LES GRANDES PHASES DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Georges COUMES

Dès 1938, Hitler avait annexé des territoires par une série de coups de force (mars 1938 Anschluss de l’Autriche, septembre 1938 annexion de la région de Sudètes, suivie en mars 1939 par l’annexion de la Bohême Moravie démantelant ainsi la Tchécoslovaquie, la Slovaquie devenant un Etat indépendant). Durant l’été 1939, Hitler réclame la restitution de Dantzig (ville peuplée en grande partie d’Allemands). Le 23 août 1939, à la stupeur générale Hitler et Staline signent un pacte germano-soviétique de non agression. L’Allemagne a désormais les mains libres.

Le 1er septembre 1939, les troupes de la Wehrmacht envahissent la Pologne. Deux ans plus tard, l’Allemagne nazie domine l’Europe continentale.

Avec l’attaque allemande contre l’URSS en juin 1941, puis du Japon contre les Etats-Unis en décembre de la même année, ce conflit devient mondial.

La seconde Guerre Mondiale est une guerre totale qui met en jeu toutes les ressources des deux camps (industrielles, technologiques, humaines). Elle mobilise les idéologies et elle n’épargne pas les civils.

La seconde Guerre Mondiale peut se décomposer en deux grande phases :

  • 1939-1942 : victoires des forces de l’Axe. Deux guerres parallèles, l’une menée par l’Allemagne en Europe, l’autre par le Japon en Asie (qui avait d’ailleurs commencé en 1937).
  • 1942-1945 : l’année 1942 marque à la fois l’apogée des forces de l’Axe et le tournant de la guerre, car en cette année, les alliés enregistrent leurs premières victoires, mais il faut attendre 1945 pour qu’ils puissent vaincre définitivement les forces de l’Axe.

I. DE LA GUERRE EUROPEENNE A LA GUERRE MONDIALE (1939-1942)

A/ Les premières victoires de l’Axe

1) La Blitzkrieg : un avantage stratégique des allemands en Europe

Elle permet à Hitler de dominer en deux ans presque la totalité du continent européen. Il s’agit avant tout d’un avantage stratégique plus que d’une supériorité en hommes ou en matériel. La Blitzkrieg (ou Guerre Eclair) consiste à défoncer par surprise et le plus vite possible les défenses ennemies (bombardements de l’aviation, parachutage, intervention des blindés), d’exploiter ensuite la brèche effectuée par les divisions blindées qui pénètrent profondément en territoire ennemi. Les blindés sont suivis par l’intervention de l’infanterie motorisée puis par l’infanterie à pied qui attaquent les poches de résistance encerclées par les blindés alors que l’aviation continue de pilonner l’avant, empéchant ainsi les réserves de l’ennemi d’intervenir.

C’est cette stratégie qu’utilise l’Allemagne successivement contre la Pologne, la Scandinavie, la France et enfin l’URSS.

2) La campagne de Pologne

Le 1er septembre 1939, la Pologne est simultanément attaquée sur trois fronts : nord, sud et ouest. Le 3 le Royaume Uni et la France déclarent la guerre à l’Allemagne. La Pologne est débordée avant même qu’elle n’est pu complètement mobiliser. Varsovie est encerclée le 15 septembre.

Le 17 septembre, conformément au pacte germano-soviétique, la Pologne est attaquée à l’est par les soviétiques qui récupèrent les territoires perdus en 1919 au traité de Brest-Litovsk. Le 27 septembre la Pologne capitule et subit le 4ème partage de son histoire. Les alliés n’ont rien pu faire face à la vitesse d’action.

Après la conquête de la Pologne, le 6 octobre, Hitler propose la paix aux alliés qui refusent.

 

3) A l’ouest, la "la drôle de guerre"

Après la capitulation polonaise, les français et les britanniques attendent en vain l’attaque allemande. A l’ouest, il ne se passe rien sur le plan militaire. On s’observe. C’est "la drôle de guerre".

Les allemands profitent de cette situation pour renforcer leur puissance à l’ouest, alors que les français et les britanniques se contentent d’une stratégie de défense derrière la ligne Maginot soi-disant "imprenable". De plus les alliés sont convaincus de leur supériorité du fait de leur puissance navale : ils peuvent étouffer économiquement l’Allemagne par leur blocus.

Par une intense propagande, on remonte le moral des troupes et la confiance en la victoire règne.

Le mauvais temps du printemps 1940 oblige Hitler à remettre à plus tard son attaque à l’ouest. Entre-temps, la guerre se déplace vers le nord de l’Europe.

4) La guerre en Scandinavie

En septembre 1939, les pays baltes (Estonie, Lituanie et Lettonie) sont obligés d’accepter un traité d’assistance donnant toutes les facilités à l’Armée rouge pour avoir accès à la Mer Baltique. En juillet 1940, ils sont annexés à l’Union soviétique.

La guerre proprement dite débute dès novembre 1939, par une attaque soviétique contre la Finlande (neutre, puis alliée de l’Allemagne à partir d’avril 1941).L’URSS revendique certains territoires de l’ancien empire russe : la Carélie. Cela permettrait à l’URSS d’éloigner Leningrad de la frontière.

Durant l’hiver très rigoureux 39/40, la Mer Baltique gèle. Les allemands sont alors très inquiets pour leur approvisionnement en fer suédois (le blocus alliés commençant à gêner l’Allemagne). Ils sont donc obligés de passer par le port norvégien de Narvik et ainsi d’entrer dans les eaux territoriales de la Norvège.

Allemands et alliés séparément préparent donc secrètement une expédition pour s’emparer du port de Narvik et par la même occasion de tous les ports norvégiens. Hitler devance les alliés et le 9 avril, les troupes allemandes envahissent le Danemark et la Norvège, qui sont totalement occupés à partir du mois de juin.

C’est alors que l’Allemagne rappelle ses troupes et entreprend la campagne de France.

5) La campagne de France

Le 10 mai 1940, les troupes allemandes violent une nouvelle fois la neutralité des Pays-Bas, et de la Belgique de manière à attirer les troupes franco-britanniques vers le nord de la France. Mais les panzer percent le front à Sedan le 14 mai (après avoir violé la neutralité luxembourgeoise) et foncent vers la mer encerclant la moitié des troupes alliées. Les Pays-Bas capitulent le 15, la Belgique le 27 mai, et le roi des belges Léopold III est interné pour la durée de la guerre. Plus de 335 000 soldats des armées alliés s’embarquent comme ils peuvent dans la région de Dunkerque vers le Royaume Uni.

Le reste de l’armée française ne cesse de reculer face à la pression des allemands. La retraite est d’autant plus difficile que plus de 12 millions de civils se jettent sur les routes : c’est la débâcle.

L’Italie déclare la guerre à la France le 10 juin. Paris capitule le 14 juin. Le 16 les allemands atteignent la frontière suisse encerclant les troupes stationnées sur la ligne Maginot. Le 17 juin, un nouveau gouvernement, à la tête duquel se trouve le maréchal P. Pétain, demande l’armistice. Il est signé le 22 juin.

La France a été foudroyée en l’espace de 6 semaines et a perdu 92 000 soldats. C’est la plus grande défaite militaire de toute son histoire.

Il ne reste plus à l’Allemagne que de s’attaquer au Royaume Uni. Si elle réussit à l’écraser, la guerre est finie.

 

 

B/ Le Royaume Uni rempart du monde libre à l’ouest

En juillet 40, l’Allemagne occupe l’Europe de la Norvège à la frontière espagnole de la frontière avec l’URSS au littoral atlantique.

Le Royaume Uni de Winston Churchill est seul face aux forces de l’Axe. Les gouvernements européens en exil se sont réfugiés à Londres (Pologne, Tchécoslovaquie, la reine Wilhelmine des Pays-Bas, Charlotte la Grande-Duchesse du Luxembourg, le roi Haakon VII de Norvège,...), ainsi que les premiers Français libres qui ont répondu à l’appel lancé le 18 juin par le général De Gaulle.

1) La bataille d’Angleterre

Hitler envisage un débarquement au Royaume Uni (opération Seelöwen), mais les britanniques dominent très largement les mers. Leur seule crainte est que l’Allemagne n’utilise la flotte française d’où l’affaire de Mers-El-Kébir qui entraîne la rupture des relations entre le gouvernement français de Vichy (depuis le 2 juillet) et le gouvernement britannique. Hitler compte donc sur la Luftwaffe. Mais d’août à octobre 1940, la Royal Air Force (RAF), guidés par les premiers radars, repoussent les assauts allemands sur les ports, les aéroports et les villes du sud de l’Angleterre (Coventry est rasée de la carte). De plus les britanniques possèdent deux bombardiers (le Spitfire et l’Hurricane) supérieurs au Stuka allemand. Les allemands perdent 1733 appareils contre 915 aux britanniques.

Malgré les nombreuses destructions et les pertes humaines (plus de 30 000 morts), le Royaume Uni résiste. Hitler ne peut donc envahir le Royaume Uni. C’est son premier échec stratégique.

2) La bataille de l’Atlantique

La résistance britannique oblige Hitler à modifier sa stratégie.

L’Allemagne tente d’asphyxier le Royaume Uni par une guerre sous-marine à outrance. Les meutes de sous-marins de l’amiral Dönitz attaquent tant en Atlantique, en Méditerranée que dans l’Océan Indien. Mais là aussi, les britanniques, malgré des pertes considérables, évitent le blocus grâce au sonar que ne possèdent pas les allemands.

L’Allemagne n’ayant pu battre le Royaume Uni sur son propre terrain décide d’étendre le conflit.

3) La bataille de la Méditerranée

Elle se joue sur deux plans :

a - sur le plan diplomatique

Hitler tente de négocier avec le dictateur espagnol F. Franco, le libre passage des troupes allemandes pour aller attaquer les britanniques à Gibraltar (entrevue d’Hendaye le 23 octobre 1940). Franco refuse, l’Espagne restera neutre. Hitler négocie alors avec la France.

C’est la très fameuse entrevue de Montoire du 24 octobre 1940 entre Pétain et Hitler. Elle débouche, le 27 octobre, sur les "Protocoles de Paris" où l’amiral Darlan, Ministre des Affaires étrangères, met à la disposition des allemands les bases militaires d’Afrique, de Syrie et du Liban ce qui provoque l’intervention anglo-gaulliste en Syrie (guerre franco-française du 9 juin au 14 juillet 1941) et l’occupation britannique sur tout le Proche-Orient.

  b - sur le plan militaire

L’Allemagne intervient tant au nord qu’au sud de la Méditerranée pour tenter de rattraper les déboires italiens. En effet, jaloux des succès du Führer, le 28 octobre 1940, le Duce attaque la Grèce sans prévenir son allié germain. Appuyés par les britanniques, les grecs résistent et rejettent les italiens en Albanie.

L’Allemagne vole alors au secours de l’Italie en soumettant au passage la Yougoslavie du roi Pierre II qui pratiquait une politique anti-allemande. La Yougoslavie capitule le 17 avril 1941 et le 27 le drapeau à croix gammée flotte sur l’Acropole. Les allemands bousculent les forces britanniques et la Crète (point stratégique fondamental du bassin oriental de la Méditerranée) est occupée le 7 mai. Les rois Georges II de Grèce et Pierre II de Yougoslavie s’enfuient et se réfugient avec leur gouvernement à Londres.

Durant l’automne 1940, l’Italie attaque aussi l’Egypte, dont les britanniques assuraient en partie la défense. Les britanniques envahissent les colonies italiennes de Libye et d’Erythrée. C’est alors qu’Hitler dépêche l’un de ses meilleurs généraux, Rommel, à la tête d’un régiment de blindés, l’Afrika Korps qui repousse les britanniques à la frontière égyptienne. Désormais, les allemands installés en Crète et en Sicile interdisent le passage des convois britanniques en Méditerranée. Ceux-ci sont obligés de contourner l’Afrique par Le Cap. Les allemands ont abandonné, malgré leurs assauts aériens répétés, la conquête de l’île de Malte.

C/ La mondialisation du conflit

1) Les indicateurs dès 1940

Le 27 septembre 1940, est signé un pacte tripartite entre les trois principales puissances de l’Axe (Allemagne, Italie, Japon). Ce pacte affirme la volonté des signataires de créer un "Ordre Nouveau" en Europe et en Asie. Ce pacte prolonge le pacte anti-komintern de novembre 1936 faisant de la lutte contre le communisme un des buts de l’Axe ce qui annonce bien entendu l’intervention contre l’URSS.

Très vite aussi, les EUA prennent positions en faveur de leur allié traditionnel européen : le Royaume Uni. Le président Roosevelt, persuadé que les intérêts des EUA et de l’Axe sont inconciliables, apportent très vite une aide massive au RU. En mars 1941, il fait voté par le congrès des EUA la Loi Prêt-Bail pour que le RU "menacé dans sa liberté" puisse se procurer les armes et le matériel dont il a besoin. Cette loi s’étend très vite à l’URSS, à la Chine et même à la France Libre. Elle consiste à vendre, prêter ou céder du matériel militaire et autres marchandises à tout pays dont la défense est jugée vitale pour les intérêts des EUA.

Le 14 août 1941, Churchill et Roosevelt signent la Charte de l’Atlantique qui expose les motifs du combat contre l’Axe et les principes d’une paix future. Le gouvernement des EUA abandonne donc petit à petit l’idée d’une position neutraliste défendue au début du conflit par l’opinion publique américaine.

2) L’opération "Barberousse"

De la Finlande à la Mer Noire, en utilisant toujours la stratégie de la Blitzkrieg, 5,5 millions de soldats allemands, finlandais, hongrois, roumains, italiens, mais aussi espagnols (división Azul) et français (plus de 3000 de la LVF, Légion des Volontaires Français), 3800 chars, 5000 avions, s’élancent en direction de Leningrad, Moscou, Kiev et Odessa. L’Armée Rouge, totalement désorganisée après les purges de 1938, est bousculée. En l’espace de trois mois, l’Ukraine est conquise, les allemands atteignent la Mer noire, Léningrad est assiégé et Moscou menacé. En URSS, la guerre est totale : les communistes et les juifs y sont massacrés par les SS des Einstazgruppen, les prisonniers maltraités. Mais l’Armée Rouge se bat avec acharnement et détermination. En battant retraite, elle laisse des partisans pratiquant la tactique de la "terre brûlée".

Quoi qu’il en soit, la Blitzkrieg semble encore une fois avoir apporté ses fruits : près de 4 millions de prisonniers, 23 000 chars et 20 000 avions détruits. Le grenier à blé de l’URSS est occupé. Le gouvernement soviétique s’est réfugié à l’est, à Kouibychev, sur la Volga.

A l’entrée de l’hiver Moscou résiste encore. Un hiver précoce et très rigoureux qui stoppent les envahisseurs dès le 6 décembre 1941. La Blitzkrieg a une nouvelle fois échoué et l’hiver a sauvé une nouvelle fois l’URSS.

Les allemands souffrent terriblement et ne peuvent reprendre l’offensive qu’au printemps 1942 où ils progressent vers le sud-est en direction du Caucase et des gisements pétroliers de Bakou. Ils n’y sont jamais parvenus. Les allemands se retournent alors vers le nord en direction de la Volga et de Moscou. La Volga est atteinte en septembre à Stalingrad. En novembre, Les soviétiques résistent toujours. Et de nouveau l’hiver s’installe.

3) L’entrée en guerre des Etats-Unis d’Amérique

La défaite des pays européens (RU excepté) affaiblit leurs positions en Asie : Indochine française, Indes néerlandaises. Or ces possessions sont convoitées par le Japon. La guerre en Asie a débuté dès 1937, par l’invasion japonais en Chine.

Dès le mois de juillet 1941, le Japon envahit l’Indochine française à la grande inquiétude des EUA.

En octobre 1941, le général Tojo, partisan d’une expansion de la guerre en vue de la création du Grand Japon, devient Premier ministre. Pour réaliser son projet, il lui faut éliminer par une attaque surprise la flotte américaine du Pacifique. C’est ainsi que le 7 décembre 1941, le Japon attaque simultanément les bases navales des EUA de Pearl Harbour à Hawaï, de Midway et de Guam, mais aussi les bases britanniques de Hong Kong, de Singapour, la Malaisie, l’Indonésie, les Philippines, la Nouvelle Guinée, le Siam et la Birmanie. En quelques mois, le Japon occupe l’essentiel du sud-est asiatique ce qui lui permet, dès l’été 1942, de menacer directement l’Australie et l’Inde.

L’été 42 marque l’apogée des puissances de l’Axe. Une grande partie de l’Europe et de l’Asie, voire même de l’Afrique est sous sa domination. Mais qui trop embrasse mal étreint. Ces gigantesques territoires obligent l’Axe à disperser ses forces. Ce qui explique en partie la dureté des occupations mais aussi la montée des mouvements de résistance et les premières défaites.

II. LE REFLUX ET L’EFFONDREMENT DE L’AXE (1942-1945)

A/ 1942 : le tournant de la guerre

1) Les atouts des alliés

a - La coalition des puissances luttant contre l’Axe

Elles font toutes abstraction de leurs divergences idéologiques. A partir de 1943, des conférences tripartites réunissent Staline, Churchill et Roosevelt à Téhéran en 1943, puis à Yalta et à Postdam en 1945.

En juillet 1941, le RU signe une alliance avec l’URSS pour toute la durée de la guerre. Fin 41, les EUA accordent le bénéfice de la Loi Prêt-Bail à l’URSS qui reçoit 10 000 chars et 15 000 avions. Mais Roosevelt impose sa stratégie d’attaque : l’Allemagne d’abord, le Japon ensuite.

A l’ouest, un commandement unique est créé et confié au général Eisenhower.

EUA, URSS et RU forment une grande alliance anti-allemande, mais la méfiance des anglo-saxons envers Staline n’en demeure pas moins. L’URSS supporte jusqu’en 1943 l’essentiel de la guerre et ne cesse de réclamer avec insistance l’ouverture d’un deuxième front à l’ouest du continent européen. C’est à la conférence de Téhéran qu’est décidé le projet de débarquement en Normandie. De son côté l’Allemagne avait espérer que cette coalition ne tiendrait pas du fait des divergences idéologiques, mais les diverses conférences aplanissent les difficultés.

Les anglo-saxons acceptent l’idée d’un débarquement en Normandie en contrepartie de quoi Staline s’engage à dissoudre le Komintern pour faciliter l’unification des divers réseaux de résistance. Les anglo-saxons acceptent aussi que les futures frontières de l’URSS soient repoussées vers l’ouest en annexant la partie orientale de la Pologne et les pays baltes.

b - L’aide déterminante des Etats-Unis d’Amérique et la mobilisation des économies

Dès avant leur entrée en guerre, les EUA réalisent un effort de guerre sans précédent. Le 6 janvier 1942 est lancé le Victory Program qui crée des millions d’emplois et met au point de nouvelles techniques de production permettant d’énormes gains de productivité (standardisation). Ils produisent 50% de l’armement allié. Plus de 250 000 avions sont construits pour bombarder l’Allemagne et le Japon. Un énorme effort est aussi fourni en ce qui concerne la construction navale, surtout pour le Pacifique, mais aussi pour les alliés en général. Ces efforts donnent un coup de pouce à l’économie et renforcent la suprématie économique et la domination des EUA sur l’Amérique Latine (cuivre du Chili par ex.). La plupart des pays d’Amérique Latine d’ailleurs sont entrés en guerre derrière les EUA.

De son côté l’URSS, face à l’invasion allemande, a transféré son potentiel industriel vers l’est, vers l’Oural et en Sibérie, permettant de continuer à construire dans des conditions très difficiles des quantités considérables d’armements.

Alors que l’Allemagne souffre de pénurie de matières premières et de main d’œuvre, le Royaume Uni, malgré les bombardements allemands, a converti très rapidement ses industries en créant plus de 2 millions d’emplois pour les industries d’armement où les femmes ont joué un rôle fondamental.

2) Les coups d’arrêt de 1942-1943 : les premières victoires alliées

a - Dans le Pacifique

Mai 1942, la bataille aéronavale de la Mer de Corail écarte le risque d’une invasion de l’Australie.

Juin 1942, lors de la bataille de Midway, les meilleurs navires, porte-avions et équipements japonais sont détruits. Cette victoire des EUA est déterminante car elle oblige le Japon à se retrancher de plus en plus sur ses conquêtes continentales.

Août 1942, s’engage la bataille de l’île de Guadalcanal qui, au prix de très durs combats, reste américaine (août - octobre 1942).

En quelques six mois d’aussi difficiles combats, les îles Solomon sont reprises aux japonais.

Petit à petit la puissance de l’industrie des EUA leur assure la suprématie navale, surtout au niveau des porte-avions, domaine dans lequel le Japon accumule de plus en plus de retard.

b - En Afrique et en Méditerranée

En Afrique deux événements importants font basculer l’avantage du côté des alliés.

En octobre 1942, les troupes britanniques du général Montgomery arrêtent l’Afrika Korps à El Alamein et oblige Rommel à se replier en Libye.

Début novembre 1942 (le 8), les anglo-américains débarquent au Maroc et en Algérie, facilement occupé malgré une tentative de résistance des troupes française de Vichy (Darlan). C’est en réaction à ce débarquement en Afrique du nord que Hitler décide l’occupation de la zone sud de la France de manière à éviter un éventuel débarquement sur les côtes française de la Méditerranée. La Corse et la Tunisie sont occupées afin de venir au secours de l’Afrika Korps en difficulté.

Quoiqu’il en soit le sort des troupes de l’Axe en Afrique du nord est joué. Prise en tenaille entre les troupes britanniques de Montgomery poursuivant l’Afrika Korps à travers du désert libyen, les troupes anglo-américaines depuis l’Algérie et la 2ème DB (division blindée) du général Leclerc depuis le Tchad, l’armée de l’Axe capitule en Tunisie le 22 mai 1943 (200 000 prisonniers).

Maître de l’Afrique du nord, les alliés peuvent désormais menacer l’autre côté de la Méditerranée. Ainsi, poursuivent-ils leur offensive en Sicile et en Italie du Sud, par un nouveau débarquement le 10 juillet 1943. Après 39 jours de très durs combats la Sicile est soumise. Les allemands se battent avec acharnement alors que les italiens, après la chute de Mussolini, désertent par milliers ou se rangent du côté des alliés. (Voir "La Notte di San Lorenzo" des frères Tavianni)

c - En Europe de l’est : Stalingrad

Profitant de nouveau de l’hiver, les soviétiques portent une très rude contre-offensive (plus de 300 000 morts et prisonniers) contre la 6ème armée allemande du général von Paulus qui finalement est encerclée et capitule le 31 janvier 1943. Cette victoire est décisive en Europe de l’est puisque la contre-offensive soviétique se poursuit à partir de là jusqu’à la chute de Berlin.

 

 

B/ La défaite allemande

A partir de l’été 42 mais surtout du printemps 43, le rythme des offensives alliées s’accélère, mais Hitler continue la lutte jusqu’au bout entraînant l’Allemagne dans le plus grand désastre de son histoire.

1) La campagne d’Italie

C’est pendant la conquête de la Sicile que le régime fasciste de Mussolini s’effondre. Le 24 juillet 1943, Mussolini est destitué par le Grand Conseil fasciste et aussitôt arrêté (grâce aux manœuvres du roi Victor-Emmanuel III). Le roi charge le maréchal Badoglio de diriger les affaires publiques et d’ouvrir des négociations avec les alliés. Le 3 septembre 1943, alors que les alliés débarquent en Calabre, un armistice est signé et deux mois plus tard, l’Italie se range du côté des alliés.

La réaction allemande ne se fait pas attendre : 30 divisions allemandes pénètrent en Italie et la Wehrmacht arrête les alliés aux environs de Naples. Mussolini, emprisonné au Gran Sasso dans l’Apennin, est libéré par un commando allemand parachuté et est transporté dans le nord où il fonde un nouveau régime fasciste : la République sociale italienne de Salo. Mais il est désormais sans pouvoir réel car contrôlé directement par les allemands. Sa libération lui permet seulement de se venger des conjurés du 24 juillet qu’il fait exécuter (parmi eux son propre gendre Ciano).

La libération de l’Italie est très laborieuse malgré les efforts des anglo-américains, de l’armée du maréchal Juin, des résistants et de l’armée italienne du sud. Rome n’est libéré qu’en juin 1944 et le Pô n’est atteint qu’en avril 1945. Mais face aux autres fronts, l’Italie devient très rapidement un front secondaire ce qui peut expliquer aussi cette lenteur.

2) Le débarquement en Normandie

L’opération "Overlord", commandée par le général Eisenhower, est lancée le 6 juin 1944 avec 5000 navires et 10 000 avions qui doivent affronter le mur de l’Atlantique, renforcé surtout dans la région de Calais. Pour cette raison, les alliés débarquent en Normandie. Pendant six semaines, ils restent souvent accrochés à d’étroites bandes de plage. Mais le 31 juillet, le général Patton réussit une percée à Avranches qui marque le début de la bataille de France. Il s’agit d’un immense mouvement enveloppant dans deux directions : vers l’ouest en direction de la Bretagne et vers le sud pour ensuite virer vers l’est en direction de Paris qui est libéré le 25 août 1944. Les allemands refluent massivement vers l’est, alors qu’au même moment a lieu le débarquement en Provence.

3) Le débarquement en Provence

Le 15 août 1944, la VIIIème armée américaine et l’armée française commandée par le général de Lattre de Tassigny entrent à Toulon et à Cannes remontant ensuite vers le nord à travers les Alpes et la vallée du Rhône. Le reflux des allemands est considérablement entravé par les actions de sabotage des maquisards.

Le 10 septembre la jonction est réalisée entre les débarquements de Provence et de Normandie. En décembre 1944, la France et la Belgique sont presque entièrement libérées.

4) Le reflux allemand à l’est

En juillet 1944, l’URSS est complètement libérée et fin 1944, la Roumanie, la Hongrie et la Bulgarie (alliés de l’Allemagne) signent l’armistice. Devant cette progression fulgurante de l’Armée Rouge dans la région des Balkans, les britanniques libèrent la Grèce. Quant à la Yougoslavie, elle est en grande partie libérée par la résistance yougoslave communiste groupée autour de Tito.

5) La capitulation allemande

Depuis les victoires alliées, l’Allemagne est soumise à des raids aériens de plus en plus meurtriers. En janvier 1945, l’Allemagne ne compte plus que sur elle-même. Mais ne s’avoue toujours pas vaincue. En effet, en décembre 1945, deux grandes offensives allemandes ont lieu dans les Ardennes et en Hongrie. L’Allemagne se lance de nouveau dans la bataille car elle compte sur de nouvelles armes dans le but de renverser l’équilibre des forces. Il s’agit des fameuses fusées V1 et V2 (premiers missiles) qui réussissent à menacer une nouvelle fois Londres. Mais la cause est entendue, ces armes ne sont pas tout à fait au point et viennent trop tard. L’étau se resserre inexorablement, les alliés pénètrent en Allemagne en février, et en avril 1945, les derniers soubresauts de l’Allemagne se transforment en déroute. Vienne est investie par les soviétiques le 13 avril ; les américains atteignent l’Elbe le 14 et conformément aux accords de Yalta, ils s’arrêtent pour attendre l’Armée Rouge qui rentre dans Berlin le 25 avril. La jonction avec les américains a lieu le 26. Hitler qui a mobilisé ses dernières ressources (le Volksturm : armée fantoche d’enfants et de vieillards) se suicide dans son bunker le 30 avril, quelques jours après l’exécution de Mussolini par les partisans italiens. Le 1er mai 1945, la Wehrmacht capitule sans condition et l’armistice est signé à Berlin le 8 mai. C’est la fin de la guerre en Europe.

C/ La défaite japonaise

Jusqu’à la défaite de l’Allemagne, le Japon reste au second plan.

1) Contre le Japon : la guerre aéronavale

Contrairement à ce qui se passe en Europe, en Asie, la reconquête du Pacifique se heurte à des difficultés importantes, dues aux distances et au climat tropical. La victoire finale dépend avant tout des victoires en mer.

La puissance industrielle de l’économie de guerre des EUA permet de couvrir les besoins militaires de l’Europe et de l’Asie. Très vite l’organisation des EUA, qui donne priorité aux productions de guerre, l’emporte sur le Japon. Mais les japonais s’accrochent farouchement dans les îles. Pour les déloger les américains sont obligés de constituer des formations navales associant plusieurs types de navires groupés autour de porte-avions.

L’offensive américaine se fait suivant deux axes et a à sa tête deux amiraux : Nimitz pour le Pacifique central et McArthur pour le Pacifique sud. Pour éviter la guerre sur les très nombreuses îles fortifiées par le Japon, le haut commandement des EUA utilise la stratégie du "saut de mouton" qui consiste en l’attaque des îles stratégiques qui serviront ensuite de bases américaines. Etant donné la supériorité maritime et aérienne des EUA, les autres îles sont vite bloquées.

En juin 1944, Nimitz conquiert les îles Mariannes et en octobre 44, McArthur les Philippines. C’est alors que les japonais utilisent pour la première fois les Kamikazes. En mars 1945 l’île japonaise d’Iwo Jima est atteinte par l’amiral Nimitz et en juin celle d’Okinawa. Les bombardements des B29 s’intensifient alors sur les centres industriels. Mais le moral des japonais ne désarme pas.

2) La capitulation dans l’éclair atomique

Devant la farouche résistance du peuple japonais, l’état-major américain estime que la conquête du Japon pourrait coûter plus d’un million de morts. Le président des EUA, Harry Truman, décide alors d’utiliser l’arme atomique qui vient d’être mise au point au centre de recherches de Los Alamos (Nouveau Mexique) sous la direction de Julius Robert Oppenheimer.

Deux bombes atomiques sont lâchées sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 8 août 1945 ; le même jour l’URSS déclare la guerre au Japon conformément aux accords de Yalta.

Face à la puissance terrifiante de l’arme nucléaire et l’attaque soviétique, le Japon cesse le combat et signe la capitulation le 2 septembre 1945. La Seconde Guerre mondiale est terminée.


Georges COUMES
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