le domaine des biotechnologies : A partir des
années 60, on assiste à un très fort développement des sciences de la vie, et surtout
de la biologie, avec de nombreuses applications industrielles.
II. LA IIIème RÉVOLUTION INDUSTRIELLE
Conséquence économique du progrès, elle se caractérise
par une diversification des sources de production et des formes dutilisation. Pour
le pétrole, le progrès des techniques de forage, de transport (oléoduc) et de stockage
(dans des sites géologiques souterrains). Avec les progrès de lautomobile, les
hydrocarbures ont pris une importance primordiale, allant jusquà représenter les
3/4 des bilans énergétiques de certains pays industrialisés, au détriment du charbon.
Lélectricité sest imposée de plus en plus comme forme dénergie
privilégiée, par sa propreté et sa souplesse dutilisation, tant dans
lindustrie que dans les usages domestiques. La crise, qui a éclaté dans les
années 70, a favorisé le renouveau du charbon et lessor du nucléaire. Elle a
également suscité les recherches sur les énergies nouvelles et renouvelables (solaire,
géothermie, biomasse...) qui joueront certainement un plus grand rôle au XXIème
siècle.
A/ Les fondements de la IIIème Révolution industrielle
1) La révolution dans la production
Nous vivons lère de lautomatisation.
Lélectronique a conçu des servomécanismes et aujourdhui, des robots palpent
électroniquement les pièces afin dy adapter les opérations à effectuer.
Laboutissement, cest lusine entièrement automatisée. Dans la même
direction, cest lapplication de lélectronique au traitement de
linformation (informatique), au travail de bureau (bureautique), aux communications
(télématique)... Tout ceci introduit dimportants changements dans le travail du
secteur tertiaire (banques, assurances, transports, commerce). De plus en plus de
techniciens rompus à ces nouvelles méthodes sont nécessaires également à la bonne
marche de léconomie moderne. Le côut élevé de ces transformations pousse à la
concentration des entreprises.
2) La révolution dans les transports
Elle permet une meilleure maîtrise de lespace, au
service de léconomie. Elle se caractérise par une augmentation de la vitesse
(avions supersoniques, TGV), une augmentation des capacités en charge (trains
minéraliers, supertankers, pétroliers géants, avions jumbos), une augmentation de la
sécurité (progrès des systèmes de freinage, guidage électroniques avec le radar), une
augmentation de la souplesse dutilisation comme le transport multimodal (conteneurs
adaptables à tous les modes de transports et qui accélèrent les opérations de
chargement/déchargement).
3) Un fort impact sur léconomie
La mécanisation et lautomatisation de plus en plus
poussées de la production ont conduit à une forte augmentation de la production par
augmentation de la productivité du travail. Aujourdhui il suffit de quelques heures
pour fabriquer une tonne dacier ou pour monter une automobile. Les gains de
productivité permettent un abaissement du prix de revient de chaque unité produite. Les
progrès techniques sont bien lélément essentiel de la croissance.
B/ Les transformations économiques
1) Dimportants changements dans les grands secteurs
de léconomie
Lagriculture connaît dimportants
progrès mais un recul relatif. Des progrès, grâce notamment à la mécanisation, à la
motorisation, à lutilisation de produits chimiques, à la recherche génétique et
à la sélection végétale et animale. Lagriculture a connu aussi un développement
du secteur de lagroalimentaire pour le conditionnement et la valorisation des
produits agricoles, particulièrement aux EUA (agribusiness). Mais la modernisation
saccompagne souvent dun lourd endettement des paysans.
Lindustrie est le domaine de linnovation
par excellence. Elle a été le principale agent de la croissance. Pendant longtemps, la
production industrielle a progressé à un rythme accéléré (5% en moyenne par an).
Alors que certaines industries anciennes commençaient à décliner (textiles,
charbonnages, sidérurgie, constructions navales), dautres industries comme celles
des biens de consommation ont fortement progressé (agroalimentaire, électroménager,
automobile). Le développement industriel a été particulièrement spectaculaire dans le
domaine des industries dites de pointe (nucléaire, aéronautique, électronique). Toutes
ces activités ont renforcé le caractère urbain des pays industrialisés, dautant
plus que les activités tertiaires y prédominent de plus en plus.
Les activités tertiaires sont à nen pas
douter les grandes bénéficiaires de la croissance des Trente Glorieuses. Elles
fournissent aujourdhui plus de 55% des emplois dans les pays industrialisés, 70%
aux Etats-Unis. Grâce à la recherche fondamentale et appliquée, il y a une efficacité
de plus en plus grande du travail productif, de la gestion des affaires, et même des
administrations. Dautres services répondent aux besoins nouveaux de culture, de
loisirs, de santé. Toutes ces activités, par excellence, se localisent dans les villes
où vivent environ 80% des populations.
2) Le renforcement des structures capitalistes
Dans lindustrie, les progrès de la technologie,
lénormité des investissements nécessaires, poussent à la concentration des
entreprises. Dans certains secteurs, la taille des entreprises est un facteur décisif de
la force concurrentielle. De grands groupes de dimension internationale se sont donc
formés. Aujourdhui, la concentration seffectue non seulement par fusion ou
par absorption dentreprises à activités comparables, mais aussi par
diversification des activités. La formation des conglomérats au Japon (zaïbatzus puis
zaïkaïs) date du début du XXème siècle, alors que pour les Etats-Unis et
lEurope, leur formation est postérieure à la seconde Guerre Mondiale. En
conséquence, un tout petit nombre dentreprises géantes réalisent une part
croissante de la production mondiale. Ce phénomène saccompagne dune
internationalisation de leurs activités à travers des filiales implantées dans le monde
entier transformant ces entreprises en Firmes Multinationales.
Léconomiste étasunien J.K. Galbraith, décrivant ce
"Nouvel Etat Industriel" dès laprès-guerre, révèle la formation dans
les pays occidentaux de toute une "technostructure" de managers et de
spécialistes de la gestion : les technocrates. En effet, la taille des entreprises, la
diversité croissante de leurs activités, sont telles que leur direction appartient
désormais moins aux détenteurs de capitaux quaux technocrates qui en assurent le
fonctionnement. Parallèlement à la formation des multinationales industrielles, se sont
également formés des groupes bancaires énormes de taille internationale, qui excercent
une part croissante de leurs activités à létranger.
3) La consommation de masse
A limage de l"American way of life",
les comportements de grande consommation se sont peu à peu généralisés dans les
sociétés occidentales industrialisées. Après la période de reconstruction qui marque
laprès-guerre, la croissance a été forte grâce en partie à un taylorisme
poussé à lextrême reposant sur une organisation tout à fait scientifique du
travail. De là, une véritable production de masse qui exigea un élargissement continuel
des débouchés, et poussa les entreprises à solliciter de plus en plus les consommateurs
par la publicité, et la création de nouveaux moyens de distribution (grandes surfaces,
galeries marchandes, zones piétonnes, ventes par correspondances). Dans les pays du nord,
la production dispose dune consommation de masse, car les revenus de la plupart des
ménages de toutes les catégories socioprofessionnelles ont fortement augmenté. Les
salaires ont été mensualisés là où ils ne létaient pas encore, les salaires
minima garantis ont été instaurés et les chômeurs eux-mêmes bénéficient
dallocations, ainsi que les familles nombreuses. Enfin, et surtout, le crédit à la
consommation sest considérablement développé.
Dans le même temps, les consommations elles-mêmes ont
évoluées : les achats alimentaires qui, en 1950, représentaient encore 50% des
dépenses de consommation des ménages, ne représentent plus que moins de 20% de nos
jous, alors que la nourriture est devenue plus riche et plus diversifiée. Par contre,
lessor a été considérable dans les achats de voitures, de logements, de meubles,
dappareils électroménager, et plus récemment encore dans lachat
dappareils électroniques de loisir ou de travail (TV, chaîne Hi-Fi, ordinateurs).
Les consommations liées aux loisirs ont connu un véritable boum (sport, éducation,
voyages, vacances...).
Mais il est à noter que consommation de masse ne signifie
pas forcément progrès social. En effet, cette consommation a été beaucoup plus
quantitative que qualitative. On est rentré, en partie au moins, dans une civilisation du
superflu, de linutile, du gadget et du gaspillage ce qui ne contribue guère au
bonheur des hommes tellement vanté par la doctrine économique libérale. Le cadre de vie
a dailleurs été souvent négligé, doù des problèmes très graves de
pollutions, de nuisances diverses, de grands ensembles urbains inhumains. La société de
consommation a donc elle aussi ses limites.
C/ Les conséquences sociales
1) Les mutations socioprofessionnelles
Le secteur agricole. Partout, le nombre de paysans a
nettement reculé dans la population active. Paradoxalement, la pratique de
lagriculture moderne seffectue avec de moins en moins deffectifs.
Lagriculteur daujourdhui doit avoir de plus en plus de connaissances en
agronomie, en gestion et en comptabilité car le monde agricole sest lui aussi
intégré dans les circuits bancaires, commerciaux et industriels. Leffondrement du
secteur primaire sest donc fait davantage au profit du secteur tertiaire que du
secteur secondaire.
Le secteur de la transformation. Il semble,
aujourdhui, que le nombre des ouvriers de lindustrie est en voie de
stagnation. En effet, leur pourcentage dans lensemble de la population active semble
se situer désormais autour de 25%. Ce sont les O.S. (ouvriers spécialisés), les moins
qualifiés, qui ont fait les frais de la révolution technologique, de
lautomatisation et des restructurations. Par contre, les O.P. (ouvriers
professionnels), avec un niveau de qualification plus élevé, sont de plus en plus
nécessaires à lindustrie. Globalement, et grâce à la lutte syndicale constante,
le niveau de vie et la protection sociale des ouvriers se sont beaucoup améliorés, mais
leur intégration complète dans les sociétés modernes nécessitera certainement encore
de nombreuses années de lutte. En effet, le travail manuel des ouvriers dusine est
toujours discrédité par rapport aux tâches de conception considérées comme nobles et
réservées au pouvoir intellectuel et technocrate. Au bas de léchelle des ouvriers
se situe aujourdhui, le groupe important et pourtant si indispensable des
travailleurs immigrés.
La mensualisation quasi générale des salaires des ouvriers
contribue à ce que la classe ouvrière se confonde de plus en plus avec la masse des
salariés, qui constituent aujourdhui plus de 80% de la population active
(employés, petits fonctionnaires, cadres moyens, cadres supérieurs, hauts
fonctionnaires). Certain parle parfois de lémergence dune "nouvelle
classe ouvrière" qui est ainsi intégrée de plus en plus à la société de
consommation. Il est à remarquer enfin, que malgré encore dénormes différences
de salaires entre les diverses catégories sociales, on assiste à une certaine
égalisation ou mieux, une certaine uniformisation des styles de vie.
Le secteurs des services. La majorité des salariés
se trouve aujourdhui dans le secteur tertiaire qui occupe entre 55 et 70% de la
population active des pays du nord. Lessor des sociétés de services a en effet
multiplié le nombres de "cols blancs". Mais cest aussi le nombre des
personnels dencadrement qui a fortement augmenté pour lexécution des normes
de production définies par les technostructures. La classe moyenne a par conséquent
grossi, particulièrement aux Etats-Unis. Les diplômes et la compétence professionnelle
comptent de plus en plus, non seulement dans le secteur tertiaire, mais aussi dans le
secteur secondaire.
2) Les limites du progrès social
La société néo-libérale, résultat de toutes ces
transformations, na pas réduit, bien au contraire, les inégalités sociales. En
effet, le fossé entre les riches et les pauvres ne sest pas comblé. Dans la
plupart des pays du nord, les 10% les plus riches détiennent plus de 50% du patrimoine
national. La pauvreté existe dans les pays riches et est synonyme de marginalisation
voire dexclusion au même titre que dans les pays du sud. Ces laissés pour compte
de la société néo-libérale sont non seulement les immigrés, les minorités raciales
en général, les travailleurs des industries déclinantes mais aussi les jeunes sans
diplôme. Il y a 20 ans, on parlait de poches de pauvreté, aujourdhui de nouveaux
pauvres ou de quart monde. Il sagit là bien sûr dun doux euphémisme !
Parallèlement, les inégalités de fortune acquise sont
encore plus importantes que les écarts de rémunération. En effet, si la grande
bourgeoisie détient une grande partie des patrimoines fonciers (terres), immobiliers
(maisons) et mobiliers (valeurs boursières), les cadres de la technostructure constituent
aujourdhui les milieux les plus privilégiés. Si la mobilité sociale est
effectivement devenue plus grande, il nen demeure pas moins que le fils dun
cadre supérieur a beaucoup plus de chance de rester dans cette catégorie sociale
privilégiée que le fils dun ouvrier ou de paysan na de chance dy
accéder.
III. LA CRISE ECONOMIQUE MONDIALE DEPUIS 1973/1974
A/ Les origines et le déclenchement de la crise
1) Les dérèglements antérieurs aux chocs pétroliers
- Leffondrement du Système Monétaire
International (S.M.I.) en aôut 1971
Il se produit à la suite de laggravation du déficit
de la balance des paiements étasunienne, accentué, la même année, par un premier
déficit commercial des Etats-Unis depuis le début du XXème siècle. Le stock dor
des Etats-Unis est tombé à 10 milliards de dollars. Les Etats-Unis ne sont alors plus en
mesure dassurer la convertibilité en or des quantités beaucoup plus considérables
de dollars répandues de par le monde. Nixon met donc fin à la convertibilité du dollar
le 15 août 1971 et instaure une surtaxe de 10% sur les importations, dans lespoir
de rétablir léquilibre commercial. Espoir déçu, ce qui entraîne une première
dévaluation du dollar en décembre 1971, tandis que le Yen et le Deutsche Mark sont
réévalués. Le dollar continuant à saffaiblir, une deuxième dévaluation
survient en février 1973, accompagné dun abandon de tout rapport fixe entre lui et
les autres monnaies. On entre ainsi dans le système des "changes flottants". Ce
flottement monétaire, accompagné de fluctuations considérables et anarchiques du
dollar, introduit dans léconomie mondiale un élément dincertitude
défavorable aux investissements et aux échanges internationaux sur lesquels repose en
grande partie la croissance économique depuis laprès-guerre. Devant les graves
inconvénients commerciaux résultant de labandon des parités fixes, les pays de la
C.E.E. ont mis au point en 1979 le S.M.E (Système Monétaire Européen) qui évite de
trop fortes fluctuations entre leurs monnaies, mais sans possibilités daction sur
les errements du dollar.
- Laccentuation des tendances inflationnistes
En abandonnant lor au profit du dollar (beaucoup plus
abondant que lor), on a multiplié les possibilités de financement et facilité le
comblement des déficits. On a eu la volonté avant tout dassurer le plein-emploi,
quitte à stimuler léconomie par linflation, en laissant les prix augmenter
et les monnaies saffaiblir, ce qui a pour conséquence le développement de la lutte
syndicale contre linflation. Celle-ci dépasse 10% dans la plupart des pays du nord
industrialisés à partir de 1972. A cette époque là, la croissance mondiale est encore
assez forte, les prix des matières premières grimpent, ainsi que ceux des produits
agricoles du fait dune sécheresse prolongée dans le Sahel et des achats massifs de
la part de lU.R.S.S.. Très vite, linflation se généralise et
saccélère.
- La récession dans linflation : la stagflation
Linflation, qui avait été en quelque sorte le
stimulant pour les affaires jusque dans les années 60, cesse peu à peu de lêtre
ou plutôt, comme une drogue à laquelle léconomie shabituait très vite, on
devait en augmenter les doses régulièrement pour quelle puisse continuer
dagir. Ce phénomène explique la détérioration des monnaies, doù
laugmentation des taux dintérêt de la part des gouvernements, doù
lalourdissement des coûts dinvestissement qui seffondrent, doù
la freinage de la croissance. Dans le même temps, la main duvre bien
organisée en syndicats luttait pour préserver son pouvoir dachat, alors que le
patronat était amené à renforcer la productivité par la mécanisation au détriment de
lemploi entraînant ainsi un chômage accru. La boucle est ainsi bouclée.
Linflation aboutissait donc à la stagnation des affaires, au recul du plein-emploi
et à la montée du chômage. Cest la grande originalité de cette crise qui se
précisait depuis les années 60 dans laquelle cohabitent linflation et la
stagnation économique.
- Lépuisement de la consommation de masse
Au seuil des années 70, les équipements de consommation
des populations commencent à être satisfaits, en ameublement, électroménager,
automobile. Une partie des ménages semble même suréquipée. Et le renouvellement de ces
équipements nest guère capable de soutenir une croissance continue. Dautant
moins que le ralentissement démographique commence à se faire sentir dans la plupart de
pays du nord, et que la jeunesse, en grande partie, conteste la société de consommation
et la nécessité de la croissance sans limites. En 1972, paraissait le premier rapport du
"Club de Rome" qui annonçait lépuisement des ressources naturelles pour
le XXIème siècle, et la nécessité daller vers une croissance "zéro"
car le prix des matières premières devait obligatoirement augmenter et engendrer une
crise à plus ou moins longue échéance. Les chocs pétroliers ne constituent en fait que
le détonateur dun mécanisme de crise que les économies développées contenaient
depuis longtemps en elles.
- Le maintien du pouvoir dachat
Il na pas subi de recul, au moins jusquen 1980.
La croissance du pouvoir dachat sest donc poursuivie chez les salariés. Les
chômeurs eux-mêmes, grâce aux allocations perçues, restent dans les circuits de la
consommation, si bien que la chute de la production a été moins brutale quelle ne
laurait été autrement.
- Le maintien des échanges internationaux
Leur croissance sest peu à peu ralentie, pour devenir
nulle au début des années 1980. Mais cela signifie pourtant le maintien déchanges
considérables, sans lesquels la plupart des économies ne pourraient dailleurs pas
tenir très longtemps.
B/ Les politiques de lutte contre la crise et leurs
effets
1) Malgré des difficultés, ce sont les pays du nord qui
résistent le mieux
Malgré le ralentissement, voire larrêt de la
croissance, les taux élevés de chômage, linflation très incomplètement
maîtrisée, de gros déficits budgétaires ou commerciaux etc.., les pays du nord
industrialisés montrent détonnantes capacités de résistance face à la crise.
Cela sexplique tout dabord par la richesse acquise, puis par le contrôle des
circuits financiers internationaux (par exemple le recyclage des pétrodollars de
lOPEP), ensuite par lavance scientifique et technologique et finalement par le
rôle des multinationales, toutes originaires des pays du nord et qui par la diversité de
leurs activités et de leurs implantations géographiques équilibrent au mieux les
risques en période de crise.
Les politiques de lutte contre la crise se montrent
cependant hésitantes dans tous les pays. Elles peuvent prendre la forme par exemple du
pilotage à vue : cest lhésitation entre le "stop" et le
"go", bien connu des anglo-saxons. Le GO, cest privilégier la lutte
contre le chômage par la relance de la demande. Cette politique a été suivie en France
entre 1981 et 1983 par la gauche au pouvoir en France mais sans grand succès. Le STOP,
cest donner priorité à la lutte contre linflation et à la réduction du
déficit budgétaire pour avoir une monnaie forte. Cette politique a été suivie en
France entre 1976 et 1981 par Raymond Barre, alors Premier Ministre et bien plus encore
par Thatcher et Reagan au R.U. et aux E.U.A.
Le STOP consiste en une politique monétariste dite
néolibérale et veut revenir aux mécanismes du libéralisme économique pur et dur.
Depuis le début des années 80, le FMI, la BM et lOCDE uvrent à la diffusion
mondiale du néolibéralisme. Cette politique saccompagne dune rigueur
économique à lorigine de la désinflation. Au plan commercial, les négociations
de lUruguay round visent à étendre la libre concurrence au commerce des produits
agricoles et des activités de services. En 1995, lOMC se substitue au GATT pour
veiller au libre-échange. Dans les années 90, le commerce connaît un dynamisme
exceptionnel. Le néolibéralisme sétend aussi au marché financier. Partout les
marchés boursiers subissent des déréglementations qui attirent des masses de capitaux
de plus en plus importantes et stimulent la spéculation. Doù des krachs qui
fragilisent banques et marchés financiers (octobre 87, effet Tequila 94, effet Dragon en
98).
Depuis le début des années 80, les pays du nord semblent
hésiter entre récession et reprise. En effet après la récession très sévère
enregistrée au lendemain du second choc pétrolier, les pays industrialisés connaissance
une reprise très nette à partir de 83, surtout au Japon et aux Etats-Unis. Mais depuis
1990, une nouvelle récession touche le Japon et lEurope où le chômage persiste.
Quant aux anciens pays socialistes, ils traversent une
difficile période de reconversion de leur économie aux lois du marché.
3) Par contre, les pays du sud voient leur situation
empirer.
Seuls les NPI dAsie ont connu une expansion soutenue
car, généralement, la plupart des pays du sud nont pas les moyens damortir
les effets de la crise. Si les revenus pétroliers en ont enrichi quelques uns (pays du
Golfe Persique essentiellement), les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont appauvri la
majorité dentre eux. La crise a fortement entravé lindustrialisation de pays
déjà endettés au-delà de leurs capacités de remboursement. Même parmi les
exportateurs de pétrole, beaucoup restent des pays pauvres (Nigeria, Indonésie), ou à
revenus très faibles, souvent dailleurs liés à une démographie galopante
(Algérie, Iran, Venezuela). Certains ont massivement recouru à lemprunt pour se
développer et sont aujourdhui lourdement endettés (Brésil, Mexique,
Argentine...).
Pour les pays dépourvus de pétrole, en Afrique et en Asie,
certains sont pratiquement au bord de la faillite. Trop pauvres pour offrir des garanties
suffisantes aux prêteurs, ils ne reçoivent quune aide internationale insuffisante.
En Afrique noire, dans les pays du Sahel, le revenu par habitant déjà très bas na
cessé de baisser durant les 20 dernières années. Derrière léconomie immobile,
la crise saggrave et augmente les possibilités de tensions qui risquent de rendre
le sud encore plus instable sur le plan politique (voir la situation actuelle en Afrique
noire).
Dans ces conditions, parler en 1998, pour ces PMA (pays
moins avancés), de pays en voie de développement est un mensonge grossier.
Aujourdhui, plus que jamais, simpose donc la nécessité dune nouvelle
coopération économique internationale et linstauration de ce nouvel ordre
économique international tant réclamé par les pays du sud. Cela suppose un dialogue
nord-sud, que la plupart des pays du nord, enfermés dans leurs égoïsmes à court terme
et la recherche de solutions nationales à la crise, ne sont pas prêts daccepter.
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