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Chronologie indicative
janvier : Offensive nord-vietnamienne du
Têt.
avril : Assassinat de M.L. King à Memphis.
mai : Révolte des étudiants en France,
RFA, Italie, Espagne, Etats-Unis, Mexique.
mai : Signature des Accords de Grenelle.
juin : Victoire des Gaullistes et de leurs
alliés aux législatives.
juillet : Signature du traité de
non-prolifération des armes nucléaires par 62 nations à Genève.
août : Invasion de la Tchécoslovaquie par
les troupes du Pacte de Varsovie.
septembre : Apogée de la Révolution
Culturelle en Chine.
octobre : Johnson décide larrêt des
bombardements américains au Viêt-nam Nord.
novembre : Élection de R. Nixon aux
États-Unis.
Proposition de corrigé:
DÉVELOPPEMENT
Des images apparaissent immédiatement si lon évoque
lannée 1968 dans le monde, images violentes, quil sagisse des rues de
Paris aux voitures en flammes et aux arbres abattus, dune petite fille qui fuit,
nue, tout lhorreur du monde sur le visage, après un bombardement au Viêt-nam ou
des gardes rouges de Pékin obligeant des vieillards à shumilier lors de séances
dautocritique.
Mais entre ces trois images il semble difficile, a priori,
de trouver des points communs, tant les problèmes, les conflits quelles évoquent
paraissent éloignés les uns des autres.
Pourtant on peut tenter de chercher, non pas une explication
unique, mais des points de convergence, et surtout essayer de replacer ces événements
dans un contexte qui permette de leur donner une logique. Nous sommes alors amenés à
replacer toute cette année dans le cadre des rapports Est-Ouest, ceux-ci ont alors
tendance à sapaiser, ce qui permet aux forces de contestation présentes dans
chaque bloc de sexprimer mais qui na pourtant pas pour effet déviter
les conflits périphériques comme la guerre du Viêt-nam, sils restent strictement
localisés.
Dans chaque bloc aussi, la jeunesse, nombreuse, exprime ses
aspirations à de profonds changements, ce faisant elle révèle parfaitement les défauts
de chacune des sociétés quelle conteste : capitalisme sans âme à lOuest,
manque de liberté et dictature sur lesprit à lEst.
- Maintien des conflits périphériques dans un
contexte de détente
- La marche vers la détente
La crise de Cuba a marqué le paroxysme de la guerre froide.
Le risque dune guerre atomique est apparu alors si grand quil a favorisé la
recherche dune certaine entente entre les deux Grands : celle-ci sest
dabord marquée par la création du " téléphone rouge " entre Moscou et
Washington, puis par linterdiction, en 1963, des essais nucléaires atmosphériques,
enfin en juillet 1968, cest la signature du traité de non-prolifération des armes
nucléaires : trois puissances nucléaires, les États-Unis, le Royaume-Uni et
lURSS, sengagent à ne livrer
à aucun État le secret de larme nucléaire, les
autres États signataires sengagent eux, à ne pas chercher à se doter de cette
arme. Deux puissances nucléaires refusent de s'associer à ces accords : la France et la
Chine populaire (puissances qui toutes deux, justement, contestent la domination des deux
Grands).
Ce choix de la détente apparaît aussi dans le fait que
lURSS, si elle condamne la politique américaine au Viêt-nam et si elle aide les
forces nord-vietnamiennes, assume parfaitement son rôle de deuxième puissance mondiale
et mène une politique douverture économique au monde qui favorise un certain
apaisement dans les relations internationales, par ailleurs lors de la guerre des Six
Jours en 1967, elle nest pas intervenue.
B
favorise les dissensions à
lintérieur des blocs
Dans la mesure où les tensions entre les deux Grands sont
moindres, la solidarité à l'intérieur de chaque bloc se réduit et chacune des deux
grandes puissances se voit plus ou moins contestée dans son propre camp ; on passe ainsi
lentement dun monde bipolaire à un monde multipolaire.
Dans le bloc de lOuest pourtant, la domination
américaine se maintient, seule la France depuis quelques années récuse le "
leadership " des États-Unis, quittant lOTAN, réclamant le remboursement en or
des dollars de la Banque de France, critiquant la guerre du Viêt-nam ; par ailleurs les
États-Unis apparaissent toujours comme les " gendarmes du monde libre "
surtout en Amérique latine où des conseillers militaires américains nhésitent
pas à intervenir contre les foyers de guérilla castristes.
En 1968 cest surtout le monde communiste qui semble
connaître des tensions importantes :
- le conflit sino-soviétique : public
depuis 1962 il atteint son apogée en 1967 quand les deux États rompent leurs relations
diplomatiques, 1968 est une année de très forte tension entre les deux rivaux, des
affrontements armés ont lieu en 1969. Les rivalités sont apparemment idéologiques : la
Chine accuse lURSS de " révisionnisme ", de tiédeur, lURSS
critique violemment la Révolution Culturelle en cours à Pékin, en réalité les deux
rivaux saffrontent pour la domination du camp communiste.
- le printemps de Prague : après la
période de libéralisation imposée par Khrouchtchev, les pays de lEst et
lURSS connaissent, sous la direction de Brejnev, son successeur, un net retour en
arrière : toute tentative des intellectuels pour réclamer un peu de liberté se solde
par des années de camp ou de relégation. Cest lapogée du règne de la
" nomenklatura " communiste.
Pourtant les désirs de liberté persistent et ils se font
jour en 1968 en Tchécoslovaquie. Nommé secrétaire du parti communiste tchèque en
janvier 1968, Dubcek va prendre en compte l'aspiration à plus de liberté de
lensemble de la population tchèque, lentement apparaît à Prague une expérience
originale de " socialisme à visage humain ", où les acquis sociaux du
communisme coexisteraient avec labolition de la censure, et les libertés
individuelles.
Dans un immense espoir, Dubcek autorise donc une nette
libéralisation du régime, celle-ci est insupportable pour Brejnev car elle risque de
passer pour un modèle dans les autres pays de lEst. Aussi, après des
avertissements répétés, les troupes du Pacte de Varsovie envahissent la
Tchécoslovaquie le 21 août et mettent fin à cet immense espoir du printemps de Prague.
Peu à peu, malgré le désespoir des Tchèques, la
réprobation des pays occidentaux, et les critiques de certains partis communistes
occidentaux, la " normalisation " se met en place. La logique des blocs se
vérifie donc, il suffit dailleurs de constater la passivité des États-Unis pour
en avoir la preuve. Cette logique on la voit aussi à l'uvre quand on constate que
la détente nempêche pas le maintien de conflits périphériques pourvu quils
soient contrôlés et nimpliquent pas un face à face des deux Grands.
C
et la persistance des conflits
périphériques.
Si 1967 a vu senflammer à nouveau le Moyen-Orient, en
1968 cest surtout lAsie et notamment le Viêt-nam qui attire lintérêt.
Les Américains y ont pris le relais de la France dès 1955, soutenant des factions
corrompues au Sud pour lutter contre linfluence communiste du Nord. Celle-ci se
renforce pourtant et il se crée au Sud un FNL (ou Vietcong) décidé à installer le
communisme.
En 1963 Kennedy décide lenvoi de " conseillers
militaires " au Sud, cest le début dun dramatique conflit qui
sétend rapidement à la totalité du pays.
Dès 1965 en effet, le successeur de Kennedy, Johnson,
autorise les raids aériens sur le Nord, accusé de prêter main-forte au Vietcong ; entre
1965 et 1968, on passe de 180 000 soldats américains engagés au Viêt-nam à 550 000.
Les moyens mis en oeuvre par les États-Unis sont colossaux et visent à anéantir la
capacité de résistance du Nord et du Vietcong : bombardements intensifs de digues par
les B52, utilisation de bombes au napalm, de défoliants.
Au début de 1968 Johnson croit pouvoir annoncer une
prochaine victoire américaine, cest alors quéclate loffensive du Têt
: des centaines de villes du sud sont occupées par le Vietcong révélant ainsi
linanité du colossal effort de guerre américain.
Cest devant ce constat déchec et ses
répercussions sur la vie politique et sociale des États-Unis, que Johnson décide
dentamer des négociations, elles débutent à Paris, en mai 1968. À
lapproche des élections présidentielles il annonce à la fois son refus de se
porter candidat et son abandon des bombardements, mais cela ne peut suffire et cest
un président républicain qui est élu : Richard Nixon.
Toute sa campagne sest faite contre la " sale
guerre ", pour sa " vietnamisation ", pour un recentrage sur les valeurs
américaines, après huit ans de présidence démocrate, cest le retour des
républicains. La guerre du Viêt-nam a coûté très cher aux États-Unis : sur le plan
financier évidemment, elle a entraîné un énorme endettement et la chute du dollar.
Cest en 1968 en effet que celui-ci nest plus
convertible en or quau profit des banques centrales, cest une partie de la
suprématie mondiale des États-Unis qui seffondre. Si lon considère le
nombre des morts et des mutilés et le traumatisme moral quelle a provoqué cette
guerre du Viêt-nam a en effet été une véritable catastrophe pour les États-Unis. Elle
a, par ailleurs, largement favorisé le mouvement de contestation estudiantin.
- Lapogée des mouvements contestataires
Un peu partout dans le monde, lannée 1968 voit
fleurir la contestation de la jeunesse sans quil soit toujours facile de dégager
des points communs entre les étudiants de Berkeley, ceux de Paris, de Mexico ou de
Pékin. Tout ou presque les oppose en effet, aussi convient-il de dresser une typologie de
ces mouvements contestataires.
- Un mouvement né aux États-Unis
Il est extrêmement difficile de dresser un tableau de la
contestation dans ce pays dans la mesure ou elle revêt toutes les formes possibles, et
où des refus de nature fort différente convergent.
Cest la contestation dune société raciste et
inégalitaire que na pas pu réformer réellement Johnson, qui pousse les Noirs des
ghettos à la révolte après lassassinat de M. L. King, leur espoir dune
action possible par la non-violence seffondre, reste alors la tentation de la
violence qui séduit un certain nombre de jeunes noirs américains : black
muslims, blackpanthers.
À cette violence on peut ajouter les revendications
nouvelles des Indiens et des Latinos qui réclament eux aussi que leurs droits soient
respectés.
Parallèlement 1968 voit se populariser les thèses des
féministes américaines actives dès 1963, elles réclament la reconnaissance du droit à
lavortement et à la contraception. Cest dans ce contexte daffirmation
des particularismes que sinscrit le mouvement de contestation de la société par
les étudiants américains ; Parti du campus de Berkeley vers 1964, inscrit dans un refus
de la conscription et des violences au Viêt-nam, ce mouvement touche en 1968 la
quasi-totalité des campus américains.
Ce mouvement, difficile à analyser, prend ses racines chez
les enfants du baby boom, qui accèdent tout juste à lâge adulte, cette
génération na connu que la croissance, elle a, contrairement à ses parents, été
extrêmement gâtée, a été élevée dans la société d'abondance, avec pour la
première fois dans lhistoire, des valeurs et une culture qui lui sont spécifiques
: rock and roll, country music, entre autres
La contestation de la société américaine, de ses valeurs
traditionnelles, travail, puritanisme, saccompagne dune remise en cause de la
croissance : souci décologie, de retour à la nature. Les formes que
peut prendre ce mouvement dopinion sont variées : du
repli dans la drogue, à la recherche de valeurs dans dautres civilisations
(mouvement hippie), de ladoption de la non-violence à la recherche de solutions
militantes, de la désertion face à la guerre à la provocation sexuelle. Face à cette
affirmation de valeurs différentes, lélection de Nixon marque un retour à "
la loi et lordre " souhaité par la part la plus traditionaliste de
lopinion américaine.
B
qui sétend au monde
entier, mais surtout à la France.
La contestation vient des États-Unis, comme la musique et
la mode vestimentaire, pourtant cest contre limpérialisme américain
quune partie de la jeunesse européenne, mais aussi mexicaine ou japonaise,
sinsurge : critiquant laction des États-Unis au Viêt-nam, contestant aussi
le modèle soviétique, elle cherche linspiration dans la révolution culturelle
chinoise ou les maquis castristes et une petite minorité rejoint parfois des groupuscules
très politisés, pourtant lessentiel de la jeunesse européenne, certes sensible à
tous les problèmes du tiers-monde, est surtout préoccupée par des problèmes concrets :
difficulté pour des classes dâge nombreuses de
trouver des places à luniversité, problèmes dinsertion dans une société
qui refuse tout changement.
Ce malaise de la jeunesse coïncide, sauf dans le cas des
étudiants mexicains, avec une remise en question de la croissance : en 1968 le club de
Rome dénonce une croissance sans limites qui risque de détruire les richesses de la
planète, on remarque dans certaines usines une remise en cause du fordisme, des grèves
spontanées, qui marquent surtout un refus dune société dont la seule valeur
serait le profit.
Si partout en Europe on trouve en 1968 des manifestations
importantes détudiants, cest en France quelles prennent un relief tout
particulier.
Débutant par de simples manifestations étudiantes,
vivement réprimées par la police, la solidarité envers les jeunes aboutit à ce que,
très vite, les syndicats apportent leur appui à ce mouvement puis, en partie pour suivre
leur base, décident de la grève générale. À partir du 13 mai la France est totalement
paralysée par la grève, et limpression se répand que le président de la
République, vieilli, est incapable de trouver une solution qui remette le pays au
travail.
Cest laction du premier ministre G. Pompidou,
qui temporise avec les étudiants, signe avec les syndicats les accords de Grenelle et
suggère au président de dissoudre lAssemblée, qui vient à bout de la crise de
mai 68. Elle sachève par lélection dune chambre des députés
majoritairement gaulliste.
La révolte étudiante de 68 peut donc passer aussi pour un
retour à lordre après une période révolution-naire, en réalité, les idées
énoncées en 1968 se diffusent lentement dans la société française pour être, six ans
plus tard, légalisées en partie par V. Giscard dEstaing. Les retombées sociales
en sont finalement considérables.
- La jeunesse écrasée et utilisée à
lEst.
Les jeunes des pays de lEst, en Pologne, en
Tchécoslovaquie ont aussi manifesté leur désir de changement, ils souhaitaient eux,
plus de libertés, et un accès à cette société de consommation que récusaient leurs
homologues de lOuest. Cette aspiration est violemment rejetée par les dirigeants
communistes et la jeunesse se replie dans le désespoir, on peut citer le nom de Jan
Palach, jeune Tchèque dont le suicide en janvier 1969 montrait aux Soviétiques le refus
de la normalisation imposée.
En Chine la jeunesse est utilisée par Mao Ze Dong pour
reprendre un pouvoir quil sent lui échapper : des dizaines de jeunes " gardes
rouges " sont lancés sur les routes afin de critiquer et dénoncer partout le "
révisionnisme ", ils sattaquent aux cadres du régime, prônant la révolution
permanente.
Une fois le pouvoir récupéré, Mao lance larmée
contre la jeunesse ; la " révolution culturelle ", sous des dehors
idéologiques, vise tout simplement une opération de domination du pays, les étudiants
ont été manipulés, là encore lordre est rétabli et la terreur sabat sur
la Chine.
Conclusion
Si lon considère cette année 1968 quand elle
sachève, elle apparaît comme une année de violences, de manifestations, de
guerres, et elle semble se conclure un peu partout par une victoire des forces de
lordre et de la tradition : que ce soit aux États-Unis, avec le retour des
républicains, en France avec celui dune écrasante majorité gaulliste au
Parlement, en Tchécoslovaquie avec le succès de la normalisation, en Chine avec la
reprise en main des jeunes par Mao ou au Mexique avec le massacre des étudiants par les
forces de lordre. Pourtant plus de vingt ans après, avec le recul du temps, on se
rend compte quune partie des mouvements qui se sont révélés en 1968 a eu des
conséquences lointaines fort différentes.
Tout dabord on peut constater que le traumatisme
vietnamien na pas fini de hanter les consciences américaines, lélection du
président Clinton na-t-elle pas ramené aux premiers rangs de lactualité les
problèmes de la conscription et des façons dy échapper, le cinéma américain ne
cherche-t-il pas depuis vingt ans à rendre compte de cette guerre pour en faire le deuil
?
Par ailleurs, la société américaine comme la société
française ont profondément évolué dans le sens réclamé par les étudiants : la prise
en compte des revendications féministes ou dun changement des moeurs a eu lieu ; à
lEst, les intellectuels ont pris le relais dune contestation étouffée pour
finalement imposer de profondes mutations qui ont conduit à la chute du pouvoir
communiste, en Chine enfin, on constate que cest bien la ligne réformiste qui
la emporté après la mort de Mao.
On peut donc conclure que, si cette année ne
paraît pas, dans limmédiat, avoir eu des conséquences importantes, elle a, dans
un plus long terme, manifesté une influence importante sur des sociétés pourtant fort différentes.
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